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Le nouveau numéro de Charlie Hebdo suscite des critiques

Jeudi 15 Janvier 2015
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Le nouveau numéro de Charlie Hebdo suscite des critiques

Alors que des médias arabophones appellent les musulmans à se déclarer «Nous sommes tous Mohamed» (le prophète), le ministère des Affaires religieuses et plusieurs personnalités estiment que le numéro de Charlie Hebdo paru aujourd’hui est une «nouvelle provocation».

 Ce matin à Alger, ce n’était pas pour le nouveau numéro deCharlie Hebdo que les marchands de journaux se désolaient d’avoir été dévalisés. Mais pour Echorrouk et Ennahar, les deux quotidiens arabophones les plus lus en Algérie, qui consacrent tous les deux leur Une à un nouveau slogan de ralliement : «Nous sommes tous Mohamed». Sur le premier, une caricature veut dénoncer le parti-pris des Français quand il s’agit de drames les touchant directement au mépris de ceux se déroulant en Irak, en Syrie, au Mali ou à Gaza. Sur le second, une photo de mains brandissant un Coran et une pancarte sur laquelle est écrit en arabe et en français : «Nous sommes tous Mohamed».

Le quotidien assure que «tous les Algériens se sont appropriés» le slogan «pour répondre aux caricatures de Charlie Hebdo qui se moque des musulmans» et dire qu’ils sont tous «les combattants du prophète» dans cette «guerre idéologique». Aboudjerra Soltani, ex-numéro 1 du MSP (islamistes), déclare dans le journal : «Malgré tout ce qui s’est passé, on ose rééditer Charlie Hebdo. Cela n’a rien à voir avec la liberté d’expression, c’est une atteinte, une insulte et une déclaration de guerre à l’islam et aux musulmans.» Dans un communiqué, il a également précisé : «Ce n’est que du terrorisme d’information qui va nourrir l’extrémisme. Les frères Kouachi vont devenir des martyrs, des symboles internationaux.»

Autre bon client des médias arabophones, l’ancien militant du Front Islamique du Salut qui a lancé son propre parti le Front de la sahwa (éveil) islamique libre, Abdelfatah Hamadache s’emporte aussi : «Ce qui se passe aujourd’hui est une guerre idéologique contre la oumma, contre les musulmans. La diplomatie islamique doit se mobiliser rapidement pour poser des limites à toutes les personnes qui agresseraient directement ou indirectement le prophète. Nous avons notre religion, il n’est pas permis de la prendre pour cible.» Dans Echorrouk, il qualifie Charlie Hebdo de «journal de la honte».

Alors qu’à Constantine, des étudiants ont appelé aujourd’hui à manifester contre le numéro de Charlie Hebdo publié ce mercredi, le Conseil des savants du ministère des Affaires religieuses s’est aussi exprimé sur le sujet. «La provocation des sentiments religieux au nom de la liberté d’expression est un pêché», a-t-il déclaré dans un communiqué en invitant «à combattre la provocation faite aux religions sous couvert de cette liberté d’expression». L’ancien ministre des Affaires religieuses Abdellah Ghoulamallah considère également que «l’insistance à laisser paraître Charlie Hebdo est une agression contre l’islam et la communauté musulmane», et cela même si «le prophète est passé par des moments plus difficiles».

Echorrouk, qui a choisi de consacrer, sur sa chaîne de télé, la journée à «répondre à Charlie Hebdo», titre son papier d’ouverture «La France finance à 3 millions d’exemplaires un journal qui porte atteinte au prophète». Il s’insurge contre la Une de Charlie Hebdo : «la caricature signifie en fait que le prophète cautionne l’humour qui est fait autour de lui et de ses enfants». «La liberté d’expression que la France et l’Europe franc-maçoniennes et sionistes ont érigé en nouvelle religion ne devrait pas supplanter les véritables croyances.» Et de conclure : «Avec cette subvention, la France ne pourra pas se dédouaner de l’atteinte faite aux musulmans.» 

Abdellah Djaballah, leader du parti El Adala (islamiste) estime quant à lui que «l’affaire Charlie Hebdo a montré le vrai visage des leaders arabes qui ont cautionné l’émotion après l’attaque». Il est rejoint par Moussa Touati, candidat à l’élection présidentielle de 2014 et président du parti le Front national algérien. Selon lui, «le problème ne se pose pas avec les chrétiens mais avec les juifs, fils d’Israël», mais il considère que «la publication de nouveaux dessins sont une atteinte au prophète, une atteinte encore plus grande que le meurtre.»