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La plénière de l’ARP non retransmise par la télévision nationale

Bourde préméditée ou simple omission administrative ?

Jeudi 22 Janvier 2015
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Bourde préméditée ou simple omission administrative ?

Les députés ont examiné mardi le projet du règlement intérieur de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) lors d’une séance plénière. Mais à la surprise générale, les travaux de cette session n’ont pas été retransmis en direct à la télévision nationale. Ce qui a suscité la grogne de certains députés du Front Populaire, du parti d’Ennahdha à l’instar de Kalthoum Badreddine, Yamina Zoghlami, Samir Dilou et Noureddine Bhiri ainsi que d’autres. Tous y ont vu un retour aux débats et décisions opaques et une menace pour le libre accès à l’information. L’élu Faycel Tebbini s’est également insurgé contre cette négligence et a déclaré qu’il ne comprenait pas pourquoi le peuple était écarté de ces débats d’une importance cruciale. L’association Al Bawsala, chargée de surveiller les travaux de l’ARP et d’en faire le rapport, a pour sa part exprimé dans un bref communiqué son inquiétude « quant à un retour en arrière en matière de transparence ». L’organisation a rappelé que la retransmission télévisée en direct des travaux de l’ARP est un droit constitutionnel garanti par l’article 32 de la Constitution stipulant que “L’Etat garantit le droit à l’information et le droit d’accès à l’information.”. Pour El Bawsala, c’est aussi un moyen mis à la disposition des citoyens pour leur permettre de suivre les positions et les activités des députés qu’ils ont élu.

Les raisons d’une non retransmission

En réponse à ces accusations et supputations et pour couper court à toute polémique, l’administration de l’Etablissement de la Télévision Tunisienne a publié un communiqué dans lequel elle explique que la retransmission en direct des travaux des la plénière consacrée à l’examen du projet du règlement intérieur n’a pas été assurée car les services de l’ARP n’ont pas annoncé au préalable cette séance , comme il est de coutume, et ne l’ont pas intégrée dans la liste prévisionnelle pour permettre sa programmation. Il est toutefois précisé que les travaux de cette session ont tout de même été enregistrés et que des extraits ont été diffusés sur les chaînes Al Wataniya 1 et 2. Par ailleurs, une réunion s’est tenue hier, mercredi au sein de l’Assemblée, entre Mohamed Ennaceur, Président de l’ARP et Mustapha Ben Latif, le Président Directeur Général de l’Etablissement de la Télévision Tunisienne. A l’ordre du jour, la retransmission télévisée des séances plénières ainsi que le projet de création d’une chaîne parlementaire qui diffuserait en direct tous les travaux de l’ARP et proposerait également des analyses de fond, des interviews, des journaux télévisés, des reportages et des débats.

Chaîne de télévision parlementaire: une question de budget 

Le projet d’une chaîne télévisée parlementaire n’est pas nouveau en Tunisie. Il avait déjà été évoqué en 2011 pour couvrir les travaux de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC). A l’époque, Mustapha Ben Jaâfer avait insisté sur la nécessité de la retransmission en direct des débats de l’Assemblée Nationale Constituante et Moncef Marzouki avait déclaré qu’« il faut que les Tunisiens s’approprient la nouvelle Constitution depuis son élaboration ». Concrètement est-ce possible ? Oui, car la modification des statuts de la Télévision Tunisienne, il y a plus de 4 ans, autorise la création de nouvelles chaînes. Mais qu’en est-il du financement ? En France, les deux chaînes parlementaires disposent d’un budget conséquent de 35 millions d’euros (2014), réparti comme suit: 16,9 millions d’euros pour LCP et 18,5 millions d’euros pour Public Sénat. En outre, LCP, qui emploie près de 70 salariés en plus des pigistes, a bénéficié de 50.000 euros de subvention du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) alors qu’elle est financée par des fonds publics. Reste à savoir s’il est possible de consacrer un tel budget colossal pour la création d’une chaîne parlementaire, surtout que les Tunisiens semblent définitivement lassés de la politique et des interminables débats entre politiciens. 

Rym BENAROUS

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