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Festivals

Quand la mémoire et les archives manquent à l’appel

Jeudi 4 Août 2016
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Carthage et Hammamet, nos deux plus anciens festivals d’été organisés par le ministère de la Culture en sont à leur cinquante- deuxième année d’existence. Un bail de plus d’un demi-siècle qui nous laisse tout de même sur notre faim,  quand il s’agit d’évoquer un passé glorieux à travers la mémoire et les archives pour ces deux manifestations culturelles annuelles. Car ces deux détails, qui demeurent d’une extrême importance, ne semblent pas exister réellement et à vue d’œil. 

 

Du côté des archives, on s’attendait, tout d’abord et depuis la célébration du cinquantenaire de ces deux festivals, « enfants chéris » du ministère de tutelle, qui bénéficient des meilleurs subventions tout à fait légitimes, que leurs organisateurs publient au moins un catalogue, sinon un livret qui retracerait le long parcours de ces deux événements de taille dans la vie culturelle tunisienne et qui ont accompagné la vie de plusieurs générations. Cela aurait permis à toutes les générations de feuilleter, de découvrir ou de redécouvrir les noms des artistes et autres compagnies théâtrales et ballets d’ici et d’ailleurs qui y ont chanté et joué. Et ils auraient découvert des trésors ! Mais, niet ! Pourtant, nous croyons savoir que la documentation existe, à travers les affiches de chaque session, les coupures de presse (nous l’espérons) et les photos d’art, précisons-le, réalisées par les regrettés Pierre Olivier et Ridha Zili, du temps où ils dirigeaient et animaient le service photo du ministère de la culture et par d’autres photographes qui ont pris la relève. Nonobstant ce détail énorme, les organisateurs des festivals de Carthage et d’Hammamet ne pourraient-ils pas aujourd’hui sauver la situation en publiant sur leur site Internet respectif ce qui existe sous la main pour donner une visibilité sur l’histoire émaillée de succès de ces deux festivals. Ainsi, les Tunisiens et les visiteurs des sites à travers le monde s’apercevront que Carthage et Hammamet ont été les festivals- pionniers et que tous les autres festivals venus bien après, n’en sont qu’une pâlotte copie. Et mieux encore, leurs organisateurs en ont beaucoup appris in situ. 

Et la mémoire ?

Du côté de la mémoire, les festivals de Carthage et d’Hammamet l’ont-ils perdue ? Car rien n’indique réellement que les organisateurs voudraient se souvenir de ce qui s’est passé avant leur avènement. L’oubli, pour ne pas dire l’ingratitude, sont devenus trop faciles à consommer sous nos cieux. Si bien que pour accompagner l’évocation du passé du festival, ceux qui sont encore en vie et qui ont fait ces deux festivals au niveau de l’organisation et de la couverture médiatique, devraient être honorés du moins en leur octroyant  une carte VIP ou des invitations pour les spectacles de leur choix, en leur disant tout bas : « Non, nous n’avons rien oublié, car vous avez balisé le chemin, qui, aujourd’hui, est un sillon pour nous. » Nous espérons que ce souhait ne restera pas un songe, car il est des festivaliers, devenus chevaliers de la plume qui ont foulé le sol du festival de Carthage dès 1971, par exemple et qui couvrent le festival depuis 1981. Ils attendent toujours les lauriers. Et pour rester avec la mémoire, les générations d’aujourd’hui ne savent peut-être pas pas que le festival de Carthage se passait plutôt aux Thermes d’Antonin et qu’il était au départ un festival de Jazz. Cette musique était en ce temps-là comme le Mézoued ou le Rap d’aujourd’hui. Puis la Troupe de la Ville de Tunis, tiens, où est passée cette dernière ? A l’époque où elle était dirigée par feu Aly Ben Ayed, ouvrait le festival avec une nouvelle pièce et parfois pas des moindres. Mais les choses ont beaucoup changé au fil des années. La musique de quat sous a pris le dessus dans la programmation générale. Une situation qui a beaucoup fait perdre son aura à Carthage. Pour le festival d’Hammamet, sa programmation résiste quelque peu cette année pour proposer des spectacles de haut niveau et dignes d’intérêt.

 Lotfi BEN KHELIFA

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