L’ univers féérique de Walid Lemkecher - Le Temps Tunisie
Tunis Mardi 24 Avril 2018

Suivez-nous

Apr.
25
2018

A la galerie Saladin

L’ univers féérique de Walid Lemkecher

Jeudi 21 Avril 2016
نسخة للطباعة
L’univers féérique de Walid Lemkecher

Walid  Lemkecher était d’abord élève de l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Tunis de 1994 à 1998, ensuite il a suivi un cursus à l’école Créapole à Paris au terme duquel il a obtenu un diplôme en communication visuelle en 2000. Et récemment il a fini par décrocher un master d’arts plastiques d’enseignement. Il vit et travaille actuellement à Paris. Walid Lemkecher a exposé son travail à l’occasion de plusieurs événements en France, notamment au Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis. Il a participé à plusieurs ventes aux enchères organisées par Drouot-Richelieu, à des Salons de peinture et à des expositions dans des  galeries d’art à Paris. C’est la première fois qu’il expose en Tunisie. 

 

 « J’attendais ce moment depuis longtemps, nous a confié l’artiste, pour venir exposer dans mon pays, quoique j’aie un profil biculturel, à la fois oriental et occidental ; je suis franco-tunisien, j’ai passé vingt ans à Tunis et vingt ans en France. Je trouve que c’est un besoin de retrouver un jour mes racines et d’avoir l’occasion d’enrichir et de s’enrichir de la scène artistique en Tunisie ! » Ses 21 tableaux ornent actuellement les cimaises de la prestigieuse galerie Saladin jusqu’au 05 mai prochain.

«  Dans ma peinture,  nous a déclaré l’artiste, ce qui m’intéresse le plus, c’est de créer chaque fois un univers qui est en relation avec la danse classique que je pratique d’ailleurs depuis une dizaine d’années. Cet univers est une source d’inspiration pour moi, dans la mise en scène ou dans le décor ou encore dans les costumes et les sujets du ballet classique. La danse est un prétexte pour pouvoir exprimer un univers dans lequel je transporte le spectateur d’un monde réel à un monde irréel, idéalisé, imaginaire où il y a souvent une figure féminine qui va magnifier le propos et interpeller  le public pour le faire voyager dans un monde fascinant et sublime. Je travaille aussi sur le côté spectaculaire qui est toujours en relation avec la danse. Cet univers est très riche en motifs qui sont à la fois juxtaposés et superposés, tantôt inspirés de motifs orientaux, tantôt russes, de par ma passion de danse classique russe que j’ai découverte depuis mon enfance grâce aussi aux vidéos de Rudolph Noureev (un danseur russe de renommée mondiale) et tout ce qui est en relation avec les étoffes, la joaillerie, l’orfèvrerie, toujours inspirés par les bijoux tunisiens traditionnels. Tout cela m’a permis de créer mon propre univers qui me reflète personnellement. »

« La figure féminine, nous a-t-il expliqué, représente le côté séducteur qui attire le spectateur. Elle est ici à la fois sensualité et force, protégée dans un cocon de formes et de motifs juxtaposés et exerce son pouvoir de fascination face à ses spectateurs éblouis. Ces femmes exercent un grand attrait surtout par le regard pour attirer les gens vers leur univers où tout gravite autour  d’elles. On voit que la femme est entourée de motifs d’ordre culturel ou traditionnel (oriental ou russe) qui évoquent cet univers féerique. Toute cette composition est faite donc pour magnifier le sujet. .. »

Dans la  peinture de  Walid Lemkecher, on ressent la nostalgie du pays. Ceci étant manifeste dans plusieurs de ses ouvrages, comme « Arabesques à Sidi Bou Saïd », « El Berka, magie des orfèvres », « Douceur orientale », à travers les compositions des formes et des lignes d’une part, et d’autre part à travers la palette chromatique qui rappelle la chaleur et la lumière du monde oriental auquel il appartient et qu’il n’oubliera jamais, de même à partir de ce foisonnement d’objets et de figurines qui créent autour de « la Belle aux bois dansant » cet univers enchanteur. 

 En fait, ces éléments qui entourent la femme (chevaux, danseurs, poupées russes, palais, calèches, cochers, cavaliers, licornes, fleurs de lys) rappellent des personnages d’un conte de fée et renvoient à un monde merveilleux, mais aussi  aux origines arabo-orientales de l’artiste. Ces symboles sont récurrents presque dans tous les tableaux, mais à chaque fois, ils sont repris d’une façon différente, selon la composition. Dans ce tableau intitulé « La Belle au bois dansant », on remarque que tous les éléments qui entourent la figure féminine ont l’air de danser. Dans cet autre tableau « Souvenir de la Bayadère », le peintre recourt à un travail de collage sur la toile en y incrustant des pierres de Swarovski (sorte de perles de cristal) très brillantes qui procurent beaucoup d’éclat et de reflets  à la toile. L’abondance des couleurs chatoyantes et des lumières éclatantes, les reflets dorés ou argentés qui émanent de ses toiles, tout cela caractérise la quasi-totalité des tableaux du peintre où domine la peinture à huile à côté de l’acrylique mais aussi une technique mixte où interviennent souvent feuilles dorées ou argentées, le collage de pierres précieuses ou de l’argile durcissant ou encore des motifs en relief. La peinture de Lemkecher rassemble l’Orient (dont il garde encore des souvenirs) et l’Occident (où il vit actuellement). Même loin du pays, il tient à transposer ses origines et vivre ses sources dans ces toiles  méticuleusement travaillées, qu’elles soient abstraites ou figuratives. Son monde imaginaire s’inspire  du monde de la danse  classique, de la Russie, de l’Inde et de ses propres origines orientales. L’observateur ne saurait contempler les toiles de l’artiste sans pouvoir s’évader par le rêve vers des univers imaginaires, tout en étant merveilleusement ébloui par la richesse des formes et la variété des couleurs, la multitude des motifs et des symboles, la diversité des dessins géométriques. Bref, l’artiste nous invite à un voyage féérique plein de couleurs et de lumières où le rêve est bien permis.

 Hechmi KHALLADI