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2020

Bahri ben Yahmed et les jeunes des quartiers défavorisés

« Danseurs citoyens » font de la résistance !

Jeudi 15 Janvier 2015
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« Danseurs citoyens » font de la résistance !

« Danse citoyenne » … danse urbaine… C’est quand des jeunes des quartiers défavorisés se relèvent, se ressaisissent pour battre le bitume aux pas mesurés d’une danse engagée … Au cœur de la cité urbaine, entre bitume et béton, ils s’adonnent allègrement, vaillamment à leurs mouvements déliés du corps pour interpeller le passant l’amener  vers ces petits ‘’bonheurs ordinaires’’ qu’on croyait avoir, à jamais, perdu dans une Tunisie qui ne sait plus à quel… ‘’cheikh’’ se vouer. 

Bahri Ben Yahmed est un danseur tunisien ayant choisi de faire de l’art une arme de résistance contre tous ceux qui peuvent croire un seul instant que la Tunisie peut être une proie facile au terrorisme ou que l’on peut céder aux manipulations médiatiques qui s’acharnent à faire d’un barbu photogénique le bouc émissaire de tous les malheurs du genre humain… Vaste programme. 

« Danseurs citoyens » explique Bahri Ben Yahmed est « un projet artistique de jeunes avides de justice et de cohérence, dans une quête perpétuelle d’un monde qui fasse sens » dit-il en continuant « Nous  proposons des activités d’éveil à la citoyenneté et au développement du sens critique, valeurs qui s’altèrent de jour en jour sous nos cieux. La danse de rue est au centre de ces activités. » 

Renouer avec les valeurs de la citoyenneté

Des faits montrent, en effet,  des citoyens  tunisiens s’impliquant de plus en plus dans une stratégie de reniement de leur citoyenneté et des valeurs du vivre.  Le tout est présenté dans un assortiment médiatique qui déploie de jour en jour ses limites à être objectif et indépendant… La question qui se pose dans la foulée d’évènements tragiques qui frappent la Tunisie : doit-on repenser la citoyenneté et ses valeurs ? A-t-on pu mettre hors d’atteinte la dignité et la sécurité des jeunes générations dans un déferlement de haine et de violence qui s’en prend aux Tunisiens ? 

Bahri Ben Yahmed et ses compagnons de route nous donnent la réponse à travers des spectacles de danse qui sillonnent les rues et les ruelles de la Tunisie. L’idée est simple : envahir tout l’espace urbain de danseurs et surtout n’épargner aucun lieu public, en passant par les souks et  les moyens de transport en commun… pour y apporter un peu de leur univers artistique… à la fois survolté et magnétique.

Mais ce n’est pas tout. Car Bahri Ben Yahmed qui mène des actions artistiques citoyennes, monte un collectif associatif qui commence par « danseurs citoyens » et s’élargit à d’autres expériences du genre « Fanni Raghman Anni » ( Mon art malgré moi) des acteurs de la société civile qui croient en l’art comme valeur du changement social. « Il est vrai qu’on ne pourra pas changer la face du monde mais on est capable de faire bouger les choses et déranger les certitudes des uns et des autres. », confie Bahri Ben Yahmed en continuant « La danse est marginalisée sous nos cieux car elle n’a pas encore acquis un cadre institutionnel. Et c’est notre combat actuel qu’on mène dans le cadre de la Commission nationale de la danse qui fait appel, entre autres, à des professionnels de la danse chevronnés de la trempe de Nawal Skandrani, Sihem Belkhouja et Malak Sebai. Sans oublier la collaboration de l’administration de la musique et de la danse relevant du ministère de la culture aujourd’hui placé sous la houlette de Mourad Sakli. Le but étant de donner un statut au Centre national de la danse de Borj Baccouche… »

Des actions artistiques du genre ‘’Seliana rach story’’ ou encore ‘’Je danserai malgré tout’’ montrent un tant soi peu que la danse a ses apôtres et qu’ils sont capables de faire entorse à ce que Nietzsche croyait un jour être l’essence de la danse « Parmi saints et putains, la danse entre Dieu et le monde ! »  dit-il.

Débordants, généreux, enfants, mais ‘’ni saints ni putains’’ … les jeunes danseurs promènent un regard lucide sur eux-mêmes et le monde qui les entoure et de cèdent à l’envie pressante et inavouée de devenir un jour des citoyens utiles. Alors on danse ? 

Mona BEN GAMRA