«La peinture reste sélective, elle attire un public d’élite» - Le Temps Tunisie
Tunis Vendredi 8 Février 2019

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May.
23
2019

Sami Ben Ameur au -Temps-

«La peinture reste sélective, elle attire un public d’élite»

Mardi 19 Mai 2015
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Sami Ben Ameur est un artiste plasticien et universitaire tunisien. Il a dirigé l’Institut Supérieur des Beaux Arts de Tunis de 2008 à 2011, et il a présidé l’Union des Artistes Plasticiens Tunisiens de 1999 à 2006. Il a exposé à l’intérieur et à l’extérieur de la Tunisie de nombreuses fois.
Il a eu, en 2003 et en 2010, un insigne de l’ordre national du mérite, au titre du secteur de la culture et au titre du secteur de l’éducation. Actuellement, il produit une émission culturelle sur les arts plastiques à la Radio culturelle. Interview.

 

Le Temps : Comment est née cette idée de refaire vivre les anciennes œuvres dans une nouvelle exposition ?
Sami Ben Ameur : Dans cette exposition « Rétrospectives », je n’ai pas focalisé uniquement sur mes anciennes œuvres, mais aussi j’ai mis en lumière mes nouvelles créations. Au Rez-de-chaussée de la galerie, j’ai accroché mes œuvres qui datent de la fin des années 80 jusqu’à 2014, et qui révèlent le passage d’un artiste d’une étape et d’une période à une autre. Au premier étage, j’ai exposé les nouvelles créations, signées en 2015. C’est une initiative, pour permettre au public, aux jeunes et aux moins jeunes,  de connaitre le parcours d’un artiste, ses œuvres, son histoire, ses contributions artistiques et culturelles dans l’histoire de l’art tunisien. Je crois que c’est un acte de valeur.  Aujourd’hui, avec l’absence des musées, les jeunes générations ne connaissent pas le artistes, ceux qui sont partis et même les vivants, alors il serait judicieux que l’artiste plasticien fasse une exposition intégrale de ses œuvres, qu’il procède par une sorte de tri et d’archivage. Je considère que cet acte est une forme de résistance contre l’actuelle désertification culturelle.
Avez-vous un grand public ?
J’ai commencé mon parcours artistique à la galerie Chyam. On était un groupe d’universitaires et d’artistes, rassemblés pour entreprendre une initiative quasiment aventureuse, dans la mesure où, on exposait un art qui, dans le temps, n’était pas considéré comme tel. La réception de l’abstrait et de nouvelles formes artistiques, à la fin des années 80, n’était pas évidente, parce qu’à l’époque, le public était influencé par l’Ecole de Tunis qui gouvernait et qui limitait la bonne peinture à la figuration, à la tradition, au folklore, au paysage, etc.  L’abstrait était une forme qui sortait de l’ordinaire, alors, il y avait une certaine réticence. La tradition de la peinture n’est pas de longue date. Il fallait initier le public. Les artistes des années 70 et 80 ont essayé d’asseoir une assise plastique dans le pays. La galerie Chyam militait dans ce sens, elle sensibilisait les gens en tenant des conférences, en vendant des petits formats à bon prix. Le discours,  maintenant par rapport à avant, a évolué. Les gens croient à l’innovation. Cependant, la peinture reste sélective, elle attire un public d’élite. Bien évidemment, il faudrait élargir cette élite, en créant, en exposant, et surtout, en instaurant  une politique culturelle et éducative à partir des écoles primaires, afin de motiver les jeunes et les moins jeunes à l’art plastique. Le public apprend, se nourrit, se développe… Il faut, ainsi, conjuguer nos efforts pour le pousser, avec différentes façons, entre autres, le média a un rôle important dans la promotion et la sensibilisation.
Une œuvre d’art se contente-t- elle d’une
interprétation ?
L’œuvre est sujette à l’interprétation. Car elle est ouverte. L’herméneutique traditionnelle limitait la signification à une seule interprétation. Maintenant, l’œuvre d’art, même l’œuvre classique, la Joconde, par exemple, fait l’objet de plusieurs interprétations. La notion de temporalité change aussi l’aspect de l’œuvre. L’œuvre est fondamentalement ambigüe par tous les moyens, elle est productrice de sens à travers le regard de l’autre. Mais aussi l’interprétation dépend de la qualité de l’interprétation. Il y a des niveaux de son contenu ; un critique d’art ouvre des possibilités de lecture d’une œuvre d’art. Un profane peut donner une interprétation au premier degré, un initié donnera une interprétation plus savante. Il faut cultiver la perception !

Par Faiza MESSAOUDI