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La loi exemptant les citoyens maghrébins de la taxe de sortie adoptée par l’ARP

Est-ce la bonne solution ?

Samedi 7 Mars 2015
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Les députés de l’Assemblée des Représentants du Peuple ont voté hier, l’annulation pure et simple de la taxe de sortie de 30 dinars pour les membres des gouvernements étrangers, les Tunisiens vivants à l’étranger, les personnes disposant de passeports diplomatiques et les ressortissants des pays du Maghreb. Cette annulation, vivement revendiquée, a été votée avec 140 voix pour, 2 abstentions et 3 contre.
Cette taxe a été instaurée par le gouvernement de Mehdi Jomaâ en août 2014 (lors du dépôt du projet de loi de finances complémentaire pour l’exercice de 2014 à l’Assemblée Nationale Constituante) et concernait tous les non-résidents à l’exception des Tunisiens résidents à l’étranger. La décision de sa révision par le gouvernement d’Habib Essid est survenue suite à des soulèvements qui ont lieu dans les régions du sud tunisiens où les habitants ont fortement manifesté leur refus de cette loi. Vivant de la contrebande et du commerce avec la Libye, les habitants du sud ont fait une grande pression sur le nouveau gouvernement pour qu’il annule ladite taxe. Des grèves qui ont été suivies par des actes de violences prononcées ont causé la mort de l’un des manifestants par les unités de l’ordre.
Plusieurs visites des membres de la nouvelle équipe gouvernementale ont été effectuées au sud suite aux mouvements protestataires dans le but de chercher à trouver une solution pouvant apaiser les esprits. Dès lors, on a commencé à parler de l’éventualité de supprimer définitivement ladite taxe pour les ressortissants Maghrébins. Des pressions de quelques parties politiques étaient venues renforcer cette démarche, jusqu’à l’annulation de la taxe.
L’adoption de cette suppression survient dans un contexte délicat. En effet, il y a quelques jours de cela, le ministre de l’Intérieur, Najem Gharsali, a révélé que le terrorisme et la contrebande étaient intimement liés. Par ailleurs, les forces de la Garde Nationale ont découvert un grand dépôt d’armes dans la ville de Ben Guerdane : des armes du type RPG, Kalachnikov et fusils sans compter les explosifs et les bombes hautement sophistiquées. Un autre incident a eu lieu au sud tunisien le 24 février dernier ; 100 camions de contrebande ont refusé de se soumettre à la fouille des agents de la douane et ont forcé le passage frontalier de Ras Jedir. Ce grave incident a été dénoncé par le responsable du bureau exécutif du syndicat des agents de la douane, Mohamed Ghodhbani, et n’a plus été abordé depuis.
Des données inquiétantes quant à la situation de la contrebande dans le sud de notre pays qui nous poussent à demander si l’annulation de la taxe de sortie peut représenter une vraie solution à mettre fin au chaos. Le gouvernement d’Habib Essid est un gouvernement légitime par les élections et est supposé gouverner le pays durant les cinq années à venir. Même s’il est composé de différents courants politiques, ce nouveau gouvernement est supposé travailler selon un programme bien défini. Si l’on nous dit aujourd’hui que l’annulation de la taxe de sortie est bien présente dans le programme du mouvement Nidaa Tounes, on peut rappeler que la réinstauration du prestige de l’Etat est encore plus présente dans ledit programme. Si cet Etat commence à négocier sous la menace et conditionné par la logique de réaction, rien ni personne ne pourra mettre fin au cycle vicieux des requêtes sociales, qu’elles soient légitimes ou pas. Il est aussi bon de rappeler que le ministre des Finances, Slim Chaker, et le gouverneur de la Banque Centrale, Chadly Ayari, ont tous les deux déclaré que le pays était au bord de la faillite et qu’il est probable que l’Etat ne puisse plus payer ses fonctionnaires. Des propos alarmants provenant de deux hauts responsables du pays. La deuxième question qui se pose avec cette annulation, après celle de la sécurité, est la suivante : comment ce gouvernement compte-t-il pallier le déficit béant autrefois comblé par les recettes de la taxe de sortie dans la loi de finances complémentaires ?

Salma BOURAOUI

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