Le flou artistique - Le Temps Tunisie
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2019

Nida Tounès

Le flou artistique

Mercredi 21 Janvier 2015
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Le flou artistique

Quand est-ce qu’on va arrêter d’essayer de nous faire avaler des couleuvres ? Le parti majoritaire ne cesse de réitérer que la constitution du prochain gouvernement ne relève aucunement de ses prérogatives et qu’il est dans l’expectative de l’attribution des portefeuilles par Habib Essid. Autrement dit, il est soumis à son bon vouloir au même titre que tous les autres partis. Alors, si les choses sont ainsi faites, pourquoi a-t-on organisé des élections ? Décidément, la démocratie, qu’on compte instaurer, s’annonce, pour le moins, boiteuse. 

La langue de bois

En effet, Lazhar Akermi vient de déclarer que la direction de son parti a débattu, lors de la réunion de lundi dernier, de questions réglementaires, se rapportant au travail interne,  à organisationnel au sein du parti et à sa relation avec leur groupe parlementaire, sans aborder celle relative au processus gouvernemental qui est laissé aux soins de Habib Essid auquel Nida Tounes a proposé dix noms parmi les siens, dont des parlementaires, qui pourraient ne pas être retenus par lui !!! Mais à quoi on joue ? Veut-on montrer par là qu’on est très démocrates ? Si c’est le cas, on l’est trop, beaucoup trop qu’il n’en faut. Drôle de démocratie ! C’est soit un excès de zèle, soit une manière d’occulter l’essentiel, à savoir les tractations entre Nida Tounes et Ennahdha. En jetant l’entière responsabilité sur le nouveau chef du gouvernement et en se soustrayant à la sienne, en tant que premier vainqueur des élections qui a la charge de gouverner le pays, Nida n’est-il pas en train d’essayer de se disculper auprès de ses partisans et ses électeurs pour avoir entrepris des arrangements avec le parti islamique ? D’ailleurs, c’est ce qui se dégage de la déclaration de Lazhar Akermi qui affirme que son parti ne cherche pas à faire sortir ce dernier de la scène politique, comme le prétendent certains, soulignant qu’il revient à Habib Essid, et à lui seul, de trancher les modalités de participation du parti qui a obtenu 69 sièges au sein de l’ARP dans sa prochaine équipe gouvernementale. Devrait-on voir dans cette mention du nombre de sièges un fait anodin ou bien une intention de sa part de légitimer la participation au pouvoir d’Ennahdha eu égard à son poids politique ? Il ressort des affirmations et commentaires faits par le député de Nida Tounes que les deux partis sont bel et bien partis pour un voyage de noces qui, selon plusieurs considérations, ne pourrait pas durer longtemps et qui animerait une polémique qui ferait long feu. Déjà bien avant sa constitution et son démarrage, le nouveau gouvernement fait l’objet de tiraillements de tous bords. Son accouchement pénible et tardif fait plus de mécontents que de gens heureux, à commencer par la base partisane et électorale de Nida Tounes qui lui a accordé ses voix sur la base du vote utile, censé écarter Ennahdha du pouvoir, et dont il a tendance à s’éloigner de plus en plus, en creusant un fossé insondable entre eux à cause de considérations politico-politiciennes qui ne pourraient que lui nuire et porter atteinte à son image. L’autre partie mécontente de ce rapprochement entre Nida Tounes et Ennahdha est, de toute évidence, le Front populaire pour qui la condition sine qua non de sa participation au prochain gouvernement, c’est l’exclusion de tous les symboles de la Troïka, Ennahdha en tête, en raison de la politique désastreuse qu’elle a menée, qui a causé des dommages énormes à tous les niveaux et qui était à l’origine de la constitution du Front de salut national qui a précipité son départ du pouvoir. D’ailleurs, la présence au gouvernement du FP, qui met en avant les questions économiques et sociales dans une conjoncture qui connaît une grande perturbation à ce niveau, n’est-il pas un gage d’accalmie et de sécurité, c’est-à-dire de réussite pour le prochain gouvernement ? Que pourrait bien gagner Nida Tounes de la participation au pouvoir d’Ennahdha sinon des ennuis ? Un choix judicieux entrepris par lui fera épargner, à coup sûr, des anicroches et préservera l’avenir du pays et le sien contre des dérives éventuelles. La balle est dans le camp de Nida Tounes qui, s’il tient vraiment à son salut, est dans l’obligation d’agir dans le bon sens et au plus vite pour rectifier le tir, avant que ce ne soit trop tard. Et qu’on nous dise surtout pas que la constitution du prochain gouvernement est du seul ressort de Habib Essid, parce qu’on a cessé d’avaler des couleuvres depuis belle lurette…   

Faouzi KSIBI