De «l’art» sur la planche - Le Temps Tunisie
Tunis Vendredi 8 Février 2019

Suivez-nous

Apr.
26
2019

A la galerie Roubtzoff

De «l’art» sur la planche

Vendredi 22 Mai 2015
نسخة للطباعة
De «l’art» sur la planche

La galerie Alexandre Roubtzoff ouverte depuis peu (novembre 2014) à La Marsa par les Chaouch : Seif et Sabrine est en plein démarrage. L’exposition qui y est organisée aujourd’hui est la sixième du genre. C’est dire combien cette galerie est active puisqu’elle organise aussi bien des manifestations personnelles et collectives d’artistes tunisiens développant leurs propres démarches et leurs propres styles. Ce qui importe pour la galerie est que ces démarches soient de qualité. Cette exigence est, aux yeux des promoteurs de la galerie, propre à rehausser le niveau  artistique général sollicité dans le pays et favorable à promouvoir la création : condition de l’Art et de toute volonté à prétendre à l’universel. 

 Cette jeune galerie,  en se référant à Alexandre Roubtzoff : le peintre qui a vécu en Tunisie depuis 1914 jusqu’à sa mort est la référence emblématique choisie par la galerie comme modèle de la qualité du travail artistique.  Roubtzoff est un peintre académique qui a choisi de traduire à travers un dessin minutieux, précis et une distribution judicieuse des couleurs (clair obscur ; exécution juste de la perspective ; souci  de la composition ; vérité dans les expressions des personnages peints), la réalité de son temps.

L’exposition organisée aujourd’hui à la galerie Roubtzoff est collective elle regroupe des peintres  confirmés comme Lamine Sassi, Fethi Ben Zakour et feu Habib Bouabana à travers quelques une de ses œuvres.

D’autres peintres plus jeunes mais faisant preuve d’une créativité prometteuse sont également présents dans cette exposition. Il s ‘agit  de Zouhour Gargouri et de Walid Zouari Le peintre Sami Nabil se situe en dehors des deux premières catégories  citées et pourrait faire l’objet d’une évaluation à venir.

Les peintres qui ont attiré notre attention et que j’ai cités plus haut, sont dignes d’être l’objet de  plus amples commentaires mais nous nous contenterons, ici, de quelques appréciations succinctes :

 La qualité du travail de Lamine Sassi n’est plus à démontrer: Le style de l’artiste lyrique s’impose de lui-même. Sa démarche est liée à un épandage apparemment anarchique des matières sur la toile et le travail de l’artiste consiste alors en une série de gesticulations qui soustrait des plages de couleurs pour mettre en valeur les formes et les silhouettes. Cette danse du corps de l’artiste entre en symbiose avec le tableau et …l’œuvre naît.  Le résultat : à la surface de la toile se maintiennent les formes silencieuses que le peintre rehausse d’un jeu subtil de coups de pinceaux. Les figures apparaissant comme par enchantement adviennent…

N’oublions pas que Lamine Sassi et Habib Bouabana étaient de grands amis et nous l’avons constaté, sans grande surprise, dans cette exposition : le voisinage de leurs œuvres a été voulu…. 

Dans les tableaux de Bouabana le sujet, la composition, les couleurs, frisant l’expressionnisme sont de l’ordre du spontané. Ses motifs ses personnages, malgré cette spontanéité, sont dessinés, parfois comme gravés, sur la toile , directement au pinceau.

L’œuvre de Bouabana et celle d’autres peintres de la même  période riche de plusieurs milliers de toiles devraient faire l’objet d’une rétrospective et d’un colloque multidisciplinaire qui débattraient  des problèmes éminemment culturels posés par le phénomène de l ‘art  et de sa présence au sein de notre  société.

 De Fathi Ben Zakour  une série de tableaux exposés illustrent son itinéraire atypique. Sa peinture, peuplée de formes éthérée (anges personnages flottants etc.) ambiance chaghalienne, avait connu à un certain moment, quelques remous et quelques expressions douloureuses.  Les peintres présents de la jeune génération dans cette exposition sont Zouhour Gargouri et  Walid Zouari

Zouhour Gargouri a consacré son travail à la graphie entendue comme éléments abstraits vouée à être éléments constitutifs d’une démarche   procédant d’une  attitude picturale moderne. Gargouri nous invite à parcourir avec elle des graphies de type naskhi, thuluth, et en exploitant leur richesse cursive et en les démultipliant à l’infini. La calligraphie conventionnelle est ainsi plastiquement transgressée.

Walid Zouari est graphiste formé à l’EAD. Il a accumulé depuis quelque temps des expériences picturales nombreuses. Il s’est plu depuis le début de son itinéraire à la peinture abstraite par l’adoption d’une composition d’aplats de couleurs estompées. Cette démarche qui a été tentée par d’autres peintres a été contestée puis abandonnée. Walid Zouari changea son itinéraire en noyant ses aplats par des surfaces de taches rouges énormes où il a inscrit des éléments circulaires de petites tailles ou des pastilles regroupées et rangées en séries  Walid coupe ainsi les ponts avec la peinture abstraite et en homme pratique sollicite l’art contemporain en développant sur des petites et grandes dimensions  des modules, des formes similaires ou épars des visages aussi modulés rappelant ceux de Faouzi Chtioui Cela réussit à Walid ses petites unités modulaires sont vendables et le peintre s‘en tire à bon compte. 

 La galerie Roubtzoff s’en réjouit .

  Houcine Tlili