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18
2019

Une bonne «à-tout-faire» pour la garde des enfants

Quand la solution devient une partie du problème

Mercredi 18 Février 2015
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Quand la solution devient une partie du problème

Pour les parents débordés, la garde des enfants à domicile est une solution qui offre commodité et flexibilité. Sauf que sous nos cieux, l’assistante maternelle est aussi l’aide-ménagère et la «bonne» à tout faire.… 

Mener à la baguette ses enfants n’est pas pour autant un objectif de la Tunisienne submergée par les obligations quotidiennes du travail et les besoins de son ménage. Ce qui compte pour la femme qui travaille est la garde de ses enfants puisque cette responsabilité lui incombe.

On est bien loin du statut de l’assistante maternelle à l’image de feu « Super Nanny » (alias Kalthoum Sarray), la Tunisienne qui a défrayé la chronique en France, il y a quelques années. Dans cette émission de Télé-réalité, » Super Nanny » diffusée sur M6, l’assistante maternelle vient consulter et coacher des parents en difficulté sur le plan de l’éducation des enfants. 

En Tunisie, notre nounou «standard» est plutôt «la super bonne à tout faire » qui se charge du ménage, de l’éducation des enfants et prépare à manger, en cas de besoin. Pour se procurer cette ‘’super bonne à tout faire’’, on n’est plus obligé de transiter par ledit ‘’’placeur des filles’’ d’autrefois. A l’image du personnage principal dans « Poupée d’argiles », film de Nouri Bouzid, où ‘ « Omrane » sillonne les rues au guidon de son triporteur à la recherche des filles de paysans démunis, qu’il place, par la suite, dans des maisons citadines. Cette époque-là est bien révolue.

Sésame des services ouvre-toi

Aujourd’hui, des sociétés de service suppléent ce ‘ « trafiquant » des filles d’autrefois. A El Manar et dans bien d’autres quartiers modernes, ces nouveaux sésames des services de tout genre, offrent à qui le veut une liste d’aide-ménagères qui répondent à ses besoins particuliers. Un contrat est ainsi signé entre le demandeur et la société en question qui touche pour ce service attribué, en moyenne 180 DT.  Dans ce contrat figure une clause résolutoire qui prévoit l’annulation du contrat dans un délai qui ne dépasse pas les six mois. L’aide-ménagère choisie peut être échangée contre une autre si la maîtresse de la maison le souhaite bien, après avoir testé ses compétences. Que demande le peuple ! 

Mais il faut garder à l’esprit le profil de ces travailleuses qui, dans les nouveaux ménages, sont des acteurs principaux de l’éducation des enfants. Plus besoin de démontrer que ces filles ont une situation familiale  précaire et qu’elles viennent de milieux sociaux défavorisés. Elles sont surtout non instruites et généralement psychologiquement fragiles. Et pour cause: elles sont recrutées  très jeunes, alors que l’âge minimum pour le travail des jeunes mineures est de 15 ans, à condition qu’un environnement de travail adéquat leur soit assuré. Chose qui n’est pas du tout évidente sous nos toits. Une étude conduite il y a quelques années par  Samira Ayed, professeur de sociologie à l’université de Tunis, montre « que 94 pour cent des petites bonnes ne bénéficient d’aucune protection sociale, comme le prévoit la loi, et que 99 pour cent d’entre elles sont sans aucun contrat de travail. » 

Cette étude montre également « que 52 pour cent des personnes interrogées étaient âgées de moins de 16 ans, 71 pour cent travaillent toute l’année sans congés annuels, et 2 pour cent travaillent 24 h/24. Un nombre considérable de femmes interrogées se plaignent de violences, 23 pour cent évoquent des violences physiques et 11 pour cent de violences sexuelles. La majorité perçoit des salaires inférieurs à 150 dinars. »

Cette enquête a porté sur un échantillon de 130 petites aides ménagères travaillant dans le Grand Tunis. Elle a montré que 88 pour cent des personnes interrogées ne savaient ni lire ni écrire. Et dire qu’elles sont chargées de l’éducation des enfants de certains ménages !

En attendant des jours meilleurs, avis aux parents attentionnés : mieux vaut garder ses enfants dans une crèche car même si le personnel n’est pas toujours qualifié, il n’y a pas mieux pour socialiser son enfant. Votre bambin  apprendra la vie en collectivité, tout en étant en sécurité.

 

Un vide juridique à combler

 

Le code du travail fixe l’âge minimum du travail pour les enfants des deux sexes. Ainsi, les enfants de moins de 15 ans ne peuvent pas être employés dans des établissements industriels (art. 53) ; cet emploi étant autorisé seulement dans les «établissements où sont seuls occupés les membres de la famille sous l’autorité soit du père, soit de la mère, soit du tuteur» (art. 54)

Les aides ménagères sont classées dans un secteur informel où se concentrent les activités considérées socialement comme le prolongement naturel de la fonction reproductive des femmes (travaux ménagers et éducatifs, travaux non rémunérés dans l’entreprise familiale). Ce secteur se caractérise par une faible disponibilité des données. Cela s’explique principalement par le fait que ces travaux, s’ils sont rémunérés, ne sont pas obligatoirement déclarés à la sécurité sociale. S’ils ne sont pas rémunérés, ils représentent du «travail invisible» qui n’est guère comptabilisé dans les agrégats économiques tels que le PIB. Le vide juridique existant dans ce domaine entretient l’insécurité de ces femmes en ne leur fournissant aucune couverture légale qui les protège contre les abus, l’exploitation et toutes sortes d’atteinte à leur intégrité.

Mona BEN GAMRA