Douceur de vivre et parfum de jasmin… - Le Temps Tunisie
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D’art Kamila

Douceur de vivre et parfum de jasmin…

Mardi 2 Juin 2015
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Douceur de vivre et parfum de jasmin…

Il y a plus de deux siècles de cela, une belle bâtisse fut construite pour rendre palpable le rêve d’un Bey venu d’ailleurs. Saisi par la beauté calme, sereine et envoûtante d’un été tunisien, il se décida d’y bâtir une demeure qui se conjugue à la perfection avec le rythme estival lent, doux et ensorcelant  d’une journée d’été en Tunisie.

Plus de deux siècles plus tard, une vingtaine d’artistes, artisans et amoureux de l’appel d’antan ressuscitent le temps d’un rêve, ce que furent ces journées estivales tunisiennes typiques. Pilotée par un artiste féru de la Tunisie, Philippe Xerri,  designer et commissaire d’exposition, cette pléiade d’artisans travaille depuis trois mois sur le projet. Le but étant de remettre en valeur le savoir-faire artisanal et l’art de vivre des Tunisiens avec une mention spéciale pour le rythme douillet durant la saison estivale. 

Une pérégrination dans le temps

On est ce visiteur qui pénétra pour la première fois la demeure du Bey bâtie en 1800.  Au seuil marbré, deux jeunes hommes nous accueillirent sourires aux lèvres et nous aspergèrent les mains d’eau de fleur d’orangers comme signe de bienvenue. Une coutume qui nous replongea dans ces années où la douceur de la vie  et l’hospitalité furent un rituel de base. Un art de vivre qui s’est malheureusement dissipé de nos jours..

Dès que nos pieds foulèrent ce sol marbré, nous fumes saisis par cette beauté saisissante des lieux et du décor. L’ambiance était imbibée de lumière douçâtre et tamisée. Entre les étincelles des bougies parfumées, les pouffes en cuir, les tapis et margoum faits main, tout incitait au rêve et nous replongeait dans une Tunisie douce, sereine et enivrante. 

De la Skifa à la chambre à coucher, en passant par la salle de séjour et  la salle de bain à l’ancienne, le jardin et ces nappes jetées à même le sol dans le jardin à l’extérieur, tout était la reproduction parfaite des maisons beylicales tunisiennes à merveille.

Le plus saisissant dans cette pérégrination dans le temps était ce souci du détail et ce style épuré de notre patrimoine. Le passé s’invitait au présent, certes. Mais le passé s’ouvrait sur le présent et appelait l’avenir. Cette danse chronologique se faisait dans l’ombre d’un parasol faite de «halfa», de cette baignoire de 800 kg de marbre galbée et majestueuse, dans ces nappes jetées nonchalamment sur le gazon à l’ombre d’un arbre décoré de gri-gri sous forme de poisson en cuivre, de ces «foutas» revisitées et transformées en jetés de lit.

Dans ce léger saut dans le temps, le visiteur retrouve le temps d’une balade, la journée typique pendant la saison estivale en Tunisie où le ton est donné à la rêverie,  à la détente, aux vêtements qui se font légers, au sommeil bercé par la valse des ombres des gris-gris, qui sont là pour éloigner le mauvais œil.  

Cette évasion ensorcelante rappelle les rituels du quotidien tunisien. L’exposition rend hommage à l’art de vivre des Tunisiens et au savoir-faire des jeunes artisans qui ont hérité des siens l’essence artistique d’un patrimoine en péril.

A travers ce travail artisanal ancestral mais épuré, touchant à une multitude de matières telles que le bois, le fer, le verre, la halfa, le cuivre ou encore le marbre, il était question de faire l’éloge du travail artisanal revisité des Tunisiens, en termes de  mobiliers, d’accessoires, de linge, de vaisselle et d’habillements. Tout dans leur travail invite à la détente, au confort originel est une ode aux plaisirs des sens. 

Rappelons que l’exposition n'en est qu’à sa 2ème édition. La première a eu lieu en 2013 et a attiré environ 2 mille visiteurs à la résidence de France. Ce projet est monté par l’Institut français de Tunisie avec l’appui de l’Office national de l’artisanat (ONA) afin de mettre en exergue le savoir-faire ancestral des jeunes artisans tunisiens loin des clichés et des sentiers battus. 

Cette maison beylicale imaginaire  rend au final, au patrimoine tunisien matériel et immatériel toutes ses lettres de noblesse. L’exposition a su rendre hommage au savoir faire ancestral dans une conception contemporaine saisissante. 

Melek LAKDAR