Ghardaïa, à nouveau ensanglantée par les violences intercommunautaires - Le Temps Tunisie
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Ghardaïa, à nouveau ensanglantée par les violences intercommunautaires

Vendredi 10 Juillet 2015
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Vingt-deux personnes ont été tuées et des dizaines blessées en moins de 48 heures dans une flambée de violences intercommunautaires dans la région de Ghardaïa, dans le sud de l’Algérie, théâtre de heurts récurrents entre Arabes et Berbères depuis deux ans et demi.
Le gouvernement algérien a chargé l’armée et la justice de mettre fin aux violences entre Arabes et Berbères dans la région. Barricades de pneus, de brouettes et d’objets divers, locaux commerciaux, maisons et véhicules incendiées: la ville de Guerara portait hier matin les stigmates des affrontements des jours précédents. Aucun déploiement de soldats n’était toutefois visible dans cette localité où 19 personnes sont mortes dans la nuit de mardi à mercredi, le plus lourd bilan depuis le début de la crise communautaire en décembre 2013. Au moins trois autres ont été tuées ailleurs dans la région de Mzab, à environ 500 km au sud d’Alger. La brusque flambée de violences a été déclenchée mardi peu avant minuit lorsque des hommes au visage masqué et armés de fusils de chasse ont ouvert le feu sur des habitants, selon une version des faits non confirmée du quotidien El Khabar.
Fait inédit depuis le début de cette crise, le président Abdelaziz Bouteflika a convoqué une réunion d’urgence, a annoncé l’agence APS. Le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, le vice-ministre de la Défense nationale, Ahmed Gaïd Salah, et le chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, y participaient.
A l’issue de cette réunion, Abdelaziz Bouteflika a chargé le commandant de la 4e région militaire, dont dépend la wilaya (préfecture) de Ghardaïa de « superviser l’action des services de sécurité et des autorités locales concernées pour le rétablissement et la préservation de l’ordre public à travers la wilaya de Ghardaïa », a indiqué un communiqué de la présidence. Abdelaziz Bouteflika a également demandé au Premier ministre de « veiller, avec le ministre de la Justice, afin que le Parquet prenne en charge, avec diligence et sévérité, toutes les violations de la loi (…) et notamment l’atteinte à la sécurité des personnes et des biens », selon la même source.
Les vols à partir d’Alger en direction de Ghardaïa ont été annulés jusqu’à samedi, a déclaré à l’AFP un employé de l’aéroport. La compagnie Air Algérie qui les assure n’a pas fourni d’explication. Les violences des dernières 24 heures se sont concentrées à Guerrara (120 km au nord-est de Ghardaïa), l’une des principales villes mozabites, une minorité ethnico-religieuse berbère et ibadite. Dix-neuf personnes sont mortes rien que dans cette ville, selon un bilan de l’APS. « La situation est très grave : ce n’est plus des affrontements mais du terrorisme », s’est indigné un notable mozabite interrogé par l’AFP. Des armes de guerre et des fusils de chasse ont été utilisés à Guerrara, contrôlée à ses quatre entrées par des « hordes armées », a-t-il affirmé.
« Devant des terroristes tirant à balles réelles pour la première fois depuis le début du conflit, les citoyens Mozabites sont condamnés à défendre leurs biens à mains et poitrines nues », écrit le Collectif des Mozabites en Europe, ajoutant que « les populations Mozabites vivent dans l’insécurité totale, avec un très lourd lot de morts et de destructions ». Le bilan de 22 morts est le plus lourd enregistré dans cette région de la vallée du M’zab, où une dizaine de personnes avaient au total été tuées depuis le début des affrontements en décembre 2013. En deux ans et demi, des centaines de maisons ont été incendiées dans les violences, et de nombreuses usines, ateliers et locaux endommagés.
On ignore pour le moment la cause précise de cette nouvelle flambée de violences. Mais de nombreux différends, en particulier d’ordre foncier, opposent Arabes et Berbères, qui cohabitent depuis des siècles.