L’assaillant de Sousse sous l’emprise du Captagon ! - Le Temps Tunisie
Tunis Vendredi 8 Février 2019

Suivez-nous

May.
23
2019

Décontracté, imperturbable, sourire aux lèvres

L’assaillant de Sousse sous l’emprise du Captagon !

Mardi 30 Juin 2015
نسخة للطباعة
L’assaillant de Sousse sous l’emprise du Captagon !

«Kalachnikov à la main, l’homme marchait tout droit, sans une once de peur et affichait un large sourire tout en tirant sur les personnes qu’il rencontrait. » Ceci est un extrait du témoignage d’un jeune homme présent sur les lieux du drame, vendredi dernier à Sousse, lors de l’attentat qui a fait 38 morts et une quarantaine de blessés. Il y décrit un assaillant « serein », déambulant tranquillement, arme à la main, ne laissant paraître aucune hésitation ou crainte, pas du tout pressé de quitter les lieux. D’autres témoins oculaires rapportent que Saïfeddine Rezgui, l’auteur de la fusillade, n’a pas cherché à s’enfuir et n’a opposé aucune résistance quand les forces de l’ordre lui ont tiré dessus ou encore quand Moncef, un maçon qui se trouvait en haut d’un immeuble, a jeté sur lui des carreaux de céramique et de briques, le visant à la tête. Que cache cette attitude décontractée du terroriste ? Quelques jours après le drame, l’heure est à l’analyse et la piste des substances psychotropes est de plus en plus évoquée. Une drogue en particulier, le Captagon, surnommée la « potion magique » de l’État Islamique (EI).  

Si les témoins de l’attaque ont livré des témoignages plus ou moins différents, tous s’accordent à dire que l’attitude de Seïfeddine Rezgui était bizarre et détonnait franchement avec la gravité des événements. Selon eux, il a fait preuve d’un calme olympien tout au long du carnage et c’est de sang froid qu’il a abattu les innocentes victimes, visant uniquement les touristes et demandant aux Tunisiens de s’éloigner de son champ de tir, ne cessant de répéter: « Je ne suis pas venu pour vous ». Les vidéos amateur, prises au moment de l’attaque, montrent un homme armé marchant tranquillement au bord de la plage, fonçant droit sur ses proies. Près de la piscine couverte, des touristes, dont un couple de personnes âgées, l’ont supplié de les épargner. En vain. Imperturbable, l’homme agissait comme un automate, le regard dans le vide, mitraillant impitoyablement les clients de l’hôtel. Regarder sans voir, écouter sans entendre. L’homme était comme anesthésié, comme s’il était ailleurs... Large sourire, absence de peur, sang froid pendant l’exécution, insensibilité à la douleur, absence d’émotivité... Un comportement qui n’est pas sans rappeler les effets des psychotropes et plus particulièrement celles du Captagon,un stupéfiant qui inhibe toute sensation de peur, de faim, de fatigue et de douleur et procure une sensation d’euphorie intense qui dure près de 48 heures. Ceux qui en consomment perdent toute notion de ce qui les entoure et agissent comme si personne n’existait autour d’eux. Il suffit d’ingurgiter une seule de ces petites pilules blanches, à base d’amphétamine mélangée à de la caféine pour se sentir devenir invincible, indestructible. Seïfeddine Rezgui en avait-il consommé avant de commettre son affreux crime terroriste? La piste est plausible d’autant plus qu’il était familier des substances psychotropes et a déjà été arrêté une fois pour consommation de cannabis. Les résultats de l’analyse devraient confirmer ou infirmer ces doutes et apporter plus d’éclaircissements. 

« Super pouvoirs »

Très prisé par les combattants de l’Etat Islamique (EI), le Captagon fait rage en Syrie mais aussi en Libye. Lancé sur le marché en 1963 pour un usage strictement médical, il est généralement prescrit en cas de dépression, de narcolepsie et d’hyperactivité. Mais très vite, ce médicament a été détourné de son usage initial par les dealers. Il a donc été interdit à la vente en 1986 et classé comme substance psychotrope par l’Organisation Mondiale de la Santé. Dès les années 2000, sa production illégale a connu un pic au Moyen-Orient et la Syrie est devenue, avec l’émergence de l’EI, la plaque tournante de la production et de l’exportation du Captagon. En 2013, le Liban a saisi plus de 12,3 millions de cachets et la Turquie a fait échouer une livraison de sept millions de comprimés en provenance de Syrie vers l’Arabie Saoudite. Cette substance illicite fait aujourd’hui le bonheur de milliers de personnes au Golfe mais aussi des combattants de l’Etat Islamique qui l’utilisent pour échapper à la pression extérieure et à l’emprise de la peur, pour stimuler leurs nerfs et oublier le sommeil et la fatigue, pour ne plus ressentir de douleur ou encore pour améliorer leurs performances sexuelles, ce qui explique toutes les atrocités commises par eux, à commencer par les viols en série ou encore les scènes « surréalistes » où on les voit égorger et exécuter des victimes de sang froid, le regard figé, sans un tremblement de la main et sans une once de compassion dans les yeux. Dans une déclaration accordée à Reuters, un officier de la brigade des stupéfiants de Homs affirmait que les consommateurs de Captagon devenaient complètement insensibles à la douleur et s’ils éclataient de rire quand ils recevaient des coups très violents. Vu son succès et ses effets proches des « super pouvoirs », un véritable trafic aurait vu le jour dans les camps de djihadistes de l’EI où cette drogue serait vendue par petits paquets, entre 5 et 20 dollars le cachet. Un business juteux qui servirait d’une part à doper les djihadistes et d’autre part à financer les combats et l’achat d’armes.  

Rym BENAROUS