Non à l’identité hargneuse ! - Le Temps Tunisie
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Non à l’identité hargneuse !

Samedi 6 Août 2016
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Malheureusement, nous avons créé les conditions d’une situation qui va devenir difficile à contrôler. Nous voyons se mettre en place l’histoire moderne de l’identité hargneuse. En France, elle est surtout véhiculée par ceux dont les origines sont le moins homogènes, et dont les parents ou les grands-parents n’étaient pas français, ou pas chrétiens, et qui paradoxalement définissent la France comme une nation issue de Gaulois christianisés ! Parmi les tenants d’une origine raciale et religieuse de notre pays, on trouve ceux qui n’ont comme titre de gloire que le fait d’être français. Ils sont comme les gueux de la Révolution qui voulait la mort de Marie-Antoinette « l’Autrichienne » – laquelle comptait nombre d’ancêtres français.
Nous percevons ici même, à Marseille, les effets d’une stigmatisation qui fait que les musulmans peuvent se sentir en accusation permanente. Exclure une partie si importante de notre population a un coût, nous sommes en train de le découvrir. La marginalisation des musulmans commence avec Bayrou et l’interdiction du voile à l’école. Une proposition adéquate eût été de proposer un code vestimentaire prohibant aussi bien le maquillage outrancier, et le string visible chez les filles de 12 ans à l’école, que le voile ou la casquette en classe ! L’intention était trop limpide !
L’alibi de la laïcité a fait long feu et l’on n’a pas poursuivi les autres signes religieux. La menace récurrente d’interdire à des filles majeures et cultivées de porter le foulard à l’université, pour répondre à un populisme nostalgique, comme aucun pays moderne ne le propose, n’arrangera rien. L’intervention militaire dans des pays musulmans où nous n’avions pas de responsabilités historiques comme l’Irak ou la Libye a provoqué un désordre planétaire pour un intérêt introuvable. La magnification du terrorisme palestinien, associée à la médiatisation des dingues suicidaires se réclamant de Daech, crée des vocations.
L’échec scolaire des garçons issus de l’immigration (à l’inverse des filles) connu et évalué internationalement par Pisa et la sévérité extrême de la justice dès le premier délit à l’égard de cette population créent un réservoir d’amertume. En effet, parmi les 50 % des jeunes qui fument ou ont fumé du haschich, ceux qui vont en prison pour cette raison ne sont quasiment que musulmans. L’augmentation permanente de la population carcérale depuis 20 ans qui en résulte permet la circulation des idées de vengeance islamiste chez des hommes amers, prêts à se suicider pour se venger.
Il faut laisser la place aux derniers arrivés, enseigner l’histoire de France avec plus de science et abandonner le roman historique, pour montrer la multiplicité de nos racines ethniques, linguistiques, religieuses, politiques, et cesser de croire que la France se résume aux carnets scolaires de la Troisième République avec une foi laïque et des ancêtres gaulois ! Il faut mettre fin à la guerre de l’identité nationale qui mène inéluctablement à la guerre civile.