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Parution: «Que la mer est belle !», nouveau roman de Hassen Nasr.. "Qu’attend-on de la Révolution ?"

Dimanche 28 Juin 2015
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Parution: «Que la mer est belle !», nouveau roman de Hassen Nasr.. "Qu’attend-on de la Révolution ?"

 « Que la mer est belle ! », est le nouveau roman de Hassen Nasr qui vient de paraître aux éditions Arabesques. Ce roman de 152 pages comporte 27 courtes histoires indissociables qui ont pour cadre la Révolution du 14 janvier 2011, mettant en scène les mêmes personnages. C’est en page 78 que le romancier définit la Révolution en ces termes : « c’est une activité spirituelle qui, à peine bascule-t-elle vers le bas qu’on la revoit aussitôt remonter pour retrouver son nouveau souffle, pareil à l’individu qui, après avoir transgressé les interdits, se repentit, reprend conscience et revient à sa sagesse, pour entreprendre de bonnes actions. C’est ainsi que cette activité spirituelle est renouvelée sans cesse au fil du temps, aussi bien chez les individus que chez les peuples. Mais si ce renouvellement a lieu au cours des années chez les hommes, vu leur vie très courte, il survient au cours des siècles chez les peuples car, eux, ils sont d’une longévité séculaire». De là, on comprend que toute révolution est un changement continu qui nécessite un effort de longue haleine et souvent des sacrifices consentis pour la pérennité de la patrie.

 «Que la mer est belle ! » est un roman qui se pose les questions suivantes : « Qu’attend-on de la Révolution ? Que pourrait apporter de plus la Révolution? Pourquoi les gens sont si pressés de récolter les fruits de cette Révolution ? » Si certaines gens croient faire de cette révolution une vache à traire qui leur permettra de remplir leurs poches et satisfaire tous les besoins dont ils se sont privés depuis plusieurs décennies, ils se trompent grossièrement ! Car, pour le romancier, ce n’est pas un gâteau à partager : au contraire, la révolution est un mouvement perpétuel et un changement continu qui s’opèrent aussi bien dans les mentalités que dans les attitudes et les comportements, c’est la libération des esprits des mauvaises croyances, des préjugés, des fatalités et des pensées rétrogrades, c’est un appel incessant au travail, à la créativité et au développement.

Parmi les événements spectaculaires survenus avant, pendant et après la Révolution, qu’on retrouve sporadiquement dans le récit, à travers l’action et le dialogue des personnages, l’auteur insiste surtout sur l’acte d’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi qui constitue l’étincelle à tout un mouvement de rébellion à travers les régions, ainsi que sur le grand rôle joué par les jeunes blogueurs tunisiens à travers les réseaux sociaux qui ont le mérite de mobiliser tout un peuple pour se soulever contre la dictature, mais aussi sur les foules de manifestants qui ont organisé des sit-in à la Kasbah et au Bardo.

Cependant, Hassen Nasr ne cache pas sa déception ni son indignation, quant aux conséquences néfastes qui dérivaient de la Révolution de janvier 2011, considérant que la Révolution est un combat continuel contre l’ignorance, la violence et la décadence et que nous n’avons pas encore gagné ! C’est que pour le romancier, il est encore tôt pour juger de la réussite ou de l’échec de cette Révolution, il faut lui laisser le temps pour mûrir et atteindre tous ses objectifs et réaliser tous ses rêves. La Révolution, selon lui, est un appel à la non-violence, à l’entente, à la cohabitation pacifique entre les citoyens, épousant ainsi une approche philosophique qui donne à la Révolution un aspect salvateur de l’humanité. Aussi peut-on lire en page 114 : « Que l’amour, la paix et la compréhension soient établis entre les gens, car la race humaine est unique et que toutes les civilisations se nourrissent les unes des autres. Ainsi, toutes nos forces sociales doivent croire en l’unité de la race humaine tout en luttant pour l’équité des chances d’acquérir le savoir, le droit au travail et insuffler le développement, en vue de construire un avenir commun sur cette terre… » C’est donc cette dimension universelle conférée à notre Révolution qui compte le plus dans ce roman, puisqu’elle a ouvert la porte à d’autres peuples arabes pour faire leurs propres soulèvements.

L’auteur réunit dans son roman des personnages de tous les âges : les adultes (les deux retraités Borhane et Khalil), les jeunes (Farid, Amine, Sameh et Leila, des amis blogueurs) et même les tout petits enfants (le bébé surpris par sa mère criant : « le peuple veut…, le peuple veut… », imitant la foule des gens qu’il a observée à la télévision.) C’est que la Révolution n’a laissé personne indifférente et qu’elle est l’apanage de toutes les catégories de la population : le mariage du sexagénaire Borhane avec la jeune Leila, ce couple aux idées révolutionnaires, à la fin du roman, n’est qu’un exemple éloquent qui montre combien la Révolution concerne toutes les générations et qu’elle sera accomplie par le concours de tous.

Toutefois, le roman met l’accent sur un point crucial : c’est que notre Révolution a connu durant ces quatre dernières années – et connaît encore – des forces obscurantistes et rétrogrades qui veulent l’étouffer dans l’œuf ou du moins la menace omniprésente, en semant la pagaille au sein de la population, divisant la société entre idéalistes et matérialistes, religieux et athées, progressistes et réactionnaires. Ce sont ces gens-là, ennemis de la démocratie et du progrès et toujours assoiffés de sang et de mort, qui ont choisi la violence et la terreur, braquant ainsi leurs armes sur leurs concitoyens. A ces gens, l’auteur répond à travers les paroles de l’un de ses personnages : « Ce ne sont que des actes désespérés, puisque le passé ne reviendra plus ! » (p.118). Mais, le peuple a dit son mot : « En avant ! Ensemble, la main dans la main, pour édifier notre avenir ! »

Le roman finit sur une note plutôt optimiste : une visite à Hawaria, pour fêter le mariage du couple, issu de la Révolution, Borhane et Leila, et par la même occasion, pour contempler la belle mer de cet admirable village côtier : « As-tu vu comme la mer est belle !, disait Amine. – Oui, moi aussi, j’aime la mer !, répondit Sameh, son amie !

  Hechmi KHALLADI

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