Marwa exploratrice et aventurière hardie - Le Temps Tunisie
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Bribes d’histoire.. Les globe-trotters tunisiens

Marwa exploratrice et aventurière hardie

Vendredi 15 Juillet 2016
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• Ma quête n’est ni mieux ni moins bien, elle est juste, différente
Marwa exploratrice et aventurière hardie

«Bribes d’histoires » est une rubrique hebdomadaire qui traite chaque mois d’un thème unique sous différents angles. Pour cette deuxième série d’articles et à l’occasion de l’été, saison des aventures par excellence, le choix s’est porté sur les globe-trotters tunisiens. 

En avion, par bateau, en voiture ou à bicyclette, ces passionnés de voyages partent, chaque année, à la découverte de nouvelles contrées parfois proches, souvent lointaines mais toujours insolites. 

Aventuriers infatigables, ils parcourent les distances, visitent les sites, découvrent de nouvelles cultures, se lient d’amitié avec des inconnus, abreuvent leurs âmes d’éternels souvenirs et sourient à la vie. Ne dit-on pas que rester, c’est exister et voyager, c’est vivre ?

A 27 ans, Marwa Hamlaoui croque la vie à pleines dents et elle a bien raison ! Intelligente, pétillante et déterminée, elle s’emploie à faire de chaque jour de sa vie un voyage insolite. 

 

La jeune Tunisienne habite à Paris depuis deux ans. Elle s’y est installée afin de poursuivre ses études universitaires. Parfaite illustration de la « tête bien faite dans un corps sain », elle prépare actuellement une thèse en génétique au Centre National de Recherche Scientifique (CNRS). 

Etudiante studieuse, Marwa est surtout passionnée d’aventures, de voyages et d’air frais. Mais réaliser son souhait de partir à la découverte du monde n’a pas toujours été aisé pour elle. 

Issue d’une famille modeste et manquant de moyens financiers, la jeune femme a dû d’abord se contenter d’expéditions locales. 

Elle a ainsi parcouru la Tunisie du nord au sud. A 19 ans, elle se découvre une passion pour la spéléologie et rejoint le Spéléo Club de Tunis. De grotte en grotte, d’une cavité souterraine à une autre et d’une montée d’adrénaline à la suivante, Marwa repousse continuellement ses limites et aiguise son goût pour l’aventure. 

Ce premier pas lui a permis également de se constituer un solide réseau de connaissances et d’amis aussi bien en Tunisie qu’ailleurs. Lorsqu’elle part s’installer en France, elle ne perd pas de temps. Elle nous confieraqu’à peine arrivée dans l’Hexagone, elle partira à la conquête des Alpes, avant même d’aller visiter la Tour Eiffel, ajoutera-t-elle amusée. 

Elle prendra un bus de Paris à Chamonix à 40 euros, campera tout au long de son périple et passera une semaine à parcourir cette chaîne de montagnes fascinante. Mais l’hiver n’est pas la meilleure saison pour cette expédition, d’autant plus que Marwa était mal équipée et qu’elle s’est blessée en cours de route mais cette première déconvenue ne la découragera pas pour autant. Bien au contraire ! 

Par monts et montagnes

Depuis son expédition dans les Alpes, l’aventurière hardie qu’elle est ne s’est plus arrêtée et la jeune femme profitera de chaque moment de libre pour explorer de nouveaux endroits et pays, même si elle avoue que, parfois, son lit douillet et la maison familiale lui manquent vraiment.

Marwa puise sa force dans sa jeunesse, son goût pour l’aventure, son amour pour la nature mais aussi des encouragements de ses proches, à commencer par sa sœur jumelle Safé. 

A-t-il été difficile de convaincre ses parents de la laisser tenter pareilles aventures ? La jeune Tunisienne répond : « Ma famille était très inquiète à l’idée que je parte seule et que je dorme seule au milieu de nulle part. Mais quand j’étais en Tunisie, je les emmenais très souvent en bivouac avec moi. Donc, j’ai gagné leur confiance. De plus, ils savent à quel point c’est vital pour moi d’être dans la nature, donc ils ont facilement accepté. Tout est une histoire de confiance. » 

Ainsi soutenue par sa famille et encouragée par ses amis, Marwa se lance alors dans d’incroyables périples. Elle s’est ainsi rendue en Normandie puis en Bretagne. Elle a, également, traversé la Manche en Kayak. De même, elle a parcouru trois fois les Alpes ainsi que les pré-Alpes, la Croix de Belledonne, les Ecrins, la Sainte Victoire à Aix en Provence et s’est également confrontée au plus grand glacier de l’Europe (la mer de glace) situé au dessous du Mont Blanc. 

En août dernier, Marwa est partie pour un long roadtrip entre la France et la Suisse. Elle a ainsi fait le tour du Mont Blanc (10.000 m de dénivelé cumulé sur 170 kms de montagne) en traversant les Alpes françaises, suisses et italiennes, portant un sac à dos de pas moins de 17 kilos. 

Elle était accompagnée durant cette première étape par Rabii Ben Brahim, plus connu sous le nom de « The Dreamer » qui la surnommera « La gladiatrice ». Elle a ensuite poursuivi son périple en solitaire avec la traversée du Jura (500km) toujours à pied, puis à peine arrivée vers Annecy, elle a fait de l’autostop jusqu’à Aix en Provence. De là-bas, son itinéraire l’a menée jusqu’aux gorges du Verdon avant de traverser l’un des plus grand canyons de l’Europe en kayak. 

Contactée entretemps par des amis spéléologues suisses, elle s’est, ensuite, rendue en autostop à Fribourg et a pu explorer l’une des plus impressionnantes grottes en Suisse. Marwa explique sa passion pour les voyages en ces termes: « Par moments, je suis assoiffée de savoir. J’aimerais pouvoir connaître les différentes civilisations de cette planète, la physique, l’alchimie, puis la quantique ou encore pouvoir déchiffrer la nature et ses mystères avec des yeux d’un scientifique, puis celles d’un peintre, d’un solitaire et pourquoi pas d’un fou amoureux ! Ma quête est différente, pas mieux ou moins bien, juste différente. Alors en moi sont là, enfouies, toutes ces envies, cette curiosité du monde. »

D’amour et d’eau fraîche

Si elle est fréquemment contrainte de faire certaines pauses pour se consacrer à ses études, la jeune femme bouge sans cesse, toujours à la recherche de nouvelles destinations. 

Elle avoue que jusqu’à un passé proche, elle préférait les voyages en solitaire. Mais ses plans ont vite été chamboulés au détour d’un sentier en montagne par une rencontre inattendue : celle de Clément, un informaticien de formation qui a laissé tomber une carrière professionnelle toute tracée et une situation matérielle confortable par amour pour la nature et qui a décidé de se reconvertir en charpentier pour réaliser son rêve de toujours: celui de construire des maisons d’Hobbit et des petites cabanes en bois. 

Partageant la même passion pour les voyages, aspirant tous les deux à une liberté inconditionnelle, fuyant selon leurs termes « ce monde de consommation et de mondialisation », Marwa et Clément sont naturellement tombés éperdument amoureux. 

Toujours à Paris, ils ont récemment décidé de vivre dans un fourgon aménagé qu’ils ont entièrement retapé à neuf. Marwa dira à ce propos : « Certes, vivre à deux dans 6m2 n’est pas toujours une partie de plaisir ! Il faut beaucoup d’organisation et de patience. Ne pas avoir d’eau et d’électricité et encore moins d’internet ni d’adresse pour les courriers n’est toujours facile à gérer. Nous n’avons pas de télévision mais nous avons une magnifique bibliothèque.

Certains voient ça comme de la folie mais nous aimons qu’ils pensent ça! Faire de son quotidien une aventure est tout ce dont on rêve et je pense qu’on sera bien servis dans ce fourgon. Vivre plus simplement et d’une façon minimaliste, je pense qu’on va réussir notre mission, même dans l’une des capitales les plus chères au monde.»

Marwa partage volontiers les photos de ses voyages sur les réseaux sociaux, faisant partager sa passion et ses découvertes avec un maximum de personnes dans le monde. 

Elle encourage, d’ailleurs, tous les jeunes à toujours se lancer de nouveaux défis et partir découvrir les richesses de ce monde. Quant aux moyens financiers, ce n’est pas vraiment un souci assure-t-elle.Il suffit de bien s’organiser, de définir d’avance ses priorités et surtout d’une bonne dose de volonté. 

Passera-t-elle toute sa vie en mode globe-trotteur ? La jeune femme ne sait ce que lui réserve l’avenir. Philosophe, elle emprunte la citation de Sylvain Tesson pour répondre : « Un jour peut être je voudrai m’enraciner. Devenir la terre après avoir été le vent. »

Rym BENAROUS