Quand la femme «porte» et protège la mémoire collective - Le Temps Tunisie
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Patrimoine

Quand la femme «porte» et protège la mémoire collective

Mardi 19 Mai 2015
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En partenariat avec le Commissariat Régional de la Culture de Ben Arous, l’Association « Mhamdia Arts et Développement » a organisé le samedi 16 mai une journée d’études consacrée au « rôle de la femme dans la sauvegarde du patrimoine : cas de Ben Arous ». Un bon nombre de spécialistes en la matière ont participé à cette journée où plusieurs communications ont été faites et suivies d’un débat. Etaient présents à cette rencontre MM. le gouverneur de Ben Arous, le Commissaire Régional de la Culture, le Commissaire Régional du tourisme, ainsi que plusieurs journalistes. A cette occasion, s’est tenue une exposition-vente de produits artisanaux réalisés par des femmes artisanes de Ben Arous. Mme Malika Hentati, Présidente de «Mhamdia Arts et Développement » a ouvert la séance en accueillant les assistants et en présentant son association de développement socio-culturel qui vise à faire participer les personnes à besoins spécifiques à la culture et à la vie civile, à animer la vie culturelle dans la région et à promouvoir l’économie locale à travers l’encouragement des métiers artisanaux.
Après quoi, Mme Samia Ben Taleb Ennouri, animatrice de la séance, donna la parole à l’invité d’honneur, Dr. Noureddine Hached, Président de « l’Association Farhat Hached » fit un exposé sur la femme et la sauvegarde du patrimoine où  il a souligné la nécessité de s’attacher davantage aux traditions ancestrales et de les transmettre aux jeunes générations. Le patrimoine, a-t-il précisé, est synonyme de vie, il intéresse tout individu et appartient à toute la communauté. La femme et le patrimoine, a-t-il ajouté, sont deux choses indissociables, car le transfert des traditions et des coutumes se fait au sein de la famille d’abord par la femme, car cette dernière est à la fois porteuse et protectrice de la mémoire collective en matière de patrimoine. Il faut être fier, a-t-il conclu, d’avoir un patrimoine aussi riche en Tunisie.
Ensuite, Dr. Ahmed Tlili, auteur de plusieurs livres sur l’histoire et le patrimoine en Tunisie, a pris la parole en citant une infinité de traditions et de rites populaires ou religieux pratiqués en Tunisie depuis des siècles, dont la plupart sont malheureusement en voie de disparition. Mais heureusement que d’autres sont encore d’actualité et préservés dans plusieurs régions, en l’occurrence les festivités autour de l’an de l’Hégire (préparation du couscous), la circoncision (cortège de « Hallalou »), le Mouled (préparation de toutes sortes de l’Assida).
Quant au Dr. Salah Mazki, sociologue, il a passé en revue dans son intervention, les principaux moyens de transférer  le patrimoine aux nouvelles générations, dont la famille, l’école et la société. Cependant, il a fait remarquer que la socialisation de l’enfant connaît à présent une certaine démission des parents et une dislocation au niveau de la famille  tunisienne, car l’éducation primordiale de la famille s’est supplantée par les crèches, les jardins d’enfants, les garderies, la télévision et les réseaux sociaux. Le conférencier se demandait : « Où est le rôle de la femme, en tant que mère, dans cette situation nouvelle : constitue-t-elle un facteur d’édification de la personnalité tunisienne ou au contraire un facteur de désintégration et de déracinement ? »
La quatrième intervention fut celle de Mme Raja El Ouni, chercheuse à l’Institut National du Patrimoine, qui parla du patrimoine régional de Ben Arous, considéré comme l’un des piliers du tourisme, de la culture et du développement durable. Elle a répertorié  un bon nombre des monuments historiques et des sites archéologiques appartenant à cette région qui nécessitent l’intervention des autorités pour être restaurés et remis en valeur, de par leur valeur historique, culturel et touristique. Parmi ces exemples, elle a cité le Palais de Mhamdia, le Palais beylical d’Hammam-Lif, le site punique d’Oudhna, le Casino d’Hammam-Lif, le vieux pont sur l’Oued Meliane à Radès et tant d’autres.
Par ailleurs, LE Professeur Salah Falhi, conservateur à l’INP, a présenté un exposé sur le « rapport de la femme avec le patrimoine immatériel ». Il a d’abord établi un inventaire du patrimoine immatériel dans la région de Ben Arous. Il a ensuite  insisté sur la valeur de ce genre de patrimoine et sur le rôle de la femme à le prémunir contre la détérioration et la disparition, en inculquant à sa progéniture la spécificité et l’authenticité des traditions (habit, cuisine, ustensiles, fêtes et rites...), celles qui nous distinguent des autres nations dans le monde.
Enfin, ce fut Mme Dalila Abidi, chef d’un projet de fabrication de poupées animées à Ben Arous, qui nous parla de son expérience personnelle dans ce domaine en soulignant l’importance de ces poupées conçues et habillées à la main chez les petites filles au sein de la famille. Les discussions relatives à toutes ces interventions ont porté sur la nécessité de sauvegarder le patrimoine matériel et immatériel dans la région de Ben Arous qui recèle d’innombrables traditions et coutumes  et de sites historiques et archéologiques qui attendent d’être exploités culturellement et touristiquement. A la fin de cette journée, un hommage a été rendu à certains invités.

 Hechmi KHALLADI