La femme à l’honneur - Le Temps Tunisie
Tunis Jeudi 6 Août 2020

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Aug.
7
2020

A la galerie Saladin

La femme à l’honneur

Vendredi 28 Octobre 2016
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Après avoir fait sa rentrée picturale avec les œuvres mémorables de feu Zoubeir Turki, l’un des grands maîtres de la peinture en Tunisie, la Galerie Saladin offre ses cimaises à deux autres artistes-peintres dont les démarches, le style et les techniques sont différents, quoique les deux ont pour point commun l’hommage rendu à la femme. Il s’agit de la russo-tunisienne Olga Malakhova et le Tunisien Ali Fakhet. 

 

La première est spécialiste du patrimoine culturel qu’elle admire et dont elle s’est toujours inspirée dans toutes ses créations artistiques. Le second est artiste peintre, designer graphiste publicitaire et  scénographe. Le titre de l’exposition « Séquences » est entendu ici comme des tranches de vie ou des épisodes d’histoire, ces moments que chacun des deux artistes essaie de raconter à travers ses tableaux, selon son imagination et son fantasme. Olga Malakhova nous présente 17 toiles inédites en acrylique et Ali Fakhet 16 nouveaux dessins au lavis.

Dans toutes les œuvres d’Olga Malak – c’est ainsi qu’elle signe pour la première fois ses travaux – (Serait-ce un diminutif du nom Malakhova, ou un rapprochement avec un prénom arabe semblable ?), on retrouve cet attachement au patrimoine tunisien dans tous ses aspects, notamment ceux qui ont trait à la femme. Ces peintures évoquent la femme tunisienne à travers les époques, allant de la femme berbère jusqu’à la femme d’aujourd’hui en passant par la femme punique. Peignant la femme dans tous ses états : la grâce, la beauté, la féminité, la douceur, la procréation, la maternité, l’amour, elle a recours aux symboles et aux signes inspirés soit du clim de Gafsa, ville où elle a séjourné pendant de longues années, ou à partir des stèles puniques ou des motifs qu’elle a vus au Musée de Bardo ou encore en transposant des éléments traditionnels ou mythiques. On y rencontre  parfois ce retour vers les origines russes en agrémentant ses toiles par les poupées matriochkas. « J’ai marié deux cultures : la peinture russe, qui est orientale aussi, et la peinture tunisienne, remarquez que toutes les couleurs sont foncées, chaudes et éclatantes ! Les lumières sont intenses aussi. C’est pour mettre en valeur la femme à travers le temps, cette créature sacrée pour moi ! » Peinte avec émotion et passion, ces toiles montrent à quel point Olga Malak est attachée aux traditions tunisiennes et traduisent le grand respect qu’elle voue à la femme tunisienne.

Quant à l’artiste Ali Fakhet, il reste fidèle aux origines de la peinture, à savoir le dessin. C’est en effet par là que sont passés les grands maîtres des arts plastiques. Dans cette exposition, il nous présente des portraits de femmes à ravir. Des dessins au lavis ou au lavis rehaussé de blanc qui mettent en évidence certaines qualités (beauté, délicatesse, pureté, vertu…) et les moments d’intimités et de joie de la femme en insistant sur les détails des formes et des traits. Des portraits réalistes dessinés d’une main de maitre, avec beaucoup de lyrisme et de passion. On peut ainsi contempler «Sourire aux larmes », « « Danseuse », « Intimité », « Jeune au safsari » Tous les tableaux sont dotés d’un cadre argenté comme pour leur donner une touche moderne… Abordé le jour du vernissage, Ali Fakhet nous a confié : « La femme est toujours au centre de l’univers. Et moi, j’ai toujours respecté la femme. Mes symboles favoris sont la femme, le cheval. Depuis toujours, j’ai travaillé sur ces deux éléments, car ils ont quelque chose en commun : la beauté, pour ne pas citer d’autres qualités. »

Techniquement, il y a donc une reconsidération du dessin, ce côté académique et non pas classique, car on en a toujours besoin, étant la base de toute peinture. « Pour réaliser ces dessins, l’artiste nous a appris, J’ai procédé par le lavis : c’est une technique monochrome, parfois rehaussée à la craie blanche, ce qui donne plus de lumière à l’ouvrage, cette touche de lumière qui égaye mes productions et que j’ai toujours privilégiée que ce soit dans mes dessins ou dans mes peintures. Mais j’utilise parfois la sanguine, couleur proche du sang… Chaque tableau est un état d’âme par lequel je passais où je me laissais conduire selon ma fantaisie ou mon humeur. Une fois le travail terminé, je dois ressentir une certaine satisfaction personnelle, et tant qu’on est vrai et sincère, on est certain que cela aura le même effet sur le visiteur. » Une exposition qui se poursuivra jusqu’au 03 novembre et qui mérite le déplacement !

Hechmi KHALLADI