La matrice du despotisme... - Le Temps Tunisie
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Tribune libre

La matrice du despotisme...

Jeudi 4 Février 2016
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Ben Ali n’est que  l’avatar vulgaire d’un despote éclairé,  en effet le choix de Bourguiba de le nommer premier ministre à la place du politique Rachid Sfar  n’était pas le fruit du hasard mais émanait surtout d’une volonté perverse de consolider la présidence  à vie.

Le paradoxe bourguibien se révèle dans toute sa contradiction en choisissant un militaire, lui l’homme qui marginalisa l’institution militaire et voua une haine à ses hommes.

Bourguiba despote malade, mal entouré et conseillé par un mauvais génie, avait cru trouver la potion magique pour faire illusion, mais la magie finit de se retourner contre lui ... La suite tout le monde la connaît.

Ben Ali, n’était pas un politique mais  connaissait  les lubies du combattant suprême, sans doute il avait en tête la mésaventure vécue par  l’ancien  ministre aux cinq portefeuilles (Ahmed Ben Salah) et la fameuse sentence de Bourguiba une fois celui-ci  démis de ses fonctions. 

«  C’est moi qui l'ai nommé et c’est moi qui l'ai démis » déclara fièrement Bourguiba pour un semblant d’explication à l’opinion publique (les années soixante, les années chaudes).

Sans doute l’opinion sera éclairée un jour sur les soubresauts de cette époque, Ahmed Ben Salah en homme probe légaliste syndicaliste léguera tôt ou tard à la nation ses mémoires.

Dans une Tunisie post révolutionnaire et depuis la fuite de la tête de la dictature et la libération de la parole dans tous les domaines (du moins pour l'instant) il se trouve qu’il existe un espace où cette liberté n’a pas  droit de cité, c’est le bourguibisme ... !

L’épisode de l’intellectuel Mohamed Talbi  nous enseigne que la citadelle bourguibienne reste  imprenable. 

Talbi qui aborde toutes les thématiques sans tabous se trouve devant un tribunal d’un autre âge jugé par les gardiens  du temple bourguibien, juste pour la seule raison d’avoir remis en cause certains aspects qui écorchent la biographie  du combattant suprême... 

Sans doute le mot « Taghout » du lexique « islamiste » a débordé la coupe. Il  était insupportable aux gardiens de la mémoire de celui qui a renvoyé l’institution religieuse (Azzaitouna) aux abysses de l’histoire tunisienne.

Mais l’intellectuel Talbi, en utilisant les éléments de langage des obscurantistes qu’il a toujours combattus, il rappelle, avec subtilité, la responsabilité du despote dans la prolifération de la pensée fondamentaliste  en asséchant les sources du savoir zeitounien.

En effet, l’université Zeitouna, était à l’avant garde de la lutte contre le discours rétrograde et obsolète  importé de la péninsule arabique ! Déjà à l’époque de Hammouda Bacha Bey 1759/1814, le célèbre Qadi tunisien Abou Hafs  Omar,  (le fils du mufti Qacem Almahjoub), via une lettre adressée  à l’imam Mohamed Ibn Abelwahab refusa l’appel de ce dernier aux Tunisiens de rejoindre  son courant religieux.  

Alors que le modèle tunisien est menacé par un wahhabisme  rampant et l’idéologie meurtrière daechienne,  il est bon de rappeler que le visionnaire  fût un borgne qui au nom  d’un semblant de modernité entama une sécularisation de la Tunisie, fermant l’institution zeitounienne et marginalisant ses hommes et n’a pas vu venir le train du progrès ... Aujourd’hui l’intégrisme déborde les frontières et n’a pas besoin d’un visa pour investir les foyers tunisiens !!!!

  Devant la déferlante Daech en embuscade, la Tunisie asséchée de sa substance  immunisante  zeitounienne  se trouve plus que jamais menacée ....

La Tunisie ne produit plus d’éminents savants tels que la lignée Ben Achour 

qui a légué  au monde musulman un des plus riches corpus de genèse coranique, «  Attahrir wattanouir »  de Tahar Ben Achour et la quantité non négligeable de conférences à travers les universités arabes de Rabat à Baghdad via le Caire de son fils Fadhel. 

Hélas, Notre grande Tunisie ne produira plus entre autres un Aboulkacem Chabbi.

Heureusement, tous les trois sont nés avant l'ère Bourguiba.

Et pour conclure, Bourguiba n’était pas à une contradiction près, même dans la symbolique,  il n’hésitait pas à se servir du lexique religieux, il suffisait de voir le choix du titre qu’il s’est attribué (ALMOUJAHID AL AKBAR).

Dieu merci d'avoir donné la vie à Monsieur Talbi en témoin de l’époque  et non en faux témoin (Chahid zour et combien ils sont aujourd'hui légion parmi lesquels un qui prétendait avoir trouvé la paire gauche des godasses du combattant suprême dans le désert libyen). Seigneur protège notre Talbi de tout malheur et pardonne à  Bourguiba  ses extravagances et ses errances.

Et pour finir, une réalité urgente s'impose pour nous tous Tunisiens de revoir notre histoire, notre vraie histoire et non celle écrite sur mesure depuis le Néo -Destour après Cheik Abdelaziz Ethaalbi (prétendument accusé  de traitre) par un bourguibiste zélé  jusqu'à l'année 1974. (N'est ce pas Monsieur O.S ? Dans une émission télévisée  ‘’Pour celui  qui ose  seulement’’ (‘’ Liman yajroo fakat’’) qui aurait proféré des mensonges en ce sens ? Historiens levez vous on attend de vous un Monsieur propre.

 Mohamed Jomni

France , 2016