La Rachidia s’offre une seconde jeunesse - Le Temps Tunisie
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26
2019

Pour sa 80ème bougie

La Rachidia s’offre une seconde jeunesse

Jeudi 21 Mai 2015
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La Rachidia s’offre une seconde jeunesse

Elle est ce bouclier de la pure musique tunisienne qui naquit un certain 3 novembre 1934. Elle, c’est également la plus ancienne institution musicale arabe fondée par une pléiade de l’élite tunisienne composée de poètes, de musiciens, de politiques et d’artistes. Elle doit son nom au troisième souverain de la dynastie husseinite, Mohamed Rachid Bey, un passionné de musique et des arts. Une sorte du Roi Soleil tunisien.

Elle est née d’un désir profond de promouvoir la qualité de la musique tunisienne authentique et pure et notamment pour pérenniser le style musical tunisien face à la menace de «l'invasion culturelle française» durant le protectorat et sous la colonisation ensuite. Voyant l’identité nationale en péril, les intellectuels de l’époque ont décidé de créer un bastion pour la musique tunisienne. Le choix des lieux n’est pas non plus aléatoire. C’est au cœur-même de la Médina que s’élève majestueux et discret l’édifice de la Rachidia. 

Demain, cette forteresse de musique tunisienne soufflera sa 80ème bougie en grandes pompes. En effet, du 21 au 31 mai 2015, les amoureux de Malouf, des cordes vocales éternellement renouvelées et des mélodies puisées de notre mémoire collective célébreront ensemble les 80 ans de la Rachidia.

Cette institution qui a vu passer des générations entières d’artistes, de musiciens et de chanteurs aussi talentueux les uns que les autres, sera à son tour récompensé pour avoir abrité dans son enceinte l’élite artistique tunisienne. Depuis 80 ans, ce bastion accueille à bras ouverts la crème des musiciens tunisiens et appelle la postérité à prendre le flambeau. 

Un programme rajeuni 

C’est donc demain que les festivités des 80 ans de la Rachidia débuteront.  Pour cette année la force vive de la Tunisie a décidé de prendre les choses en main. En effet, les jeunes ont donné un coup de main qui force l’admiration dans la préparation des festivités. 

La société civile, acteur crucial depuis le 2011, a tenu à proposer son aide. Ferventes défenseures des arts, des associations telles que  «Carthagina», «Aswar Al Medina», « Social Media Group» ou encore le collectif « Wikipedia Tn User Group» ont activement participé à la mise en place de tous les préparatifs. 

Durant ces 10 jours d’anniversaire, la Rachidia sera chantée et honorée par les jeunes d’hier et d’aujourd’hui, la virtuose de la musique tunisienne. De jeunes chanteurs tunisiens fredonneront amoureusement le Malouf tunisien, «bannière musicale de l’identité culturelle tunisienne». Accompagnés de leurs prédécesseurs, ces jeunes artistes rendront hommage à la mémoire de Rachid Bey, le passionné de Malouf. Les murs seront meublés par les mélodies célestes et mystiques des ancêtres tels que Mustapha Sfar, Othman Kâak, Khemaïs Tarnane, Saliha, Mohamed Triki, Salah Mehdi, Mohamed Sâada, Taher Gharsa, Abdelhamid Ben Aljia et Zied Gharsa, résonneront dix jours durant dans la médina. 

Dans un témoignage émouvant, l’organisatrice des festivités, Raya Ben Guiza Verniers se confie : «Papa, que Dieu l'accueille dans sa miséricorde, nous a élevé mon frère et moi dans le fervent amour du Malouf tunisien. Durant nos années d'exil en France, jamais un jour sans écouter les maîtres de la Rachidia, en voiture, à la maison, en soirée avec nos amis à Marseille...L'été pendant les vacances, nous ne manquions jamais les galas de clôture de la vénérable institution au palais du Baron D'Erlanger ou à la rue Driba à la Kasbah. Comme azizi, son père avant lui et Sidi, son frère aîné qui faisait partie de la troupe dans les années 40-50, Papa y allait sur son 31 : jebba kamraya et machmoum de jasmin l'été. J'étais fascinée par cette "confrérie" à la joie mystique contagieuse. La Rachidia a participé à la construction de l'identité tunisienne depuis 1934. Nombreuses sont les femmes qui y ont milité en musique et en finançant des spectacles : Saliha par exemple. Lorsque mon amie Leila Ben-Gacem m'a permis de rencontrer si Mouhli Hedi et les membres de la Rachidia, j'ai senti l'appel du cœur, investie d'une mission de passion.»

Melek LAKDAR