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May.
23
2019

« Portraits de femmes » de Saloua Ben Saïd

Revues et sublimées

Samedi 23 Mai 2015
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 « Je pense que chaque être humain a une écriture originale, on peut écrire ou dessiner dans le même sujet mais personne ne ressemble à l’autre. Moi, je n’aime pas copier quelqu’un d’autre, quand on voit mon tableau on sait que c’est le mien ! » Ces paroles de l’artiste nous montrent à quel point son travail est unique, particulier et tout singulier et qui ne ressemble pas aux travaux d’autres artistes s’étant intéressés à ce patrimoine, notamment aux traditions vestimentaires. D’ailleurs, elle habite à la Médina où elle a passé toute sa vie, si bien qu’elle ne peut pas travailler autrement que sur le patrimoine, cet héritage riche qu’elle tient des aïeuls et des ancêtres et qu’elle voudrait  reproduire pour l’immortaliser et le valoriser aux yeux des nouvelles générations. C’est en ces termes qu’on peut donc définir l’exposition « Regards de femmes » organisée actuellement par l’artiste-peintre Saloua Ben Saïd dans son atelier, sis à la Médina, Tourbet El Bey.
Forte du grand succès de sa dernière exposition personnelle, faite il y a trois ans, et grâce à son talent artistique raffiné et sa verve créative et intarissable, Saloua Ben Saïd, nous invite encore une fois à son atelier pour nous dévoiler ses récents ouvrages qui lui ont valu trois bonnes années de travail  de fourmi. C’est que les 32 tableaux exposés, qui représentent des portraits de femmes, ont sans doute exigé de l’artiste, non seulement un effort exceptionnel, mais aussi une grande maîtrise de l’art du portrait, jusqu’aux moindres détails (visage, posture, maintien, habillement, regard) qui nous renseignent même sur les qualités morales des sujets dessinés. De véritables merveilles, faites d’une main de fée, une virtuose du pinceau !
Le visiteur peut s’attarder sur chaque portrait pour contempler ces femmes habillées traditionnellement et selon la mode d’antan et de naguère. La majorité de ces portraits célèbrent la femme tunisoise bourgeoise, vivant à la Médina, à cette époque ; cette catégorie de femmes qui accordaient un grand intérêt à leurs apparences, donc à leur toilette et leur aspect vestimentaire pour se faire plus belles et plus séduisantes aux yeux des hommes. A travers ces portraits, c’est toute une époque qui est racontée : on peut y lire l’essence de la femme tunisienne à l’époque à travers ses costumes, ses regards, son allure et son apparence qui nous renseignent sur les mœurs de ce monde féminin quant à  leur mode de vie, leur coutume et leur manière d’être, mais aussi leur pudeur et leur délicatesse.
Ces robes, ces fichus  ou encore ces rubans de soie transparent font apparaître un corps élancé, souple et bien proportionné que l’on admire chez toutes les femmes peintes et  qui n’accusent aucune imperfection. Et ce visage rayonnant avec des yeux larges, noirs ou bruns qui rappellent ceux de la femme arabe, des sourcils arqués et des paupières tantôt ouvertes tantôt mi-closes, par pudeur peut-être, et ce petit nez mignon, et ces lèvres voluptueuses et légèrement souriantes. Ces cheveux noirs ou bruns, en chignon ou tombés sur les épaules, ou encore en tresses, ou dissimulés sous un foulard noué soigneusement sur la tête. Il faut admirer aussi chez ces belles créatures féminines la limpidité des lignes, des traits et des contours du corps ainsi que la luminosité des teints du visage, ce qui traduit cette quasi ressemblance avec la réalité. On distingue également les mains immaculées et lisses, dévoilées ou cachées sous des étoffes transparentes. Et ces habits mis par ces femmes et dont l’artiste n’a épargné aucun détail, jusqu’au moindre repli, ondulation ou froissement d’étoffes, histoire de rendre la scène plus animée et plus réaliste, c’est ainsi qu’on retrouve les encensoirs, les bouquets de jasmin, les paires de « kobkab » au hammam et ces fenêtres ouvertes qui laissent voir au loin la montagne de Bou Kornine. Tout cela fait vivre un spectacle intérieur plein de gaité et de bonheur.  
Quant aux espaces  où évoluent toutes ces jolies femmes, qu’elles soient danseuse, musicienne, jeune ou future mariée, ou encore maîtresse de maison ou baigneuse au hammam, ils sont bien fournis par des carreaux de faïences fines et méticuleusement décorées et par tous les accessoires nécessaires qui , d’ailleurs, ne sont jamais encombrants. En exécutant ses portraits, l’artiste utilise une large palette de couleurs, basée sur l’acrylique et au moyen de pinceaux très fins. Chez l’artiste Salwa Ben Saïd, qui est essentiellement styliste-modéliste, ayant travaillé longuement à Paris, capitale de la mode, il faut admirer cette maîtrise de la connaissance du corps féminin souvent avec ses subtiles différences, ce qui est essentiel à la réussite de l’exécution de ces portraits.

  Hechmi KHALLADI