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Attaques aux fusils de chasse contre des policiers et saccage de locaux sécuritaires à Kébilli

Et si c’était une stratégie de pourrissement de Daech ?

Mardi 9 Juin 2015
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Et si c’était une stratégie de pourrissement de Daech ?

Les manifestations qu’organisent des habitants de la délégation de Douz  (gouvernorat de Kébili) pour réclamer des emplois, le développement de la région et la transparence quant aux contrats passés entre l’État et les sociétés pétrolière semblent avoir pris une tournure dangereuse. Ces manifestations légitimes motivées essentiellement  par les inégalités régionales et un chômage endémique ont définitivement  perdu leur caractère pacifique depuis vendredi dernier quand une dizaine de policiers ont été blessés par  des tires de chevrotine par des manifestants armés de fusils de chasse, selon les dires de du secrétaire d’Etat à la Sureté nationale Rafik Chelly.

Vendredi soir, les sièges de la garde nationale et de la police à Douz  ont été saccagés et des véhicules, incendiés. Cette escalade inédite dans la ville abritant  près de 50 000 âmes et opèrent  compagnies pétrolières entreprises, dont l’entreprise britannique Petrofac, a poussé le gouvernement à décréter  un couvre-feu pour les personnes et les véhicules à partir de vendredi 5 juin de 20h00 à 6h00  en vue de «préserver la sécurité publique et les vies des citoyens ainsi que leurs biens».

Le gouvernement a également procédé au retrait de la police au déploiement de  l’armée nationale dans les principales rues de la ville de Douz. Mais les protestataires sont revenus à la charge. Des individus ont, en effet, tenté dimanche à l’aube d’incendier le poste de police de la délégation de Souk Lahad (15 km au nord-ouest de la ville  Kébili) en mettant le feu à des pneus.

Le feu a provoqué de légers dégâts matériels sur la façade du poste de police.  Une patrouille de police non loin des lieux du bâtiment a été aussi la cible de jets de pierres et de cocktails Molotov. 

L’ampleur des violences et la ténacité de leurs auteurs ont été telles que des officiels et des experts ont évoqué ouvertement la thèse d’une stratégie de pourrissement savamment orchestrée par la nébuleuse terroriste l’Etat islamique (Daech), qui est  très bien implantée en Libye. 

C’est le secrétaire d’Etat à la Sureté nationale en personne qui a mis dès le 5 juin en garde contre des tentatives de cellules terroristes de «semer le chaos dans l’ensemble du sud tunisien en vue de favoriser l’intrusion de combattants de Daech en Tunisie » 

Rafik Chelly  a rappelé dans ce cadre l’antenne libyenne de Daech a pris le contrôle d’une base  aérienne située dans la ville libyenne de Syrte. 

«Drapeaux noirs brandis lors des manifestations !»

Dans ce même ordre d’idées, le président du bloc de Nida Tounes à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), Mohamed Fadhel Ben Omrane, a estimé, hier,  que des cellules djihadistes seraient en train d’alimenter le chaos à Kebilli 

«Des drapeaux jihadistes noirs ont été même brandis lors des manifestations, et des visages que nous n’avons jamais vu à Douz participaient aux protestations », a-t-il déclaré sur les ondes de la radio privée Mosaïque FM.

«Daech serait en train de tâter le pouls. Je connais mieux que quiconque la région. Des visages qui n’ont aucun rapport avec Douz ville sont derrière ces violences. Ils sont en train de  préparer  le terrain à Daech en essayant de semer le chaos dans la région», a-t-il  ajouté. 

Professeur d’histoire contemporaine à  la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba et spécialiste des mouvements islamistes, Alaya Allani n’exclut pas la thèse selon laquelle des groupes terroristes liés à Daech seraient en train de manœuvrer à Douz et Souk Lahad en vue de semer la terreur et de créer un vide sécuritaire dans la région.

«Plusieurs rapports élaborés par des unités spécialisées du ministère de l’Intérieur et des partis politiques membres de la coalition au pouvoir ont évoqué la présence de drapeaux  noirs portant la profession de foi musulmane et de personnes venues de l’extérieur de la région lors des manifestations, ce qui laisse croire que de terroristes et des barons de la contrebande transfrontalière sont impliqués dans les évènements», a-t-il affirmé. Et d’ajouter: « les groupes terroristes actifs en Libye, dont Daech, craignent plus que jamais que le nouveau round de négociations qui se tient à Skhirat (Maroc) entre le gouvernement de Toubrouk et celui de Tripoli ne débouche sur la formation d’un gouvernement d’union nationale. Ils auraient, de ce fait, déjà commencé à chercher un refuge en dehors de la Libye».

Auteur de plusieurs ouvrages sur le thème des phénomènes politico-religieux dans le monde arabe, dont «Les Mouvements islamistes dans le monde arabe : les cas de la Tunisie» et «Le courant religieux en Tunisie entre confrontation et participation», M. Allani pense aussi qu’une situation sécuritaire chaotique dans le sud n permettrait aux groupes terroristes d’acheminer hommes et armes vers les régions montagneuses  surtout que les derniers rapports des services de renseignements font état d’un manque flagrant de munitions chez les terroristes retranchés au mont Chaâmbi. 

Walid KHEFIFI