Si «Le Temps» m’était conté ! - Le Temps Tunisie
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Déjà quarante ans

Si «Le Temps» m’était conté !

Mardi 2 Juin 2015
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Par Khaled Guezmir

La liberté était son destin… la liberté était sa vocation et ce dès le départ,  ce 1er juin 1975, alors que le système politique tunisien n’avait pas encore quitté sa trajectoire autour du « Parti unique » ou « Parti-Etat » de fait ! Il y avait certes beaucoup de sensibilités politiques et sociales à cette époque marquante  de la construction de l’Etat national moderne.

Mais, l’institutionnalisation du pluralisme tardait à venir et à se faire du fait de la résistance des oligarques périphériques qui trouvaient leur confort dans un système d’ordre et de personnalisation autour d’un chef de très haute dimension : Bourguiba !

Il fallait trouver le fil d’Ariane, ménager la chèvre et le chou et surtout rassurer le « combattant suprême », toujours tenu à l’œil, par la vigilance partisane du néo-Destour devenu moins libéral depuis  le congrès « du Destin » de Bizerte en 1964 et la montée des hommes d’appareil influencés par les modèles « socialo-communistes » et leur rigueur dans la structuration des Partis-dirigeants.

C’était une époque difficile et de transition. Et c’est là que l’habileté de feu Si El Habib Cheikhrouhou, fondateur de Dar Assabah fit le reste pour avoir l’aval de Bourguiba en personne et accepter  le lancement  d’un organe quotidien d’expression française indépendant et libéral et surtout détachée de la nomenclatura de la classe dirigeante de l’époque très attachée en grande partie au « Parti-Etat » et son idéologie dominante.

La couleur était annoncée par les profils de l’équipe du « Temps » qu’on aurait pu désigner  au goût des films célèbres de l’époque : « Les douze salopards » !

Dans leur grande majorité ces « chevaliers de la plume » étaient des rescapés d’une certaine « mise à l’écart » pour éviter un mot plus fort par le système dominant. De Nabil Ben Khelil à Moncef Ben Mrad, Mustapha Khammari, Habib Bayoudh, Souhayr Belhassen, Tahar Ayachi, Hamadi Abassi, Mohieddine Mrad et les plus jeunes comme Raouf Khalsi, Néjib Khattab, Anissa Barrak et Fadhila Bargaoui et j’en oublie beaucoup d’autres, tous étaient pratiquement sur les chemins des « déserts » à faire leur expérience de la traversée et du « repos » forcé parce qu’ils ont été écartés par leurs organes respectifs de la presse écrite ou radiophonique pour « indiscipline » ou tout simplement pour motifs de choix politique.

Cette osmose quelque part magique a donné un  journal libre et condamné déjà à rouler sur les cordes raides de tous les systèmes politiques qui se sont succédés jusqu’à nos jours.

Aucune concession à un régime quelconque n’a été donné à l’exception de l’attachement et l’allégeance à la Tunisie sa culture millénaire, sa brillante identité, ses lumières spirituelles et ses intérêts majeurs.

La navigation, croyez-moi, était difficile souvent frustrante du fait de la pression du « politique » toujours à l’affût pour « contrôler » l’encre et la plume de ce journal, mais « le Temps » a résisté au temps… à tous les temps,  pour garder sa vocation première et de toujours défendre la liberté,  la justice, et l’honneur et la dignité des citoyennes et citoyens tunisiens.

Oui, « Le Temps » c’est notre passion renouvelée, toujours aiguisée et vicace de la liberté afin que ses chemins soient les vôtres en toute… liberté !

Khaled GUEZMIR

(un des douze « salopards » du 1er juin 1975)