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Après trois jours d'horreur en France

Après trois jours d'horreur en France: La France soulagée, mais traumatisée

Dimanche 11 Janvier 2015
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Al Qaida menace la France de nouveaux attentats - Des milliers de manifestants en hommage aux victimes
Après trois jours d'horreur en France: La France soulagée, mais traumatisée

L'heure du deuil après trois jours de sang et d'angoisse causés par trois jihadistes, de Charlie Hebdo à une épicerie juive de Paris: c'est une France soulagée mais traumatisée, traversée par de nombreuses interrogations, qui a commencé à manifester hier en masse à la mémoire des victimes.

A Nice, cinquième ville de France, une marche silencieuse a rassemblé 23.000 personnes sur la Promenade des Anglais dans la matinée. A Pau (80.000 habitants), 30.000 personnes défilaient dans la matinée, et 22.000 à Orléans. Des manifestations étaient également prévues dans la journée à Lyon, Marseille, Toulouse, Lille, Lyon, Nantes mais aussi à Just-le-Martel (Haute-Vienne), où se tient un salon international du dessin de presse et d'humour.

Aujourd’hui, une manifestation monstre (départ à 15H00 à République pour rallier Nation), en présence du président, François Hollande, et de dirigeants étrangers, en premier lieu européens (Angela Merkel, David Cameron, Matteo Renzi, Mariano Rajoy, Donald Tusk), devrait faire entendre la détermination de tout un pays à défendre ses valeurs en rendant hommage aux victimes.

François Hollande a appelé vendredi soir tous les Français à "se lever", aujourd’hui, dans la capitale comme dans les grandes villes du pays, pour "porter ces valeurs de démocratie, de liberté, de pluralisme auxquelles nous sommes tous attachés". "Ce sera une manifestation inouïe qui doit être forte, digne", "venez nombreux" a lancé le Premier ministre, Manuel Valls, hier matin.

Journalistes, policiers, employés et clients d'une enseigne casher: depuis l'attaque mercredi contre le journal satirique, qui a bouleversé le monde, le bilan est de 20 morts, dont les trois assaillants. Un blessé grave de l'attentat contre "Charlie" reste entre la vie et la mort, a précisé vendredi le procureur de Paris, François Molins.

La compagne du preneur d'otage de l'épicerie casher, Hayat Boumeddiene, est quant à elle "toujours recherchée" dans l'enquête sur la fusillade mortelle de jeudi matin à Montrouge (Hauts-de-Seine).

Ce bilan pour des actes terroristes en France est sans précédent depuis au moins un demi-siècle et laisse le pays en proie à un profond traumatisme et à de nombreuses interrogations sur son dispositif de sécurité.

"Quand il y a 17 morts, c'est qu'il y a eu des failles", a reconnu Manuel Valls, rappelant les "centaines d'individus qui partent en Syrie et en Irak" où ils sont "formés au terrorisme".

Dans une vidéo diffusée vendredi soir, un responsable religieux d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), dont se sont réclamés les assassins de Charlie Hebdo, a menacé la France de nouvelles attaques, sans toutefois revendiquer celles des trois derniers jours au nom de l'organisation.

Le chef de l'Etat a présidé une nouvelle réunion de crise, hier matin à l'Elysée, pour faire le point sur les opérations des derniers jours et aborder les mesures de sécurité à venir, notamment pour la manifestation d’aujourd’hui.

Manuel Valls a promis la mise en place de "moyens de sécurité massifs" à cette occasion. Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a de son côté annoncé que le plan Vigipirate était maintenu à son niveau actuel, notamment à son niveau le plus élevé en Ile-de-France, et serait "conforté au cours des prochaines semaines".

La traque des auteurs de l'attentat contre Charlie Hebdo s'est achevée dans le sang vendredi: les deux frères frères Kouachi et un de leur acolyte, Amedy Coulibaly, se revendiquant pour les premiers d'Al-Qaïda et pour le troisième du groupe Etat islamique, ont été tués, ainsi que quatre otages dans un magasin juif de la capitale François Hollande a salué "le courage, la bravoure, l'efficacité" des forces de l'ordre, tout en dénonçant la prise d'otages dans l'épicerie casher, menée par Amedy Coulibaly, comme "un acte antisémite effroyable".

Si les principaux protagonistes sont morts, un gros travail attend les enquêteurs pour déterminer d'éventuelles complicités. D'importants travaux d'analyse de téléphonie, de pièces saisies lors de perquisitions, d'éventuels flux financiers sont en cours.

Amedy Coulibaly, délinquant multirécidiviste déjà condamné dans une affaire d'extrémisme islamiste, avait rencontré Chérif Kouachi en détention, où il s'est radicalisé. Des liens "constants et soutenus" ont été établis entre leurs compagnes, qui ont échangé "plus de 500 appels en 2014", a précisé François Molins.

L'homme est également soupçonné d'être l'auteur d'une fusillade mortelle jeudi matin à Montrouge, près de Paris, tuant une policière municipale et blessant un employé. Le procureur a précisé que son ADN avait été recueilli sur une cagoule laissée sur place.

Dans des appels à BFMTV, Chérif Kouachi a eu le temps de dire qu'il avait été envoyé par Al-Qaïda au Yémen et Amedy Coulibaly s'est revendiqué du groupe Etat islamique (EI, actif en Irak et Syrie) et a dit s'être "synchronisé" avec les Kouachi pour les attaques.

Les deux hommes avaient été impliqués en 2010 dans l'enquête sur une tentative d'évasion de Smaïn Aït Ali Belkacem, ancien du Groupe islamique armé algérien (GIA), condamné pour un attentat dans le RER à Paris en 1995. Kouachi avait bénéficié d'un non-lieu. Coulibaly avait été condamné à cinq ans de prison en décembre 2013, peine qu'il a achevé de purger en mai compte tenu de la détention préventive et des remises de peine.

Les frères Kouachi, nés à Paris de parents algériens, étaient traqués depuis leur identification quelques heures après l'attentat contre Charlie Hebdo, qui a fait 12 morts. Tous deux étaient inscrits "depuis des années" sur la liste noire américaine du terrorisme.

Chérif était très connu des services français: surnommé Abou Issen, il avait fait partie de la "filière des Buttes-Chaumont" pour envoyer des jihadistes en Irak, où lui-même entendait se rendre en 2005 avant d'être interpellé. Il avait été condamné pour ces faits en 2008 à trois ans de prison, dont 18 mois avec sursis.

Selon plusieurs sources françaises et américaines, Saïd s'était rendu au Yémen en 2011 pour s'entraîner avec Al-Qaïda au maniement des armes. Son frère Chérif a également dit à BFMTV qu'il s'était rendu dans cette place forte de l'islamisme radical.

         

Les fausses alertes entretiennent l'angoisse et la panique

L'Ile-de-France est sur les dents. Après l'attentat contre Charlie Hebdo et au lendemain de la double prise d'otages qui s'est déroulée vendredi, les fausses alertes se multiplient dans la région. Vendredi, le métro de la place du Trocadéro, à Paris, a été brièvement évacué, et deux évènements ont encore mobilisé la police, hier.

C'est le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) qui a donné l'alerte, peu avant 13 heures, sur Twitter"Coups de feu devant la synagogue, rue Clovis Hugues, à Paris 19e. Police en intervention", annonçait le Crif.

La police est intervenue et des commerces ont temporairement fermé les rideaux, créant l'inquiétude chez les passants.

Qu'est ce qui se passe avenue Jaures? On est enfermé dans les bars, les flics nous ordonnent de nous cacher quand on sort du métro.

Fausse alerte : les coups de feu entendus étaient en réalité des pétards, selon les informations de France 2. RTL confirme et précise qu'ils ont été tirés lors d'une manifestation de la communauté kurde, qui passait dans une rue voisine.

A Disneyland, une touriste se fait passer pour Hayat Boumeddiene

La jeune femme a crié depuis la fenêtre de sa chambre, dans un hôtel de Disneyland Paris (Marne-la-Vallée, Seine-et-Marne) : "Je suis la compagne de Coulibaly et je vais tout faire sauter !" Hayat Boumeddiene, compagne d'Amedy Coulibaly, est activement recherchée, depuis vendredi, après la prise d'otages dans une épicerie casher, qui a fait quatre morts.

Originaire de Marseille, la jeune femme "d'une trentaine d'années" qui a lancé cette fausse alerte, et déclenché l'évacuation de l'hôtel, a été placée en garde à vue au commissariat de Lagny (Seine-et-Marne), selon le parquet de Meaux. Elle va être poursuivie pour "diffusion d'une fausse information" visant à faire croire qu'un attentat allait être commis. Elle risque, au maximum, deux ans de prison et 30 000 euros d'amende.

     

Des mosquées de nouveau visées

Impacts de balles, inscriptions racistes : plusieurs mosquées françaises ont été de nouveau pris pour cible dans la nuit de vendredi à samedi 10 janvier. Après l'attentat meurtrier contre Charlie Hebdo, les attaques islamophobes se multiplient.

Cinq coups de feu ont été tirés sur la mosquée de Soissons (Aisne) vendredi peu avant minuit, a indiqué hier à l'AFP la préfecture de l'Aisne. "Les impacts –quatre dans le mur de la mosquée, un dans le portail – ont été relevés par la police, alertée par des voisins à 23h32", a déclaré la sous-préfète Odile Bureau, confirmant une information du journal L'Union.

"Les témoins (...) ont entendu les coups de feu suivis du crissement de pneus d'un véhicule démarrant en trombe, a-t-elle indiqué. Le procureur a été informé et la police va procéder à l'analyse des douilles retrouvées sur place pour chercher des traces éventuelles d'ADN." La mosquée Badr Our, située dans une zone pavillonnaire, "fera l'objet d'une vigilance renforcée des forces de police, qui étaient déjà mobilisées", a souligné la sous-préfète.

Carcasses de sanglier et croix gammées en Corse

Tôt hier matin, des fidèles qui se rendaient à la prière ont découvert une carcasse de sanglier devant la porte d'entrée de leur salle de prière, dans le village de Ghisonaccia (Haute-Corse), rapporte France 3 Corse ViaStella. Et devant la boucherie halal de cette commune d'environ 5 000 habitants, où vit une importante communauté d'origine marocaine, c'est une cartouche qui a été trouvée.

A Sarrola-Carcopino (Corse-du-Sud), la mosquée de Baleone, l'une des plus grandes de Corse et siège du Conseil régional du culte musulman (CRCM), a été visée. L'insulte raciste "Arabi Fora" – "les arabes dehors", en langue corse – a été taguée sur les murs. Des croix gammées ont été également tracées sur le portail.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, déjà, une tête de sanglier avait été accrochée à la porte d'une salle de prière musulmane de Corte (Haute-Corse). Les gendarmes sont chargés de l'enquête. Des dizaines de tracts faisant état de "légitime défiance" envers l'islam avaient également été apposés sur les pare-brises de voitures stationnées au centre de Bastia. 

     

Une faille béante dans le Renseignement

Le suivi des frères Kouachi a-t-il fait, courant 2014, l'objet d'un arrêt de prise en charge directe par la structure centrale de la DGSI ? Le gouvernement va devoir s'expliquer sur les faiblesses de notre dispositif de surveillance antiterroriste.

Une «faille». Le mot a été lâché par le premier ministre en personne. «Il y a une faille bien évidemment. Quand il y a dix-sept morts, c'est qu'il y a eu des failles», a-t-il déclaré, dès vendredi. Manuel Valls a compris qu'il avait intérêt à prendre les devants, lui qui, faisant allusion à l'affaire Merah, avait lancé, en s'adressant aux bancs de l'opposition, à l'Assemblée: «Le retour du terrorisme, c'est vous!»

Comment a-t-on pu négliger, en effet, la montée en puissance de l'équipe Kouachi-Coulibaly? Selon certaines sources, le suivi des frères Kouachi, à qui l'on doit la tuerie de Charlie Hebdo, mercredi dernier, aurait fait, courant 2014, l'objet d'un arrêt de prise en charge directe par la structure centrale de la Direction générale de sécurité intérieure (DGSI), qui gère les cas les plus lourds. Le dossier aurait été reversé à un échelon inférieur, une direction zonale, issue de la réforme du renseignement décidée après l'affaire Merah. «Et c'est peut-être là que la déperdition en informations s'est accentuée», spécule une source judiciaire.

En clair: non seulement le déclassement vers un échelon local témoignerait du manque de discernement des autorités, mais en plus, l'échelon local n'aurait même pas pris le relai correctement. Comme si la réforme du Renseignement à ce niveau était encore une coquille vide. Il est symptomatique d'ailleurs d'entendre les professionnels de l'antiterrorisme se plaindre régulièrement que le travail qu'effectuaient les ex-Renseignement généraux (RG) autrefois, dans les départements, n'est plus réalisé.

Des hommes considérés comme dangereux il y a plusieurs années

Quoi qu'il en soit, pour l'équipe Valls qui pensait exploiter à coups de commissions d'enquête les failles de l'affaire Merah, le dossier est épineux. Le gouvernement va devoir gérer l'explication de ce qui s'est passé ces jours-ci et qui vaudrait bien en soi une nouvelle commission d'enquête.

Si l'affaire du tueur de Toulouse, jamais condamné pour terrorisme avant qu'il ne commette l'horreur absolue, est une faille, que dire en effet des événements qui viennent de se produire? Voilà des individus qui, durant trois jours, ont mis le pays à feux et à sang, alors qu'ils étaient membres de réseaux connus, qu'ils avaient été poursuivis, condamnés, parfois à plusieurs reprises. Cela mérite pour le moins un éclaircissement.

Certains objecteront que les Kouachi étaient passés à travers une vraie sanction faute d'éléments à charge suffisants. Mais l'argument ne vaut pas pour les services de renseignement antiterroristes, qui considéraient ces hommes comme dangereux au moment de leurs garde à vue ou de leurs procès, il y encore quelques années. Les services auraient-ils perdu la mémoire?

Djamel Beghal, l'ami des Koulibaly et des Kouachi était l'homme qui voulait, dès 2001, faire sauter l'ambassade des États-Unis ou un centre culturel américain à Paris. Smaïn Ait Ali Belkacem, celui que ce quatuor et quelques autres voulaient aider à s'évader de la prison de Clairvaux en France en 2010, était le poseur de bombe de l'attentat de la station RER d'Orsay, à Paris, le 17 octobre 1995, qui fit trente blessés.

Les compagnons d'arme des frères Kouachi et autres Coulibaly sont autant de noms que tous les spécialistes des questions terroristes, journalistes, magistrats ou policiers connaissaient. Une simple recherche sur Google, un clic dans les archives de presse et tout remontait à la surface, avant même les drames qui viennent d'endeuiller la France. Le nom de Mohamed Merah, lui, n'aurait pas dit grand-chose à quiconque s'il avait été mis dans les moteurs de recherche d'Internet avant les tueries de mars 2012.

Les services savaient même que l'un des frères Kouachi s'était rendu en 2011 au Yemen, dans des camps d'entraînement. Ce n'est plus une faille, c'est un abysse. Mais que peuvent réellement les autorités face à des djihadistes chaque jour plus nombreux, qui comptent au moins 50 à 100 activistes susceptibles de passer à l'acte et un vivier de plus d'un millier d'exaltés imprévisibles? Ce n'est pas faire injure à l'appareil de sécurité, qui a su montrer sa capacité de réaction après les événements, que d'insister sur l'impérieuse nécessité de parfaire ses outils d'anticipation. Puisque le gouvernement lui-même explique que le péril est grand.

       

Hayat Boumeddiene serait en Turquie

Hayat Boumeddiene, la compagne du preneur d'otages de l'épicerie casher tué vendredi par la police, qui fait l'objet d'un mandat de recherche de la police, se trouve en Turquie "depuis un certain temps", a affirmé hier à l'AFP une source policière.

Recherchée pour son rôle présumé dans la fusillade perpétrée par son compagnon à Montrouge (Hauts-de-Seine) et une éventuelle aide à la prise d'otages près de la porte de Vincennes (est parisien), elle était très vraisemblablement déjà en Turquie au moment des faits, selon cette source, confirmant une information de RTL. Les enquêteurs cherchent à vérifier si elle est passée en Syrie.

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