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En attendant la tenue du Congrès national

Quel avenir pour Nida Tounes sans son Caïd ?

Mercredi 7 Janvier 2015
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Quel avenir pour Nida Tounes sans son Caïd ?

A son ascension à la magistrature suprême, Béji Caïd Essebsi a présenté sa démission de Nidaa Tounes laissant la présidence par intérim à Mohamed Ennaceur, président de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP). Le mouvement avait annoncé quelques jours avant cette manœuvre que son congrès se tiendra en juin 2015. Les membres de Nidaa Tounes pourront voter leur nouveau président.

Etant le parti majoritaire aux élections législatives, le chef de l’Etat a chargé le bloc parlementaire de Nidaa Tounes de désigner le chef de la future équipe gouvernementale. Habib Essid aurait fait l’unanimité au sein du bloc parlementaire qui s’était réuni à l’occasion à la ville de Hammamet, pourtant, quelques heures avant cette désignation, l’évocation de son nom avait provoqué la colère de certains, comme Khmaies Kssila qui avait assuré qu’Essid n’était pas du tout envisageable pour ce poste et que «tous ceux qui prétendent qu’il est candidat veulent nuire au Nidaa». Il a ajouté «qu’il irait jusqu’à accuser une partie au sein du mouvement de vouloir nuire au bloc parlementaire». Quelques heures après l’officialisation de la nomination d’Essid, toutes ces déclarations avaient viré, mais les tensions ne s’étaient pas pour autant apaisées. Plusieurs membres au sein du bloc parlementaire défendaient la nomination de Taïeb Baccouche à la présidence du gouvernement.

A ce désaccord, s’ajoute la problématique des postes ministériels; BCE avait décidé, lors de la mise en place des listes législatives, que les députés n’auront pas le droit de postuler à des portefeuilles au gouvernement. Après la validation de cette résolution, quelques députés semblent revenir sur leur décision ; Saïd Aïdi, Khmaies Kssila ou encore Lazhar Akremi se voient bien aujourd’hui à la tête de quelques ministères.

L’adhésion de Hafedh Caïd Essebsi, fils de BCE, au comité constitutif du mouvement, alors qu’il ne fait pas partie des onze personnalités ayant fondé le parti en 2012, a accentué les désaccords au sein du parti.

Sur les pas du CPR ?

Lors des élections de 2011, le Congrès Pour la République (CPR), a connu plusieurs tremblements au sein de ses rangs. Quelques-uns de ses leaders, comme Abderraouf Ayadi ou encore Mohamed Abbou, n’ont pas résisté aux changements imposés par l’accès au pouvoir et ont quitté le CPR en lançant leurs propres partis, d’autres ont quitté le CPR pour rejoindre d’autres partis, comme Abdelazziz Kotti qui a rejoint Nidaa Tounes.

Moncef Marzouki s’est éloigné du CPR quand il est entré au palais de Carthage, aujourd’hui qu’il en ressort, il s’est retrouvé sans base électorale qui lui soit propre, chose qui l’a poussé à annoncer le lancement d’une nouvelle initiative politique.

Pour Nidaa Tounes, les tensions, qui s’accumulent depuis un bon moment, risquent d’imploser, surtout avec l’approche de la date du premier congrès national du parti. Un congrès qui a été reporté à maintes reprises quand BCE était à la tête du parti, ce qui avait fait réagir, à l’époque, plusieurs partis qui étaient même allés jusqu’à accuser les dirigeants du parti de dictateurs.

Contrairement à Nidaa Tounes et au CPR, Ennahdha avait épargné son chef du pouvoir et l’a gardé à sa présidence. Durant trois ans de pouvoir, Rached Ghannouchi avait assuré la supervision de son bloc parlementaire et de son équipe ministérielle garantissant ainsi la continuité de l’unité du mouvement, du moins, avant la démission de Hamadi Jebali.

Fin de mission

La fondation de Nidaa Tounes avait pour source fondamentale l’échec de la politique de la Troïka. Le mouvement avait rassemblé tous les courants politiques en visant l’union nationale. Une composition hétérogène certes mais une équipe ayant un but commun : tourner la page de la Troïka.

En moins de deux ans, Nidaa Tounes a atteint ses objectifs à l’aide d’une base électorale qui partageait le même but suprême que lui. Reste cependant des élections primordiales; les municipales qui seront décisives pour la ‘démocratie de proximité’ et qui sont prévues pour mars 2015.

Les membres de Nidaa Tounes devraient trouver un terrain d’entente et collaborer avec leur président en intérim en attendant la tenue de leur congrès national afin qu’ils puissent poser les nouvelles structures de leur mouvement.

Salma BOURAOUI