Fatma Ben Saïdane, Leïla Toubel et Moncef Dhuib dans un feuilleton signé Atef Ben Hassine - Le Temps Tunisie
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Une première en Tunisie

Fatma Ben Saïdane, Leïla Toubel et Moncef Dhuib dans un feuilleton signé Atef Ben Hassine

Vendredi 14 Octobre 2016
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Fatma Ben Saïdane, Leïla Toubel et Moncef Dhuib dans un feuilleton signé Atef Ben Hassine

Atef Ben Hassine est une figure récurrente dans les feuilletons tunisiens. Les rôles qu’il a interprétés témoignent bel et bien de sa qualité d’acteur, sachant qu’il est par excellence un homme de théâtre,  un ressortissant de l’Institut des Arts Dramatiques. Par ailleurs, Il a fondé son propre atelier  de formation de comédiens « L’acteur devant la caméra ». Actuellement, cet artiste se lance dans un autre champ artistique. Il se consacre, ainsi, aux préparatifs de son nouveau feuilleton Al Manara. Il a composé son équipe à partir de professionnels les plus confirmés et d’artistes de grande renommée. 

Nous avons rencontré Atef attablé à la terrasse d’un café, tout souriant, tout bienveillant. Nous avons parlé de son feuilleton, mais pas uniquement, nous avons aussi discuté du paysage culturel en général, et de son projet de réforme pour le secteur théâtral,  qui a été si vite avorté. Interview :

 

Le Temps : Présentez aux lecteurs votre nouveau projet

Atef ben Hassine : Il s’agit d’un projet de feuilleton dont le scénario, se brodait à petits points, depuis presque deux ans. La société de production Nawaret Tounesprod, avec notre amie Najet Legriche qui est une réalisatrice de cinéma et ex-avocate, et mon épouse Mériam Bel Haj Ahmed qui est gérante de cette boîte, avons décidé de présenter un dossier à la télévision nationale avec un support pilote d’une durée de 25 minutes. Nous avons la conviction que la finalité d’un scénario rédigé est sa réalisation et non pas sa lecture par un quelconque comité puis son rangement dans un tiroir. 

C’est facile de présenter des projets aux chaines de télévision?

Si on présente un support image qui soit achevé, je pense qu’il n’y a pas raison de rencontrer des difficultés. Ça ne veut absolument rien dire de présenter un papier à une commission soi disant de lecture. Sur quels critères évalue-t-on un scénario de feuilleton écrit ? C’est comme au théâtre ! la grande querelle c’est cette tendance de subventionner, ou acheter une représentation théâtrale sur un support en papier, c’est complètement absurde ! il faut présenter une action, et non pas des phrases. Il est vrai que c’est un investissement coûteux. Alors, nous avons passé une semaine de tournage entre le village de Chabba et la capitale avec nos propres moyens. C’est ainsi que nous avons visé de créer un marché à partir d’un support vidéo pour voir et juger convenablement et professionnellement notre produit.

Ce qui est marquant dans votre projet, ce sont les noms qui étaient auparavant étrangers au monde de la télévision, de grands noms d’ailleurs comme la sublime Fatma Ben Saidane, également Leila Toubel et Moncef Dhuib. 

A mon sens, ces grands noms devraient occuper leurs places, et  œuvrer à sauver le paysage artistique, à améliorer la création, à combler le vide causé par les pseudo-artistes pour ne pas dire la racaille. Il est clair que la télévision est la première machine qui influe directement sur les consciences. Elle propose une grande consommation pour le grand public, donc il faut travailler sur la qualité de ce qu’on leur diffuse. Aujourd’hui, nous avons un souci artistique, ceci dit, le côté mercantile existe et c’est bien normal, mais il ne prime pas au détriment de la qualité artistique, du message culturel véhiculé par le produit proposé. Il ne faut pas rester spectateur de l’indigence et de la décadence de ce qui se donne sur nos chaînes. Il faut bouger et c’est à l’élite de changer, de se positionner là où il le faut et d’arrêter ce flot déferlant qui ne fait qu’abêtir les gens. Je pourrais m’investir dans des affaires et amasser une fortune, mais je choisis d’accomplir une mission noble dans ce pays, cultiver la masse et affiner  le goût, au risque même de perdre mon argent. Il y a une urgence à sauver la culture dans ce pays qui n’a d’autres richesses que ses intellos, il y a une responsabilité collective qu’il faut assumer. ..il faut que le discours de la télévision soit à la hauteur ou plus du discours du cinéma ou du théâtre. Cette machine est d’une importance extrême, il ne faut pas qu’elle soit gérée par quiconque. Il faut proposer un discours artistique développé, conscient en impliquant des artistes experts en image, en scénario, etc.

C’était facile de choisir ton équipe et de convaincre des artistes de renommée ?

Il a suffi de leur proposer un projet qui se respecte. Ils étaient convaincus de la qualité artistique du projet. Vous m’avez parlé d’un côté marketing, je ne le nie pas ! N’oublions pas que Meriam Bel Haj Ahmed est à la base marqueteuse, elle sait créer les moyens qui facilitent la communication, qui facilitent l’accès au plus grand nombre de spectateurs. Les gens ont hâte de voir Fatma Ben Saidane ou  Leila Toubel sur le petit écran. On travaille aussi sur la réception du public. Il y a un grand défi, que ce soit  du côté du public, ou de l’équipe avec qui je collabore. 

Y-a-t-il une correspondance entre ce projet et votre  projet de l’acteur devant la caméra ?

C’est clairement évident, et c’est à partir de là, qu’on avait accouché l’idée du scénario. Cet atelier a trois ans, et je suis bien content de ce projet parce que je travaille avec des personnes qui sont assoiffées d’art. A partir de cette expérience, nous avons compris que jouer sur scène est complètement différent que jouer devant la caméra ; c’est une autre philosophie, un autre rythme, un autre public, un autre dosage, une autre prise en charge. C’est important d’être formé avant de se lancer devant la caméra.

Vous avez abandonné le théâtre ?

Le théâtre, tel qu’il se donne aujourd’hui ne m’intéresse plus. Le théâtre avec ses modes défectueux et rouillés ne m’interpelle plus ! Il faudrait des réformes, mais malheureusement, les professionnels du théâtre sont anti-changement. J’ai occupé un poste important au ministère de la Culture et j’ai présenté un projet « le théâtre de la cité », qui envisage des réformes fondamentales pour le théâtre, mais il était catégoriquement refusé tout d’abord par mes collègues, les hommes de théâtre, ensuite par l’administration. Ils n’ont même pas pris la peine de le discuter ! On ne veut pas le changement, car tout simplement,  on ne veut pas travailler! Il y a des problèmes énormes qui entravent l’essor de cet art vivant très important. Comment peut-on faire du théâtre quand les maisons de la culture sont fermées les weekends, et ne sont pas équipées. Pourquoi refuser de revoir les modes de subvention et des rôles des commissions de théâtre ? Ils étaient malheureusement contre mon initiative de rénovation.

Faiza  Messaoudi