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La Tunisie à l’heure du conte

La Tunisie à l’heure du conte: Pour donner du sens à la vie

Dimanche 15 Mars 2015
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La Tunisie à l’heure du conte: Pour donner du sens à la vie

A la question « pourquoi conter » Jean-Sébastien Dubé donne la réponse suivante : « Je conte pour donner du sens au monde ; donner du sens à un monde qui en a de moins en moins à mes yeux ». Réponse hilarante d’un conteur passionné de son métier, pourrait-on rétorquer. Mais on ne peut que saluer les hommes et les femmes qui, depuis quelques décennies et partout dans le monde, se déploient pour faire renaître cet art millénaire qu’est le conte avec l’ambition de réconcilier l’homme moderne avec ses ancêtres, de lui rappeler le bon vieux temps des veillées familiales et des assemblées communales où l’imaginaire est imbibé de poésie et d’enseignements. Une poésie et des enseignements enfouis dans les patrimoines des peuples devenus de moins en moins sensibles à la poésie, de moins en moins attentifs à la voix de la sagesse qui leur vient de si loin, parce que trop absorbés par le quotidien, enchaînés par les soucis d’ici et de maintenant.

Faut-il les écouter, ces conteurs ? A-t-on vraiment besoin de contes aujourd’hui après tous les changements qui ont touché en profondeur tous les aspects de notre vie ? Les réponses sont en fait multiples mais pas communément admises. Il n’est même pas étonnant d’entendre dire que c’est dépassé, que l’on a d’autres chats à fouetter, que ça pourrait intéresser les petits enfants, pas plus. Il est vrai que ce sont surtout les petits enfants qui aiment se laisser envoûter par la voix de leurs mamans leur racontant des histoires pour les amadouer, les bercer, les amuser ou les dresser à certaines normes et valeurs sociales et culturelles. Il n’est pas moins vrai que, par le temps qui court, même les petits enfants ne trouvent plus aujourd’hui autant d’occasions que les enfants d’autrefois pour s’abreuvoir de la bouche de l’un de leurs parents des contes de quelque nature qu’ils soient.

Et si l’on voit autrement ce que les contes et les conteurs pourraient produire en nous (grands et petits) si nous leur prêtions nos oreilles ? Il suffit de se remémorer ce que nous avons tendance à oublier dans la course endiablée de chaque jour et dans la cacophonie d’un monde hyper-médiatisé : la douce sensation de repos et de quiétude qui nous prenait, en écoutant, les yeux doux ou écarquillés, la tête penchée ou posée sur les genoux de la mère-conteuse si proche de nous et qui nous transportait très loin vers un monde autre que le nôtre ; les grandes leçons de vie –qui ne sont pas toujours bonnes certes- qu’elle voulait nous transmettre à travers des histoires célèbres ou improvisées. Qui peut prétendre ne plus avoir besoin de cette sensation et de ces leçons de vie pendant les quelques moments de répit que des conteurs savent nous offrir avant que le combat de la vie ne reprenne de plus belle ? Les conteurs et les conteuses dont le nombre et l’art ne cessent d’évoluer dans plusieurs pays, notamment en Europe, se sont assigné cette fonction que Daniel Pennac a exprimée en ces termes « L’une des fonctions essentielles du conte est d’imposer une trêve au combat des hommes. ».Tout en se déployant pour faire valoir leur métier et occuper une place dans la scène artistique et culturelle, ils essaient de rechercher dans un art très ancien ce qui pourrait servir quelques besoins de l’homme d’aujourd’hui. En Tunisie, on commence à sentir le vide laissé par feu Abdelaziz Laroui. Ses successeurs, pas moins talentueux mais moins connus du grand public (Salah Souaï, Hatem Bourial, Mahmoud Abdennebi, Tahar Fazaâ, Abdrrazak Kammoun, Raïda Guermazi, Abdessattar Amami, Lazhar Bouazizi… à titre d’exemple) ont beaucoup à faire pour assouvir notre besoin de contes et occuper la place qui leur sied dans la scène culturelle. Les trois manifestations dédiées au conte et au conteur tunisiens (festival du conte du club Tahar Haddad à Tunis,festival du conte à Sfax, les journées du fdaoui à Sousse) demeurent trois évènements en quête d’audience plus large… et de soutien plus grand de la part du ministère de la culture.

Abdellatif Maatar

Association UNIVERS DU CONTE