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Le climat social s’apaise, la classe politique s’agite

Jeudi 6 Août 2015
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Le climat social s’apaise, la classe politique s’agite

Que se passe-t-il ces derniers jours au sein de la classe politique et dans les organisations sociales, pour nous trouver dans un climat général délétère ? Derrière les murs et dans les coulisses du pouvoir et ailleurs,  qu’est-ce qu’on nous prépare pour  la rentrée? L’éveil permanent de l’opinion publique réorientera-t-il les choix des grands stratèges des partis et autres décideurs, des organisations nationales comme l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) et l’Utica ? Que se passera-t-il à plus ou moins brève échéance ? Y aura-t-il un remaniement et un changement de chef du gouvernement, comme le souhaitent certains dirigeants de Nida, frustrés par la non obtention du poste occupé par Habib Essid ? Celui-ci va-t-il se laisser faire pour devenir malléable à merci, par Nida Tounès, ou les autres partis ? Sommes-nous devant une guerre sousterraine entre le chef du gouvernement et le 1er parti du pays ?

Lors de son dernier bureau exécutif, Nida Tounès a décidé de créer une commission nationale pour contrôler de l’action gouvernementale. C’est là une manière à peine voilée de dire que des dirigeants de ce parti,  n’apprécient pas le travail d’Essid et de son équipe. Qui aurait pu imaginer un tel scénario, où le 1er  parti du pays refuse de se considérer comme un parti au pouvoir, ni comme un véritable vainqueur des élections…

Le dernier Conseil de la Choura, un organe décisionnel n’a rien trouvé de mieux que d’exprimer ses peurs concernant les nominations de des gouverneurs et autres responsables, en exigeant que la compétence et non l’appartenance politique soit le critère de choix. On se demande pourquoi n’a-t-il pas utilisé ces critères lorsqu’il conduisait la Troïka au pouvoir sous Jebali et sous Laârayedh. Les soucis électoralistes sont derrière ce genre de posture de la part d’Ennahdha qui donne, aujourd’hui, la leçon aux autres. 

Il est certain que depuis la Révolution, la classe politique est en campagne électorale permanente. Toutes les composantes de cette classe, agit non en fonction d’un projet pour le pays, mais selon des stratégies électoralistes. Chaque fois qu’ils croient que telle ou telle position peut ramener des voix, ils l’adoptent. L’attrait des postes et l’appétit du pouvoir ont bloqué plus d’une tête pensante. On ne marche que pour le siège. Aucun projet et aucune vision d’avenir pour le pays.

Aujourd’hui, la classe politique est devant un choix cornélien. D’un côté, elle doit avancer en termes de popularité et de présence sur le terrain. De l’autre, elle doit  effectuer son autocritique pour les erreurs commises avant et après les élections, ce qui suppose un passage inéluctable en dehors des instances dirigeantes du pays et des partis. Ce passage permettra de mieux comprendre les raisons des erreurs et de refaire une bonne santé. Or, à l’exception d’Al-Massar, nous n’avons pas encore lu, un bilan sérieux de l’expérience passée.  De toute façon l’électeur, fin observateur de la scène politique, dispose de l’arme imbattable, celle du bulletin de vote. Il saura déloger qui il voudra aux prochains rendez-vous électoraux. 

Le raisonnement strictement électoraliste, explique le rapprochement de plus en plus fort entre les deux Cheikh et leurs partis respectifs. Le pays en a gagné en apaisement mais pas leurs partis respectifs, du moins leurs bases électorales.

Sur le plan social, il n’est plus possible de rallumer la mèche des contestations à répétition. Les caisses de l’Etat ont été saignées à blanc par les corporatismes. Quant aux instits qui brandissent le boycottage de la rentrée, ils savent très bien que le pourrissement de la situation de la fin de l’année scolaire 2014-2015, n’a fait que les discréditer auprès de l’opinion publique. Salem Labyedh ex-ministre de l’Education, ne pourra plus leur être d’un grand secours dans le bras de fer avec Néji Jelloul, ministre de l’Education, bien soutenu par tous. Grand est le risque de se ridiculiser devant l’opinion publique s’ils versent davantage dans la surenchère.  Par ailleurs, la paix sociale sera au rendez-vous, volontairement ou non. L’état d’urgence économique et sociale résoudra les quelques réticences qui survivraient aux dernières minutes. Une paix des braves s’impose d’elle-même. D’ailleurs, la dernière rencontre entre Caïd Essebsi et Houcine Abbassi a scellé l’affaire de la paix sociale. A l’opposé de climat social qui ne fait que s’apaiser, la classe politique vit dans une fébrilité extraordinaire. Aurons- nous besoin d’un nouveau parti de masses avec de hauts cadres bien rodés et un projet répondant aux besoins de l’étape ? Auront-nous notre De Gaulle. La situation est très grave et personne ne veut ni du scénario samalien, ni grec, y compris les responsables du pourrissement de la situation sociale et celle des finances publiques.  

Hassine BOUAZRA