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Non, l'espoir ne manque pas d'avenir!

Dimanche 6 Mars 2016
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Pour Aristote, l'espoir est le « songe d'un homme éveillé ». Selon Epicure, si vous n'attendez rien, vous n'avez rien à redouter. En cette période désenchantée, difficile de recourir à la philosophie pour espérer, car celle-ci se méfie de l'espoir qui, selon elle, est un trouble. Un sage n'espère pas. Enfin presque... Dans leur dernier livre, L'espoir a-t-il un avenir ?(Flammarion), Monique Atlan et Roger-Pol Droit montrent que tous les philosophes, loin s'en faut, ne partagent pas cet avis. Eux, en tout cas, pensent que l'espoir individuel et collectif est un exercice de lucidité.

 « L'espoir est-il dans un état désespéré ? ». La première phrase du livre est cette interrogation angoissante. Les auteurs y répondent par la négative avec force arguments car, écrivent-ils, « nous sommes en effet convaincus qu'il est dommageable pour notre avenir de renoncer tout à fait à l'idée d'un espoir collectif partagé, à des idéaux communs, par crainte de se retrouver déçu, ou trahi ».

L'espoir a une histoire 

Dans cet ouvrage, Monique Atlan, journaliste à France 2, et Roger-Pol Droit, philosophe chevronné, auteur d'une trentaine de livres qui aident l'honnête homme à se frayer un chemin dans le dédale de la philosophie, nous expliquent d'abord comment est né l'espoir. Ce n'est pas la partie la moins passionnante de leur étude.

Tout commence avec les Grecs et le mythe de Pandore qui, on le sait, ouvrit la jarre (devenue boîte avec le temps) et, selon Hésiode, « prépara aux hommes de tristes soucis ». Mais seul elpis (l'espoir) resta à l'intérieur, car Pandore referma le couvercle avant qu'il ne s'en aille. Elpis, premier espoir grec qui signifie, à l'époque, l'attente.

Les auteurs expliquent l'évolution du mot avec les Grecs jusqu'à Euripide (« vis par l'espoir et nourris-toi de l'espoir ») puis avec les juifs et les chrétiens avec lesquels l'espoir devient espérance de retrouver la terre promise et de gagner le paradis.

Avec les siècles, écrit le couple d'auteurs, « la notion d'elpis est passée de la simple estimation rationnelle d'événements futurs probables à l'illusion dangereuse qui nous extrait de l'instant présent, sans oublier le sursaut face aux impasses tragiques et la confiance consolatrice en une justice rétablie dans l'au-delà ».

L'espoir contemporain

Et aujourd'hui? Cet elpis devenu espoir, qu'est-il devenu ? Il tente de survivre dans un monde, occidental, qui a fait du présent sa mesure de peur de croire en des lendemains qui chantent. Nous savons en effet, avec l'historien François Hartog (voir les archives du magazine Idées) que ce qu'il appelle « le présentisme » est souverain. Un « présentisme » qui convoque parfois l'histoire au nom du « devoir de mémoire ».

Les auteurs citent aussi un philosophe catalan pour lequel « les sociétés démocratiques n'entretiennent pas de bonnes relations avec le futur ». Alors que peut faire l'espoir collectif qui ne peut se contenter du présent puisqu'il est une projection dans un avenir radieux ? Demeure néanmoins l'espoir individuel qui relève de l'émotion comme l'a montré Descartes dans son Traité des passions (1649).

L'espoir a-t-il un avenir ? N’est pas seulement un ouvrage d'histoire de l'espoir en quelque sorte, ce qui serait déjà beaucoup, il est aussi le livre de leur vision de l'espoir. Comme « l'espoir fait partie de l'homme », disait Sartre, on ne peut le nier. Mais il n'est pas si évident que cela à définir. Pourtant, Monique Atlan et Roger-Pol Droit s'y risquent. Tant mieux. Ils nous apprennent à espérer. L'espoir est pour eux, par exemple, un exercice de lucidité qui exige la patience, l'attente. C'est, en outre, un rêve qui ne se vit pas seul.

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