N’est-il pas temps pour notre diplomatie de passer à une dynamique d’action ? - Le Temps Tunisie
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2019

Le sort des journalistes tunisiens en Libye

N’est-il pas temps pour notre diplomatie de passer à une dynamique d’action ?

Samedi 10 Janvier 2015
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Heureusement que l’information relative à l’exécution de nos deux journalistes, Sofiène Chourabi et Nadhir Guetari, est démentie. La frayeur et la désolation disparaissent pour faire, enfin, place à l’espoir. Mais, l’événement ne doit pas en rester là, il faut en tirer des enseignements et agir conséquemment. Jusqu’à quand on va rester dans une position passive et se contenter de réagir au coup par coup ? Notre diplomatie doit sortir de sa léthargie et s’inscrire dans une dynamique d’action. C’est à ce titre, lorsqu’elle devient agissante, qu’elle pourra préserver la souveraineté de l’Etat et la dignité de ses citoyens.
L’intégrité physique de nos ressortissants
Le respect des règles de bon voisinage entre Etats est une nécessité qu’aucun d’entre eux ne peut négliger s’il tient à sa sécurité et à devenir prospère. Des voisins entretiennent, nécessairement, des liens bien ancrés dans l’histoire et se partagent, donc, des intérêts, ce qui veut dire que la stabilité et la prospérité de l’un dépendent de celles de l’autre. Il en découle que la non observation de ces règles entraîne des ennuis pour tous les partenaires dont le destin politique, économique et sécuritaire est déjà scellé bon gré mal gré. Malheureusement, notre voisin du sud ne semble pas assimiler ces lois basiques des relations diplomatiques. Il est vrai que l’Etat y est démantelé, qu’il est livré à la merci des groupes armés, qui le déchiquètent à volonté, et que la Tunisie n’a pas de vis-à-vis officiel, doté de pouvoirs réels, avec qui elle peut dialoguer. Mais, cela n’empêche qu’elle doit agir, dans ce contexte défavorable, pour défendre et sa sécurité territoriale et l’intégrité physique de ses ressortissants. Il faut rappeler que l’on n’en est pas à la première atteinte à celle-ci de la part des milices islamiques. Il y a quelques mois, deux de nos diplomates ont fait l’objet du même traitement que Sofiène Chourabi et Nadhir Guetari. A cette époque-là, nos autorités ont bronché et bien su négocier la situation, bien que sur le tard et à la suite de la pression exercée par la société civile et politique, ce qui a permis la libération des kidnappés. Cette fois-ci aussi elles ne dérogent pas à la règle, puisqu’elles ne réagissent qu’après l’aggravation de la situation, et les cellules de crise du gouvernement et du Ministère des Affaires étrangères n’apportent pas grand-chose au dossier. C’est trop tard et trop peu.
Une force de dissuasion
En dehors de ces enlèvements, qui deviennent coutumiers, nos autres ressortissants, résidant en Libye, ne sont pas non plus épargnés que ce soit par les milices armées ou bien par les gangs. En effet, ces compatriotes subissent de la maltraitance de manière systématique de la part de ces derniers et même, parfois, de la part de simples citoyens libyens. Les Tunisiens, qui s’attèlent à participer à la restructuration de ce pays à leurs risques et périls, sont aussi maltraités, pendant que des milliers de Libyens bénéficient de la protection, de l’hospitalité et même de privilèges que les Tunisiens n’ont pas. Ils jouissent des mêmes droits que ces derniers sans avoir d’obligations, puisqu’ils consomment les produits compensés et ne payent rien en retour, cela sans parler du droit de propriété qui leur est accordé. Ils vivent, chez nous, beaucoup mieux que nous. A eux la belle vie et à nous la misère. Leur présence sur notre territoire nous est préjudiciable à plus d’un titre, et nos étudiants, qui sont obligés de louer des garages pour y loger en raison de la cherté du logement imposé par les Libyens, en savent quelque chose. En politique, les intérêts nationaux doivent prendre le dessus sur les amitiés d’autant plus lorsque celles-ci ne sont pas observées de part et d’autre. En aucun cas et sous aucun prétexte, la souveraineté nationale ne doit être écornée. Alors, pour la sauvegarder, qu’est-ce qu’on attend pour appliquer le principe diplomatique de réciprocité, le principe de base de la diplomatie ? La Tunisie constitue la seule issue pour la Libye tant au niveau terrestre qu’au niveau aérien, c’est-à-dire qu’elle est vitale pour cette dernière. Nous disposons d’une force de dissuasion qui nous permet de ramener à la raison ces hors-la-loi libyens. Ils doivent comprendre qu’ils ne peuvent pas se passer de nous, que leur existence dépend largement de nous et apprendre à nous respecter. Le Algériens et les Egyptiens n’ont-ils pas raison de leur fermer les frontières au nez ?         

Faouzi KSIBI

Selon une source gouvernementale libyenne : Les deux otages ne sont pas détenus par Daech

 

La nouvelle est tombée hier faisant un état de choc en Tunisie : l’Etat Islamique en Libye (Daech), a annoncé l’exécution de Sofiene Chourabi et de Nadhir Guetari, capturés en Lybie depuis le 8 septembre 2014.
C’est sur le site de l’organisation terroriste qu’on a trouvé l’information. Des photos de Sofiene et de Nadhir ont accompagné un texte qui disait que ‘la volonté de Dieu a été exercée sur les deux ennemis de sa religion’. Une multitude de médias nationaux et internationaux ont propagé l’information instantanément en indiquant que ni les autorités libyennes ni les institutions tunisiennes officielles ne disposaient d’une confirmation tangible de la mort des deux journalistes. Quelques heures plus tard, la page Facebook de la branche Libyenne de Daech a publié un communiqué qui confirmait l’information en indiquant que les forces du colonel Haftar étaient derrière l’exécution pour ‘déformer encore plus l’image de l’Etat Islamique’.
Pendant plus de deux heures, les confirmations et les démentis ont plu de partout. Poussés par une faible lueur d’espoir et une rage refoulée, les journalistes se sont rassemblés, spontanément, devant le siège du Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT). Pendant que le comité directif du syndicat se réunissait, une ambiance de deuil annoncé dominait en dehors du siège, là où les journalistes étaient présents par dizaines, accompagnés par quelques militants, artistes et figures politiques.
Vers les coups de 20 heures, le président du SNJT, Néji Bghouri, a donné un point de presse pour dire que la mort présumée des deux journalistes n’était pas confirmée. Il a expliqué que tous les médias étaient partis du site de l’organisme terroriste qui n’avait aucune crédibilité en ajoutant que l’AFP a appelé le syndicat pour avoir plus d’informations. Par ailleurs, Néji Bghouri a indiqué que cette information était en relation avec le massacre de Charlie Hebdo et qu’il était en contact avec des sources officielles et non-officielles en Libye qui lui ont démenti l’information.
De son côté, la cellule de crise chargée du suivi de la situation Libyenne a annoncé la tenue d’une réunion où des représentants du ministère de l’Intérieur et du ministère des Affaires Etrangères travailleront pour dévoiler la vérité sur cette exécution.
Nous avons pu contacter une source officielle au gouvernement Libyen, qui nous a priés de bien vouloir garder son anonymat. Invité à s’exprimer sur l’exécution de Sofiene et de Nadhir, monsieur A nous a assuré que cela n’était qu’une intox et que les deux journalistes étaient sains et saufs. Selon ses dires, plusieurs représentants du gouvernement seraient en contact avec le groupe qui détient les otages. Ce groupe ne serait pas Daech mais ‘des dirigeants d’une tribu se trouvant au nord de la Libye’ selon monsieur A qui affirme, aussi, que le communiqué de Daech n’est qu’une tentative de déformer l’image du gouvernement Libyen à l’international. A notre question sur l’absence de toute pièce prouvant que nos deux confrères sont encore en vie, le responsable libyen nous a confié qu’une vidéo ou un enregistrement vocal seront bientôt mis en ligne pour nous rassurer sur la véracité de ses propos. Afin de mettre fin à la communication, monsieur A a tenu à présenter ses excuses au nom du peuple Libyen pour cette guerre de nerfs en expliquant que la Tunisie et la Libye devront rester solidaires dans leur lutte contre le terrorisme.
Des données rassurantes même si le poids de l’incertitude est de plus en plus insupportable. Hier on a vu une intervention de la mère de Sofiene qui criait ‘je sens que mon fils est en vie !’…
L’attente est interminable entre les pessimistes qui crient au drame et les optimistes qui s’accrochent et qui attendent à ce qu’une preuve plus authentique soit présentée par n’importe quelle source, officielle ou non.
Entre temps, la campagne de soutien à S. Chourabi et N. Guetari, initiée par le SNJT, continue dans le but de mettre la pression sur le gouvernement afin qu’il œuvre pour la libération de nos confrères.
Les journalistes ont toujours été la cible favorite de tous les fondamentalistes qui voient en la liberté d’expression un danger pour eux. Leur extermination est leur fantasme suprême, c’est pour cela que nous soutiendrons tout journaliste qui combat pour son droit de parole libre.

Salma BOURAOUI

Rassemblement de solidarité à l’Avenue Bourguiba

 

Un rassemblement de solidarité  avec les journalistes tunisiens Sofiène Chourabi et Nadhir Ktari s’est tenu, hier, en milieu de journée, sur  l’avenue Habib Bourguiba, en centre-ville de Tunis,  à l’initiative du Syndicat national des journalistes tunisiens, de certaines composantes de la société civile et de partis politiques.
Des informations contradictoires, laissant parfois craindre le pire, sur le sort des deux journalistes retenus en otages depuis plus de quatre mois par des groupes terroristes dans l’est de la Libye.
Au cours de ce sit-in marqué par la présence des familles des deux otages, les participants ont crié des slogans stigmatisant le terrorisme et réclamant la remise en liberté des captifs. Des revendications en faveur de la protection de la liberté d’expression et de presse et pour la primauté du droit à la vie ont été, également, scandées.
Ont été levées, au cours de ce même rassemblement, plusieurs banderoles exprimant une ferme condamnation de l’effroyable carnage terroriste qui avait décimé la veille l’équipe de la rédaction de l’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo.