Le roi Abdallah est mort, son demi-frère Salmane lui succède - Le Temps Tunisie
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Arabie Saoudite

Le roi Abdallah est mort, son demi-frère Salmane lui succède

Samedi 24 Janvier 2015
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Le roi Abdallah d’Arabie saoudite est mort hier et son demi-frère le prince Salmane, 79 ans, lui a succédé sur le trône du premier pays exportateur de pétrole, qui est aussi un poids lourd du Moyen-Orient et le berceau de l’Islam.
Le palais royal a annoncé dans un communiqué le décès à 01H00 locales d’Abdallah qui était âgé d’environ 90 ans (sa date de naissance exacte est inconnue). Souffrant d’une pneumonie, il était hospitalisé depuis le 31 décembre à Ryad et son état de santé avait nécessité la mise en place d’un tube pour l’aider à respirer.
Allié de Washington et des Occidentaux dans la lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique et d’Al-Qaïda, Abdallah a officiellement gouverné le royaume pendant une décennie mais il en tenait en réalité les rênes depuis l’attaque cérébrale dont avait été victime son demi-frère, le roi Fahd, en 1995.
Le roi sera enterré à Ryad après les prières de l’après-midi, en présence de plusieurs dirigeants étrangers. Les citoyens saoudiens seront ensuite invités à prêter allégeance au nouveau roi et au prince héritier Moqren, demi-frère d’Abdallah, au palais royal.
Alors que le royaume tente de réaffirmer son leadership sur un marché pétrolier mondial en plein changement, le décès du roi a entraîné un sursaut en Asie des cours du brut, qui ont fortement diminué ces derniers mois en raison d’une faible demande et d’une offre abondante.
Pour le chef économiste de l’Agence internationale de l’Energie (AIE), Fatih Birol, la mort d’Abdallah ne devrait néanmoins pas provoquer de changement «significatif» dans la politique pétrolière saoudienne.
L’Arabie saoudite avait pris la tête des pays qui ont lutté avec fermeté pour le maintien à son niveau actuel de la production pétrolière de l’Opep, au risque de voir s’accélérer la chute des prix du brut (-50% depuis juin).
Outre son poids pétrolier, le roi Abdallah exerçait une très forte influence sur la politique régionale.
Face à l’influence grandissante des mouvements islamistes, le royaume a été un important soutien à l’actuel président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et a joué un rôle clé dans le soutien à l’opposition au régime syrien, autorisant l’entraînement par l’armée américaine de rebelles sur son territoire.
Abdallah a certes gardé la première puissance pétrolière mondiale à l’abri des crises du monde arabe, mais a déçu les attentes des réformateurs, notamment sur la place de la femme dans la société, qui ne peut toujours pas conduire et dont les droits sont bafoués.
Amnesty International a ainsi dénoncé un régime «insensible aux droits de l’Homme» et accusé l’Occident de couvrir cette politique en raison du poids pétrolier du royaume et de son soutien dans la lutte antijihadistes.
Le roi Abdallah était, comme les quatre souverains qui l’ont précédé, fils du roi Abdel Aziz, fondateur de la dynastie des Al-Saoud qui a donné son nom au pays.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan et le roi Abdallah II de Jordanie vont participer à ses funérailles, et l’Iran chiite a décidé d’envoyer son chef de la diplomatie, Mohammad Javad Zarif, à Ryad aujourd’hui pour les condoléances.
Le président américain Barack Obama a été l’un des premiers à saluer la mémoire d’un «ami précieux» et d’un dirigeant «sincère». Son homologue français François Hollande a aussi «salué la mémoire d’un homme (...) dont la vision d’une paix juste et durable au Moyen-Orient reste plus que jamais d’actualité».
Dans ce pays très conservateur, qui a vu naître l’islam en 622 et abrite les deux principaux lieux saints musulmans, La Mecque et Médine, de nombreux Saoudiens se sont tournés vers les réseaux sociaux pour exprimer leur tristesse.

 

* Hommage appuyé à travers le monde

Les dirigeants du monde ont rendu un hommage appuyé au roi Abdallah d’Arabie saoudite, décédé hier, certains saluant un «défenseur de la paix au Moyen-Orient», d’autres un partisan du dialogue entre les musulmans et l’Occident.
Le président russe Vladimir Poutine a salué un «homme politique sage et un dirigeant qui jouissait de l’amour et du respect de ses sujets».
«Nos pays ont travaillé ensemble à relever de nombreux défis et j’ai toujours (...) apprécié notre amitié véritable et chaleureuse», a déclaré pour sa part le président américain Barack Obama, dont le pays est un allié politique et économique de poids de l’Arabie.
L’Iran chiite, dont les relations avec le rival régional saoudien ont été très tendues ces dernières années, a présenté ses condoléances et annoncé que son chef de la diplomatie, Mohammad Javad Zarif, se rendrait à Ryad samedi, au lendemain des funérailles.
Alors que le Moyen-Orient est secoué depuis 2011 par d’énormes bouleversements assortis de conflits meurtriers, le Premier ministre canadien Stephen Harper a salué «un ardent défenseur de la paix» dans la région.
Pour le président français François Hollande, qui se rendra en Arabie saoudite, la vision d’Abdallah «d’une paix juste et durable au Moyen-Orient reste plus que jamais d’actualité».
Le roi Abdallah fut «une figure respectée dans toute la région du Moyen-Orient pour sa volonté de contribuer à résoudre les conflits», a estimé aussi le ministère espagnol des Affaires étrangères.
Le Premier ministre britannique David Cameron a dit retenir son engagement «en faveur de la paix et du renforcement de la compréhension entre les religions».
Pour la chancelière allemande Angela Merkel, la politique du roi défunt était «équilibrée et modérée», saluant un homme qui a défendu «le dialogue entre le monde musulman et l’Occident».
Le président du Conseil européen, Donald Tusk l’a qualifié de «partenaire solide de l’Union européenne».
Au Moyen-Orient, le Liban, qui entretient des relations étroites avec Ryad, a dit avoir perdu un «défenseur et un partenaire» qui s’est tenu aux côtés de Beyrouth «dans les moments difficiles».
Le président tunisien Béji Caïd Essebsi a vu dans le roi quelqu’un «qui a veillé (...) à appuyer les causes de la justice, de la paix et du développement dans le monde arabe et musulman et dans le monde».
Son pays, comme l’Algérie et la Mauritanie, a déclaré trois jours de deuil et l’Egypte sept.
Ce décès «est non seulement une perte pour l’Arabie saoudite mais également pour le Maroc et la nation islamique tout entière», a déploré le roi Mohammed VI.
Plusieurs dirigeants ont écourté ou annulé des visites ou des réunions pour se rendre aux funérailles.
C’est le cas du roi de Jordanie Abdallah II qui a quitté de manière anticipé Davos, en Suisse, où il participait au Forum économique mondial, selon les organisateurs. Son pays a déclaré 40 jours de deuil.
Le président israélien Reuven Rivlin a salué un «dirigeant exemplaire par son jugement solide, réfléchi et responsable».
Pour le président turc Recep Tayyip Erdogan, le roi a contribué «au renforcement de la coopération et de la solidarité dans le monde musulman, en particulier en ce qui concerne la question palestinienne et la situation en Syrie».
Lors de la Coupe d’Asie des nations de football à Sydney, les joueurs des Emirats arabes unis, qui affrontaient le Japon, portaient des brassards noirs.
L’Indonésie, le plus grand pays musulman du monde, a rendu hommage à un homme «qui a apporté des réformes et la prospérité à sa nation, un défenseur de l’unité arabe dans une région souvent divisée».
Le Premier ministre malaisien Rajib Razak a salué un «grand leader pour son initiative d’un dialogue inter-religieux» et le président afghan Ashraf Ghani a souligné ses efforts de médiations dans le processus de paix dans ce pays.
Le Japon et la Chine ont aussi vanté son rôle pour la paix et la stabilité du Moyen-Orient.
Seul bémol à cette pluie d’hommages, Amnesty International a dénoncé un régime «insensible aux droits de l’Homme» et les «nombreux pays occidentaux» qui l’ont «protégé».
L’ONG a donné l’exemple du cas du blogueur Raef Badaoui, condamné pour «insulte à l’islam» à dix ans de prison et 1.000 coups de fouet, une punition «médiévale», pour Amnesty.