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Une semaine après le drame

Le musée du Bardo se redresse contre le terrorisme

Jeudi 26 Mars 2015
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Le musée du Bardo se redresse contre le terrorisme

Ces Tunisiens, ces enfants, ces jeunes et moins jeunes tunisiens, qu’ils soient artistes, politiques ou citoyens lambda, demeureront éternellement joyeux, porteurs d’espoir et invincibles face à un fléau international sanguinaire.

 

Une semaine à peine s’est écoulée depuis le drame qui a frappé la Tunisie que le musée ouvre de nouveau ses portes. L’attaque au musée national du Bardo restera dans les annales. C’est par la musique et la danse qu’un hommage a été rendu avant-hier, mardi 24 mars 2015, à l’Histoire et à la mémoire collective qui unit les Tunisiens depuis trois millénaires. Le musée du Bardo défie l’obscurantisme et rouvre grands ouverts ses bras.  

Sous l’égide du ministère de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine, une prestigieuse cérémonie s’est tenue au musée. De prestigieux invités étaient là parmi eux des hauts fonctionnaires et des diplomates étrangers, des ministres tunisiens et des personnalités politiques et artistiques tunisiennes.

Une kyrielle de spectacles très raffinée a été donnée pour rendre hommage aux victimes de l’attentat et comme un hymne à la nation. Les plus belles mosaïques au monde de cet édifice culturel ont abrité un ballet de jeunes talentueux danseurs tunisiens qui ont donné un spectacle hautement symbolique.L’Orchestre symphonique de Tunisie a quant à lui choisi de jouer la grande Valse pour piano intitulée «Le Bardo» à la réouverture officielle du Musée.

 «Nous sommes le cœur de la Tunisie»

C’est 125 ans plus tard que les mélodies de la grande Valse pour piano, du compositeur français Henri Boubala été joué par Bassem Makni de l’Orchestre symphonique de Tunisie. Une symphonie composée en 1890 pour célébrer la fondation du musée national du Bardo en 1890 du temps d’Ali Bey, Bey de Tunis.Ce choix musical se voulait symbolique marquant la renaissance du musée de Bardo après l’attentat terroriste perpétré contre l’édifice.

 La cérémonie qui se voulait un hommage aux victimes, a également rendu hommage à toutes les civilisations qui fondent l’Histoire de la Tunisie. Un ballet dansant composé essentiellement d’enfants a effectué une performance artistique sur fond de mélodies à la fois moroses et charismatiques. Les chorégraphies présentées relataient l’Histoire de la Tunisie depuis 3 mille ans. Ces jeunes espoirs étaient drapés dans les costumes des aïeux. Leurs seuls accessoires étaient des couronnes de palmiers et des branches d’oliviers.  De petites fées en costumes d’antan s’affairaient frêles et sûres d’elles à la fois arpentant le sol du musée comme si chaque pas de danse purifiait ces lieux des récentes scènes tragiques.

Au terme du spectacle, elles ont fredonné en chœur «Nous sommes le cœur de la Tunisie». Derrière elles, de jeunes danseurs habillés par le costume traditionnel tunisien brandissaient le drapeau tunisien accompagnés de drapeaux des pays qui ont perdu un ou plusieurs des leurs durant l’attaque du musée. Les deux groupes se sont fusionnés pour n’en former qu’un seul. Face aux invités qui se sont tous mis debout, ils se sont alignés et scandé l’hymne national, la main sur le cœur. 

Ils le voulaient un message de paix, de tolérance et de résistance 

Le spectacle fut suivi par «Le Bardo» de la grande Valse pour piano superbement assurée par l’orchestre symphonique de Tunisie. Une prestation haute en couleurs et riche en symboles. Une musique qui forçait le respect, ce que malheureusement, une très grande partie des présents ignorait. Malheureusement, la beauté des mélodies en ces lieux historiques était hachurée par le verbiage et l’insouciance des présents. Ce qui gâcha quelque peu la magie du moment et l’intensité des notes. 

 Désordre et déception pour le citoyen lambda 

Par ailleurs, un certain désordre régnait. A l’intérieur comme à l’extérieur de l’enceinte du musée, la foule était énorme. Les organisateurs étaient dépassés. L’afflux des médias locaux et étrangers a créé une tension devant le musée. La situation s’est gâtée quand les journalistes tunisiens étaient interdits de pénétrer les lieux alors qu’un très grand nombre de médias étrangers y avait accès. Fulminant, les journalistes tunisiens ont été privés de faire leur travail et de couvrir la cérémonie d’ouverture officielle. Ils ont dénoncé ce traitement de faveur qu’ils trouvent injuste et révoltant. 

Des citoyens tunisiens ont à leur tour critiqué cet aspect cérémonial privé. Plusieurs personnes trouvaient «honteux» et «décevant» cette cérémonie où le citoyen lambda n’y avait pas droit alors que «des artistes connus par leur interminable louange à l’ancien dictateur sont en première loge». Une des présentes à l’extérieur s’indigna : «Pour nous, le musée est encore fermé vu que les pratiques d’antan continuent. Monsieur et madame tout le monde et les enfants du peuple n’ont pas le droit d’assister à ce spectacle artistique qui se devait d’être historique ! C’est une mascarade folklorique oui!»

D’autres étaient plus compréhensifs «L’endroit est étroit. Il ne pourra pas abriter tout ce beau monde ! Il faut être raisonnable. Même sur le plan sécuritaire, cela va être ingérable. Et puis, le ministère de la Culture l’a bien annoncé la veille : le musée sera ouvert au public dimanche.»

 Pendant ces temps, malgré le temps frileux et la pluie, une marche symbolique intitulée «Les peuples du monde contre le terrorisme» a été organisée par tous les participants du Forum Social Mondial dont l’ouverture coïncidait avec la cérémonie de réouverture du musée du Bardo. Ils la voulaient un hymne à la tolérance, au respect des différences et une ode à la civilisation tunisienne. 

 Melek LAKDAR