Nationales jeudi 16 octobre 2008

Langage du Temps

Bruits et sifflements

On comprend parfaitement que l'orgueil des Français ait été écorché par les sifflements vulgaires contre la Marseillaise.

Hier matin, les commentaires et les bulletins d'information depuis Paris étaient teintés d'indignation, de dépit. Mais la tentation xénophobe était latente.

 Nicolas Sarkozy convoquait (pour 13H) la ministre des Sports Roselyne Bachelot et son secrétaire d'Etat, Bernard Laporte. Celui-ci avait annoncé le ton, proposant que les matches contre les équipes maghrébines se déroulent dans des terrains de banlieue.

Cette déclaration choque parce que le secrétaire d'Etat a établi un dangereux lien de cause à effet: Maghrébins-sifflements. En d'autres termes, seuls les Maghrébins hueraient la Marseillaise.

Ensuite lorsqu'il propose des terrains de banlieue pour abriter les matches contre les sélections maghrébins, C'est comme s'il disait: "Maghrébines, vous n'êtes dans votre élément que dans la banlieue".

Après 13 heures et la réunion avec Sarkozy, Mme Bachelot n'avait rien de concret à dire si ce n'est que les matches seraient désormais arrêtés, que les officiels quitteraient le stade, et qu'on ne programmerait plus de rencontre avec la même équipe. De son côté, Michèle Aliot Marie, ministre de l'Intérieur, propose un dispositif de surveillance pour identifier  et punir ceux qui sifflent "La Marseillaise". Est-ce pour autant un problème franco-maghrébin? Non.

Nous reconnaissons que nous nous sommes sentis concernés ici à Tunis. Désolés aussi. Jusqu'à une certaine limite toutefois, puisque bien avant le match, les médias français, les radios, les associations n'avaient cessé  de surchauffer l'ambiance spéculant, misant même sur ces sifflements. On a voulu en faire une question politique. Or ce n'est toujours qu'un problème franco-français. Pas très loin, en arrière, le président Chirac quittait le stade parce que des Bastiais sifflaient "La Marseillaise" lors d'une finale de Coupe de France.

Et depuis 98 le débat autour des prédispositions des joueurs eux-mêmes à chanter La Marseillaise avait passionné les esprits et Jean Marie Le Pen y a trouvé matière à y distiller son fiel de xénophobie et de racisme.

Ben Arfa l'icône du Français d'origine maghrébine ne serait qu'un prétexte commode. Pourquoi n'a-t-on pas sifflé Zidane auparavant? Toute la subtilité est là. Si ce genre de débordement se produit lorsque des sélections maghrébines jouent à Paris c'est parce que les Français d'origine maghrébine ont un sérieux problème identitaire, reconnu par le candidat Sarkozy avant son élection.

Les observateurs et les analystes français vont maintenant jusqu'au fond des choses: les symboles de la République française doivent transcender ces Français, maghrébins d'origine, mais d'abord français.

Le football n'a rien à y voir.

Raouf KHALSI


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