Le poète, conscience de la Nation - Le Temps Tunisie
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2018

Habib Essid au chevet de Sghaier Ouled Ahmed

Le poète, conscience de la Nation

Dimanche 2 Août 2015
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Un comité gouvernemental chargé de l’étude de la couverture sociale pour les artistes • et les intellectuels

Le chef du gouvernement, Habib Essid, s’est rendu hier au domicile du poète tunisien,
Sghaier Ouled Ahmed, pour s’enquérir de son état de santé et souhaiter au poète, un prompt rétablissement. Un geste réconfortant
certes, mais insuffisant car ce poète qui par ses nombreux écrits, a su donner le coup de fouet nécessaire pour éveiller les consciences et exhorter les citoyens à ne pas désarmer ni baisser les bras devant ceux qui font tout pour faire échouer le processus révolutionnaire. Il mérite d’être totalement pris en charge afin de pouvoir combattre la maladie et surmonter les souffrances et les douleurs physiques, après avoir lutté contre tant de souffrances psychiques suite aux exactions dont il a été l’objet durant l’ancien
régime.
Habib Essid, a souligné « qu’il est du devoir de l’Etat de prendre soin des intellectuels
et des artistes, car ils sont la conscience de la Nation, et le souci du gouvernement
est de faire respecter la culture et améliorer les conditions des intellectuels et des artistes, pour les élever au statut qu’ils méritent, ajoutant que cela est de nature à renforcer leur contribution à l’évolution
culturelle du pays, car il sont la conscience de la nation ».
En effet l’artiste est un sacerdoce, qui souffre pour faire le bonheur des autres. C’est ce qui a fait dire à Mahmoud Messadi,
ministre de Bourguiba et grand homme de lettres tunisien du siècle dernier : « La littérature est tragédie, ou pas du tout ! ».
Qu’il s’agisse de la poésie, de la littérature,
du théâtre ou de la musique, l’art est une complainte joyeuse qui cache bien des souffrances. Ce fut le cas des compagnons de Taht Essour, dans les années trente du siècle dernier, chez qui on décelait à travers leurs oeuvres facétieuses et sublimes, une certaine amertume de se voir marginalisés, ignorés, voire laissés dans les oubliettes. C’est qui a fait dire d’ailleurs à l’un deux, Ali Douagi un romancier qui a su peindre avec art et originalité la situation déplorable
que traversait le pays durant le colonialisme :
  « l’artiste ne peut savourer le fruit de son oeuvre qu’à titre posthume ».
L’histoire étant un éternel recommencement,
et bien que Bourguiba avait alloué une pension, si maigre fut-elle, aux artistes à l’aube de l’indépendance, la situation de ces derniers ne s’est jamais améliorée.
La couverture sociale reste encore et jusqu’à nos jours le point névralgique, auquel il est temps d’y remédier sérieusement
et de manière concrète et efficace.
C’est là que le cas de Sghaier Ouled Ahmed est préoccupant. Il doit bénéficier de toute l’aide matérielle nécessaire afin de pouvoir vaincre la maladie dont il souffre en silence, sans déranger, ni quémander.
Il n’est pas unique, car d’autres artistes qui ont tant donné souffrent énormément à cause de ce problème crucial, tels que Dalenda Abdou qui a durant plus d’un demi-siècle a animé les planches du théâtre et les plateaux de la télévision nationale, notamment par son rôle de dame âgée, qu’elle jouait à la perfection depuis son jeune âge.
Comme Flaubert, dans «Madame Bovary» ou Cervantès dans «Don Quichotte
», Sghaier Ouled Ahmed, a trouvé un point de maturité et de perfection dans ses poèmes qui constituent une confession, exprimant une partie de lui-même.
Né à Sidi Bouzid, il s’expatria en 1987, pour fuir la dictature de l’ancien régime, et s’installa à Paris et refusa une décoration nationale d’art et de culture en 1992. Rêvant de créer une maison de la poésie en Tunisie, son voeu a été exaucé en 1993.
Ses poèmes expriment l’esprit de la liberté et de la révolte de tous les victimes d’oppression et d’injustice.
« Je n’ai pas de problèmes
Quand les fleurs irritent mes poches
Je les dessine avec la plume
Et le drapeau »
Et quand ce drapeau dénude mes fils
Je le déchire étoile par étoile
Tandis que je recouds leur nudité
Et j’embrasse la terre sans nommer Dieu
Je n’ai pas de problème »
Sghaier Ouled Ahmed, n’a pas manqué d’offrir au chef du Gouvernement, ses dernières
oeuvres.
Habib Essid, a annoncé la composition d’un comité gouvernemental chargé d’élaborer
une loi relative à la couverture sociale et aux soins pour les intellectuels et les artistes.
Il était temps, et ce n’est que justice, cette résolution gouvernementale étant dans le cadre de la consolidations des objectifs
de la Révolution.
Ahmed NEMLAGHI