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Palmyre s’attend au pire

Vendredi 22 Mai 2015
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Palmyre s’attend au pire

L’organisation extrémiste Etat islamique (EI) s’est emparée hier de la totalité de la ville antique de Palmyre dans le désert syrien, suscitant des craintes de voir les trésors archéologiques de la cité détruits par les jihadistes.

Avec la prise de cette oasis qui ouvre sur le grand désert syrien frontalier de l’Irak, l’EI se rend désormais maître de la moitié du territoire de la Syrie.

«Les combattants de l’EI sont dans toutes les parties de Tadmor (nom arabe de Palmyre), y compris près du site archéologique» qui se situe dans le sud-ouest de la ville, a affirmé à l’AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH.

Le régime a reconnu sa défaite, l’agence officielle Sana affirmant que les troupes loyalistes «se sont retirées après (...) l’entrée d’un grand nombre de terroristes de l’EI».

Après huit jours de combats, l’EI a revendiqué sur Twitter la prise totale de la ville, affirmant que les forces du régime «se sont enfuies laissant derrière eux un grand nombre de morts dans leurs rangs».

Les troupes du régime syrien ont quitté toutes leurs positions dans et à la périphérie de Palmyre, notamment des renseignements militaires de toute la Badiya (désert syrien), l’aéroport militaire et la prison, a indiqué l’OSDH.

Selon M. Abdel Rahmane, une partie des habitants s’est déplacée vers la ville de Homs, tandis que le reste est resté chez soi. L’agence Sana a évoqué l’évacuation de la plupart des civils.

Le contrôle de l’EI de cette ville vieille de plus de 2.000 ans, fait craindre pour le sort de ses célèbres ruines connues pour leurs colonnes romaines torsadées et leurs tours funéraires. En Irak, le groupe avait détruit plusieurs statues et objets de valeurs dans des cités antiques.

Le site archéologique se situe près de la branche des renseignements militaires conquise par les jihadistes.

Dans une vidéo mise en ligne hier, la directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova, a affirmé que «toute destruction à Palmyre serait non seulement un crime de guerre, mais aussi une énorme perte pour l’humanité». Elle a réitéré son appel au Conseil de sécurité de l’ONU à se saisir du sujet.

Le plus beau site archéologique de Syrie était visité avant le début de la crise en Syrie en 2011, par plus de 150.000 touristes par an.

«Palmyre était à la tête des destinations en Syrie pour les tour opérateurs internationaux», regrette Maha Qandalaft, responsable à l’agence de voyage syrienne Adonis. «On affichait complet toute l’année».

La capture de Palmyre «fait honte à la communauté internationale qui est restée les bras croisés face à l’infiltration de l’EI dans la plus célèbre ville historique au monde», écrivait hier Al-Watan, quotidien syrien proche du pouvoir.

Depuis le début de l’offensive de l’EI le 13 mai, la bataille dans Palmyre et ses environs a fait au moins 462 morts selon un bilan de l’OSDH --71 civils --dont de nombreux exécutés par l’EI--, 241 membres des forces du régime et 150 jihadistes.

La prise de la prison de Palmyre, tristement célèbre pour le massacre de centaines de détenus par le régime dans les années 80, est très symbolique car pour la plupart des Syriens, elle représente la terreur du régime, notamment au temps de Hafez al-Assad, père de l’actuel président Bachar al-Assad.

Le régime a transporté les détenus, en majorité des insoumis et des déserteurs, vers d’autres prisons, selon l’OSDH.

Avec la prise de Palmyre, qui ouvre sur le grand désert syrien frontalier de l’Irak, l’EI contrôle «désormais plus de 95.000 km2 en Syrie, soit 50% du territoire du pays», d’après l’OSDH.

L’EI contrôle en effet la majeure partie des provinces de Deir Ezzor et Raqa (nord), et a une forte présence à Hassaké (nord-est), Alep (nord), Homs et Hama (centre).

Le groupe est désormais maître de la quasi-totalité des champs pétroliers et gaziers de Syrie après la prise de deux champs gaziers près de Palmyre.

Hier, les forces irakiennes aidées des puissantes milices chiites se préparaient à lancer l’offensive pour reprendre Ramadi, capitale de cette plus vaste province d’Irak tombée le 17 mai aux mains de l’EI.

Les Etats-Unis ont reconnu mercredi qu’ils réexaminaient leur stratégie en Irak après la prise de cette ville, la victoire la plus significative de l’EI depuis qu’il a conquis de vastes régions à la faveur de son offensive en juin 2014.

Cette montée en puissance a entraîné une campagne aérienne internationale dirigée par les Etats-Unis pour aider l’armée à reprendre du terrain.