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Youssef Chahed veut intégrer des anciens dirigeants de l’UGTT à son gouvernement

Objectif: dompter la puissante centrale syndicale

Samedi 6 Août 2016
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• Mohamed Trabelsi et Abid Briki figurent dans les petits papiers du nouveau chef du gouvernement

 

Le Chef du gouvernement d’union nationale Youssef Chahed vient de prendre langue avec plusieurs figures du mouvement syndical en vue de les convaincre de rejoindre son cabinet, apprend-on de sources proches du dossier. Ainsi, l’intérêt se porte notamment sur la nomination de l’ancien secrétaire général adjoint de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), Mohamed Trabelsi, à la tête du très sensible ministère des Affaires sociales.

Cet ancien secrétaire général du syndicat national de l’enseignement primaire a notamment dirigé du bureau de l’Organisation internationale du travail (OIT) pour l’Afrique du Nord ces dernières années. Il est connu pour ses talents de fin négociateur et de rassembleur, ce qui lui permettrait de bien gérer les conflits sociaux futurs et de rapprocher les points de vue entre le gouvernement et les syndicats.

Abid Briki, ancien secrétaire général adjoint de l’UGTT et ancien membre de la haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique, une instance qui a fait office de Parlement en 2011 après la dissolution de l’Assemblée nationale de Ben Ali, figure aussi dans les petits papiers de Youssef Chahed.

D’autres personnalités proches de l’UGTT pourraient également rejoindre la nouvelle équipe gouvernementale.

L’idée d’intégrer des dirigeants de l’UGTT au gouvernement d’union nationale ne date pas d’hier. Elle avait été évoquée, début juin dernier, par le président la République Béji Caïd Essebsi lors du lancement  de son initiative relative à la formation d’un  cabinet d’union.

M. Caïd Essebsi a en effet  prôné la constitution d’un gouvernement qui aurait une configuration atypique puisque le patronat (l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat/UTICA) et la centrale syndicale devraient, selon lui, obligatoirement y siéger.

«Il faut absolument que ces deux grandes organisations nationales fassent partie du gouvernement. Sans elles, on ne pourra pas parler d’un gouvernement d’union nationale», avait alors insisté le chef de l’Etat.

Soucieuse de son autonomie et de son indépendance, l ’UGTT avait cependant refusé de participer ouvertement à ce gouvernement qui veut reprendre en somme l’idée du Front national constitué au lendemain de l’indépendance entre le Néo-Destour de Bourguiba, l’UGTT, l’UTICA et l’Union nationale des agriculteurs (UNA, l’ancêtre de l’actuelle Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche). Mais M. Chahed, qui est le protégé de Béji Caïd Essebsi, tente désormais de contourner ce refus en jetant son dévolu sur des anciens dirigeants et des personnalités réputées proches de l’UGTT.

Réformes douloureuses

L’objectif de la manœuvre est de tenter de dompter la puissante centrale syndicale ou, de moins, de limiter sa capacité de nuisance.

Le nouveau chef du gouvernement a en effet, plus que jamais, besoin de s’acheter la paix sociale alors que la machine économique peine à redémarrer.

La Banque centrale de Tunisie vient en effet de revoir à la baisse ses prévisions de croissance pour 2016 et 2017 à respectivement 1,8% et 3% contre 2% et 3,5% estimés en avril.

D’autre part, M. Chahed est appelé à bénéficier d’un large appui pour faire passer les réformes douloureuses et impopulaires qui lui sont imposées par les bailleurs de fonds internationaux, Fonds monétaire international (FM)  et Banque mondiale en tête.

Ces réformes concernent notamment suppression progressive des subventions aux produits de base, l’allègement des effectifs dans la fonction publique, la réforme des régimes de sécurité sociale et la restructuration du secteur bancaire.

Outre son rôle purement syndical, l’organisation fondée le 20 janvier 1946 par le leader syndicaliste Farhat Hached est un acteur incontournable de la scène politique tunisienne.

Dès sa naissance, elle a joué un rôle important dans la lutte pour l’indépendance, avant de former une coalition électorale avec le Néo-Destour dans le cadre d’un «Front national» regroupant aussi l’UTICA et l’UNA pour rafler la totalité des sièges à l’Assemblée constituante chargée d’instituer la première République. Plusieurs personnalités issues de l’UGTT sont ainsi devenues ministres.

Sous le règne de Bourguiba, le syndicat historique a oscillé entre soumission au parti-Etat et velléités d’indépendance.

Après l’accession de Ben Ali au pouvoir, la direction de l’UGTT s’est progressivement inféodée au pouvoir. Cette tendance s’est poursuivie jusqu’aux derniers jours avant la fuite de Ben Ali. Au début des manifestations contre le chômage et la marginalisation à Sidi Bouzid, l’Organisation avait soutenu timidement le mouvement avant d’appeler, sous la pression de ses cadres radicaux, à des grèves générales très suivies à Sfax le 12 janvier 2011 et à Tunis. Ces grèves générales qui ont précipité la chute de Ben Ali, ont redoré le blason terni de la centrale syndicale qui a joué un rôle très important dans la résolution de la crise politique ayant éclaté après l’assassinat des leaders de gauche Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi.

Walid KHEFIFI