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2018

La Tunisie célèbre la Journée mondiale de la liberté de la presse

Précarité matérielle, censure et…quelques acquis

Mercredi 4 Mai 2016
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« Des lobbies financiers veulent mettre la main sur les entreprises d’information et de presse confisquées à vendre…», affirme le président duSNJT
Précarité matérielle, censure et…quelques acquis

«Malgré certains acquis et la disparition des atteintes et autres violations systématiques de la part du régime comme par le passé, la situation de la liberté de la presse en Tunisie n’incite pas à l’optimisme et présente encore beaucoup de lacunes et entraves de toutes sortes, a estimé le président du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), Néji Bghouri, et ce lors d’un point de presse tenu, hier matin 3 mai, au siège du syndicat, à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse et consacré à la présentation du rapport annuel sur la situation de la liberté de la presse, en Tunisie, pour 2015.

Il a ajouté qu’au moment où il parlait, la police procédait à une perquisition dans les locaux de la radio Shems FM, sous prétexte de vérifier si la grève observée par les journalistes de cette station était légale et avait été précédée d’un préavis de grève, soulignant qu’une délégation du SNJT allait se rendre sur les lieux, à l’issue de la rencontre , pour exprimer la solidarité des journalistes tunisiens avec leurs collègues de ladite radio.

Néji Bghouri a mis l’accent, en particulier, sur ce qu’il a qualifié d’atteintes à caractère économique, illustrées par la précarité de l’emploi des journalistes, l’absence de couverture sociale à leur profit, la modicité des salaires qui leur sont servies, parallèlement aux licenciements abusifs et à la censure interne sur leurs écrits. 

« On ne peut pas parler de presse et de journalisme de qualité, à même de fournir l’information fiable attendue, dans des conditions de travail aussi difficiles, a dit le président du SNJT qui a annoncé à cette occasion, un projet de création d’une mutuelle des journalistes destinée à venir en aide aux journalistes se trouvant dans des situations difficiles. 

Il a précisé que le gouvernement avait donné son accord de principe à ce sujet, tandis que son financement sera assuré, entre autres, par une partie des recettes provenant de la publicité publique (5%). 

Il a annoncé, également, le projet d’élaboration d’une convention collective cadre spéciale au secteur du journalisme, outre le projet de création d’un Centre de la sécurité professionnelle, dans le cadre de la coopération avec le Haut commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme, doté, notamment, d’une unité d’information, de formation et de documentation en matière d’atteintes à la liberté de la presse, et de sécurité professionnelle. 

Néji Bghouri a souligné que les atteintes à la liberté de la presse émanent, ainsi, aussi bien des parties et milieux extérieurs à la profession, y compris les milieux officiels, que de l’intérieur des entreprises de presse et des organes d’information, eux-mêmes, à cause de la précarité, dénonçant « des lobbies financiers et politiques à l’affût qui cherchent à mettre la main sur la presse en profitant entre autres de l’acquisition des entreprise d’information et de presse confisquées à vendre. »

D’autre part, le rapport sur la situation de la liberté de la presse en Tunisie en 2015 a passé en revue les atteintes de toutes sortes, enregistrées dans ce domaine, et les parties responsables 

Cela va des institutions publiques, comme la présidence de la République, le gouvernement, les ministères, l’Assemblée des représentants du peuple, à la police, l’armée et les citoyens, notamment lors de la couverture des manifestations et des mouvements de protestation.

Il a évoqué, également, les menaces, les incitations à la violence, les atteintes à caractère économique, et l’autocensure au sein des entreprises de presse. 

A noter qu’une large partie du rapport est réservée au rôle revenant aux journalistes eux-mêmes dans la production d’une information neutre, fiable, objective, et de bonne qualité, en faisant preuve de professionnalisme grâce à l’observation des bonnes pratiques de la profession mondialement convenues, notamment à l’occasion de la couverture des événements à caractère terroriste et des situations de crise.

Nous avons pu apprendre, par ailleurs, que le Syndicat national des journalistes tunisiens travaille à l’élaboration de codes de conduite dans ce but.

Le point de presse a constitué une opportunité pour exprimer la solidarité des journalistes tunisiens avec leurs collègues égyptiens en bute à toutes sortes d’atteintes à la liberté de la presse, ainsi qu’avec les journalistes palestiniens exposés constamment à des atteintes de la part de l’occupant israélien.

Le SNJT a exprimé, également, à cette occasion, sa solidarité avec la cause des deux journalistes tunisiens disparus en Libye Sofiane Chourabi et Nadhir Gtari, en honorant leurs familles.

Plusieurs recommandations ont été formulées, par ailleurs, dans le rapport, dont la cessation de l’emploi précaire, la révision des grilles de salaires en fonction du recul du pouvoir d’achat, l’arrêt des licenciements abusifs, la prise en compte des avis des personnels des entreprises confisquées à vendre, lors de la cession, l’institution de conventions collectives sectorielles dans l’audiovisuel et la presse écrite et électronique qui consacrent la place axiale du journaliste dans le secteur.

 Salah BEN HAMADI