Première de la pièce «Borj Loussif» au 4è Art: Fresque des passions humaines - Le Temps Tunisie
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Première de la pièce «Borj Loussif» au 4è Art

Première de la pièce «Borj Loussif» au 4è Art: Fresque des passions humaines

Dimanche 24 Mai 2015
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Première de la pièce «Borj Loussif» au 4è Art: Fresque des passions humaines

Le Théâtre national tunisien a présenté, ce vendredi 22 mai à 19h30, la première de la nouvelle pièce intitulée « Borj Loussif » (L'Éternel Retour), à la salle du 4è Art. Une œuvre inspirée de « La Chatte sur un toit brûlant » (Cat on a Hot Tin Roof) de Tennessee Williams. Un texte écrit et réalisé par Chedli Arfaoui. Cette pièce réunit les comédiens Slah Msadak, Siham Msadak, Chakra Ramah, Salha Nasraoui, Abdel Kader Ben Said et Mehadhab Remili.

La pièce relate le conflit entre deux frères sur l'héritage, la tension des relations familiales et l'effondrement des valeurs devant la tentation de l’argent et de la richesse. La scène s’ouvre sur une maison où tous les membres de la famille se réunissent pour fêter le 65è anniversaire de Baba Karoun, riche propriétaire terrien, mais souffrant d’un cancer, à qui l’on cache sa maladie incurable et sa mort imminente. Son épouse, une vieille femme naïve et soumise, est contente de cette fête d’anniversaire. Leurs deux fils, deux frères ennemis, dont l’un, l’aîné, est marié à une femme paysanne, rustre, grossière et prolifique à souhait puisqu’elle a cinq filles et veut mettre au monde un garçon. Le second est un homme qui semble bon vivant, aimant le bon vin et l’équitation, dont la femme est stérile, malgré plusieurs années de mariage. Cette femme est frustrée pour ne pas avoir d’enfants et surtout parce que son mari ne veut pas accomplir avec elle son devoir conjugal, notamment au lit, ce qui rend ce couple souvent en pleine crise. C’est ainsi que l’aîné et son épouse, sachant que Baba Karoun va bientôt mourir, spéculent ensemble afin de récupérer la succession du domaine avant même la mort du père. Les deux couples s’entre-déchirent, incapables de contenir le désir et la violence de leurs sentiments contrariés. Mais Baba Karoun, anxieux, s’aperçoit enfin de sa véritable maladie et conscient que sa mort est imminente. Il demande alors à son fils cadet de l’amener dans la cave où nichent encore des souvenirs de famille. Là, il meurt.

Cette pièce est un mélodrame dont le dialogue est émouvant, quoique certains passages soient hilarants, mais l’humour est ici paradoxal mais d’autant plus percutant et efficace pour dénoncer l’égoïsme individuel et le conformisme social. Les faits sont choquants, bien qu’ils reflètent des comportements humains marqués par des actes impulsifs, parfois violents, causés par la jalousie, la cupidité, l’amour-propre et la convoitise de l’argent. Chose qu’on peut retrouver, chez nous, au sein de nombreuses familles qui se querellent et s’entretuent même à cause d’un héritage. Certaines scènes sont accompagnées de musique populaire provenant du terroir qui rappelle le cadre spatio-temporel des événements, qu’est le nord-ouest du pays où vivait la famille de Baba Karoun. La pièce a une certaine tendance universaliste dans la mesure où les personnages incarnent bien cette peur de l’avenir que nous réserve le temps. Aussi peut-on dire que ce conflit pour l’héritage et l’argent entre les deux couples constitue une sorte de garantie pour les jours à venir. La pièce brosse soigneusement cette passion humaine pour l’argent et la possession des biens, qu’on peut d’ailleurs assimiler à la période post-révolution que la Tunisie a vécue pendant plus de trois années, marquée par les tergiversations et les querelles entre les différents partis politiques, pourtant appartenant à la même patrie, et les événements sanglants fomentés par des éléments plus intransigeants et plus violents, en vue d’accéder au pouvoir et asseoir son autorité sur tout le monde. Un mot sur le jeu des acteurs qui est d’ailleurs subtil et poignant ; les jeux de scènes sont nombreux et les non-dits, les apartés, les moments de silence observés parfois par les comédiens sont porteurs de sens. La mise en scène est imposante. Le choix du décor, des lumières et de la musique est pertinent.

 Hechmi KHALLADI