• Sécurité : «Les résultats ne devront pas tarder» • Economie : «Absence d’un plan d’action» • Social : «Aucun impact, ni sur cent jours,ni sur 300 jours» • Diplomatie : «Le marketing doit être notre grande pr - Le Temps Tunisie
Tunis Mercredi 20 Juin 2018

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L’avis des experts sur le programme des 100 premiers jours

• Sécurité : «Les résultats ne devront pas tarder» • Economie : «Absence d’un plan d’action» • Social : «Aucun impact, ni sur cent jours,ni sur 300 jours» • Diplomatie : «Le marketing doit être notre grande pr

Jeudi 5 Février 2015
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En dévoilant devant les députés de l’Assemblée des Représentants du Peuple le programme des cents premiers jours, Habib Essid a évoqué cinq dossiers, qualifiés comme étant les plus urgents, et qui sont : le volet sécuritaire, économique, social, diplomatique et médiatique.
En ce qui concerne le dossier sécuritaire, le nouveau chef-du-gouvernement a expliqué que l’urgence était, dans un premier temps, de faire passer la loi de la lutte contre le terrorisme. Essid a indiqué que le combat contre le terrorisme était la priorité de son gouvernement, et, dans ce sens, il a affirmé que, du moment où l’APR garantissait la loi de la lutte contre le terrorisme et de toutes les lois qui ont pour but d’améliorer les conditions des agents du ministère de la Défense Nationale et du ministère de l’Intérieur, l’équipe gouvernementale focalisera toute son énergie sur ce dossier. Par ailleurs, Habib Essid a tenu a ajouté qu’il n’était plus question de voir des organismes parallèles aux organismes de l’Etat exister, et que le prestige de l’Etat allait être réinstauré tout en insistant sur le fait que le droit de manifester sera garanti.
Le Temps a contacté Ali Zmardini, expert en sécurité et ex-colonel au sein de la Garde Nationale, pour lui demander son avis quant à la faisabilité du programme sécuritaire d’Essid. Monsieur Zmardini nous a répondu que oui en expliquant : « L’une des principales raisons qui ont aidé le terrorisme à s’installer dans notre pays est le fait que l’Assemblée Nationale Constituante a bloqué toutes les lois relatives à la lutte contre le terrorisme. De ce fait, ce phénomène a pu se développer sur nos territoires en étant aidé, entre autres, par le blanchiment d’argent introduit en Tunisie tout juste après la Révolution. Par ailleurs, les agents de sécurités son quotidiennement exposés à des menaces et des harcèlements, sans qu’ils ne soient protégés par aucune loi, ce qui a fait que leur efficacité a été déstabilisée. Quand j’ai écouté le discours d’Essid, j’ai noté qu’il a avancé les conditions avant d’annoncer les promesses, si l’on fournit à ce gouvernement les conditions demandées, il ne peinerait point à réaliser ses promesses. Un autre point positif dans le discours d’Essid, quand il a parlé des organismes parallèles à ceux de l’Etat : on constate donc que le chef dugouvernement reconnaît l’existence de ces organismes, et tant que la reconnaissance et la volonté politique y sont, les résultats ne devront pas tarder. »
La hausse des prix, la contrebande et le pouvoir d’achat ont été le deuxième sujet abordé par Habib Essid qui a affirmé que, s’il le fallait, son gouvernement prendrait l’initiative de bloquer toute hausse de prix pendant les six à venir en vue de ‘résister à ce phénomène devenu très fréquent et contraignant le pouvoir d’achat du tunisien. Habib Essid a ainsi affirmé que tous les efforts seront déployés afin que la contrebande et les marchés parallèles soient interdits. Moez Labidi, expert en économie, a bien voulu nous donner ses premières lectures quant à ce volet évoqué par Essid : « C’est un programme certes ambitieux où nous détectons la volonté de réformer. Mais, il correspond plus à une présentation sommaire des grandes lignes d’un programme économique. Plus proche du programme des partis politiques à la veille des élections plutôt que d’un plan d’action pour réformer une économie plombée dans un cycle de croissance molle. Il y a un air de déjà vue. Autrement dit, on note l’absence d’un plan d’action : Avec des mesures précises et un « sequencing » (séquentiel) détaillé. »
Pour les affaires sociales, Habib Essid a commencé par annoncer que 230 milles familles démunies bénéficieront d’une hausse de leur rente avec 30 dinars de plus (de 120 dinars à 150 dinars). Par ailleurs, le chef-du-gouvernement a indiqué que les terrains se trouvant à proximité des quartiers populaires allaient être divisés et vendus dans le but de mettre fin aux constructions anarchiques se trouvant dans lesdits quartiers. Habib Essid a ajouté que son gouvernement était plus que jamais attaché à l’affaire des martyrs et blessés de la Révolution et que son gouvernement travaillera afin que ces derniers obtiennent justice. Pour Moncef Ouannes, chercheur et expert en sociologie ce discours est ‘très peu, voire, insignifiant’. « Vu le seuil de pauvreté atteint en Tunisie, on ne peut pas appeler cela un programme, c’est peut-être quelques mesures citées, mais pas un programme. Un programme doit être bien ficelé, avec des mesures bien déterminées etc. En Tunisie, nous avons besoin d’une révolte au niveau social tellement les choses sont catastrophiques. Ce que vient d’annoncer Essid n’aura aucun impact ni sur cent jours, ni sur trois cents jours. Par ailleurs, la pauvreté n’est pas le seul mal de notre société, il y a aussi le suicide, les enfants nés hors-cadre-du-mariage, l’immigration clandestine et j’en passe. Tout cela demande une vraie stratégie avec de vrais plans d’actions. Le social est un combat de longue haleine en Tunisie. »
Pour la diplomatie Tunisienne, le chef-du-gouvernement a assuré que des efforts seront faits afin que les relations diplomatiques de la Tunisie soient élargies en vue d’instaurer des collaborations internationales avec, notamment, les pays de l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie. Nous avons contacté monsieur Abdallah Labidi, ancien ambassadeur et ex directeur du bureau de la communication du ministère des Affaires Etrangères, qui a commenté le discours d’Essid comme suit : « La diplomatie et les affaires étrangères sont le marketing de notre politique, étrangère et intérieure, à la vue des autres nations. Le marketing doit être notre grande priorité lors de nos prochaines actions. L’efficacité de cette mission sera tributaire à la fois de la qualité de notre politique et des moyens mis à la disposition du département des Affaires étrangères afin de mettre en œuvre les différentes actions qu’exige ce marketing. La Tunisie dispose d’un département des Affaires étrangères représentant un outil diplomatique très important si l’on laissait travailler conformément aux règles de ce secteur. Par ailleurs, j’ai remarqué que l’on parlait assez souvent, dernièrement, de la diplomatie économique. Dans ce contexte, je tiens à rappeler que ce terme existe depuis la création du ministère des Affaires étrangères, c’est-à-dire, depuis 1956. Pour finir, je tiens à dire qu’il est aujourd’hui permis de faire confiance aux trois responsables nommés à la tête de cet important ministère afin que le travail puisse être fait correctement. »
Habib Essid n’a pas omis de parler des médias et de la liberté de presse en expliquant que son gouvernement était prêt à collaborer avec les professionnels du secteur afin d’être à l’écoute des problèmes des médias. Cependant, le chef-du-gouvernement n’a pas donné plus de détails concernant ce volet qui n’est pas moins important que les autres.
Les impressions sur le programme des cents premiers jours du nouveau gouvernement ont été diverses. Mais personne ne pourra présenter de bilan prématuré, il nous faudra attendre de voir ce qui arrivera après ces cents jours, si, bien sûr, d’ici-là, le gouvernement réussi à se maintenir vu sa composition inattendue et hétérogène.

Salma BOURAOUI