Fadhel Sassi, le «martyr du pain» - Le Temps Tunisie
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Le 3 janvier, il reçut une balle en plein cœur

Fadhel Sassi, le «martyr du pain»

Samedi 3 Janvier 2015
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Aujourd’hui, c’est le trente-et-une année anniversaire de l’assassinat du martyr Fadhel Sassi qui fut exécuté par l’appareil policier répressif de Bourguiba, le 3 janvier 1984, pendant les émeutes du pain. Il reçut une balle en plein cœur et tomba agonisant à l’avenue de Paris, au niveau de l’hôtel International et l’entrée du centre commercial « Le Colisée », en plein centre ville de Tunis. Et c’était une jeune manifestante qui recueillit ses dernières paroles, ses derniers regards et son dernier soupir, et qui annonça la mauvaise nouvelle à sa famille.  
Le diktat du FMI
Le mouvement protestataire s’est déclenché à la ville de Douz, le 27 décembre 1983, à la suite de l’augmentation des prix du pain et des produits céréaliers comme la semoule, l’ingrédient essentiel à la fabrication des pâtes alimentaires telles que le couscous, très fréquemment consommé, essentiellement par les habitants du sud où il constitue un plat quotidien. Cette vague inédite de protestations, qui a déferlé dans les rues des principales villes du sud, a fini par embraser tout le pays. Et c’était le 3 janvier de la nouvelle année qu’elle a atteint la capitale et sa banlieue, et elle s’est poursuivie jusqu’au 6 en dépit de l’état d’urgence et le couvre-feu décrétés. En fait, cette décision prise par le gouvernement était dictée par le Fonds monétaire international qui voulait « stabiliser l’économie nationale ». La situation ne s’est calmée qu’après la déclaration télévisée du président Bourguiba où il s’exprima en ces termes : « Toutes les augmentations sont annulées. Que Dieu bénisse le peuple tunisien ». Mais à quel prix ? On comptait plusieurs centaines de blessés et plusieurs dizaines de morts parmi lesquels notre martyr, Fadhel Sassi.
Un militant modèle
Il était professeur de langue et de littératures arabes qui enseignait au lycée de Téboursouk où ses anciens élèves, qui ne gardent de lui que de très beaux souvenirs, lui portent une profonde estime, et il est de même de ceux du lycée libre « Ennajda », sis à l’avenue de Madrid à Tunis, où il a également enseigné. Il manquait à la maîtrise de cet étudiant très brillant, qui nous a légué de très beaux poèmes, un certificat qu’a refusé de lui accorder un enseignant, proche du parti au pouvoir, qui lui vouait une grande rancune à cause de son engagement politique. Ce militant hors pair, qui a hérité les gènes du militantisme de son père, le syndicaliste avéré, « Am Salah », décédé l’année dernière, avant d’en apprendre et d’en assimiler les principes et valeurs dans la vie de tous les jours, était un patriote démocrate, respecté aussi bien par ses partisans que par ses adversaires politiques grâce à son caractère bienveillant, sa complaisance et sa générosité. L’arme dont il usait pour persuader ses interlocuteurs du bien fondé des idées qu’il défendait, c’était la parole argumentée. Son engagement était sans faille, et il n’épargnait aucun effort pour faire triompher ses conceptions politiques et la gauche à laquelle il était, inconditionnellement, dévoué. Pour occulter cette appartenance idéologique notoire, l’ex Premier ministre, Mohamed Mzali, a prétendu, dans l’émission 7/7 d’« Antenne 2 » (l’actuelle « France 2 »), que Fadhel Sassi était un intégriste religieux. Ce n’était queparce qu’il était mal informé sur son identité politique, car on sait très bien que tous les opposants étaient fichés par le régime, en plus du fait qu’il était identifié par les médias. Mais, il s’agissait d’une erreur délibérée au moyen de laquelle il voulait occulter le caractère social de ces protestations qui ne sont pas la tasse de thé des islamistes qui, eux, préfèrent les questions identitaires, comme ils nous l’ont démontré lors de leur exercice du pouvoir. Ainsi, en rangeant Fadhel Sassi parmi ces derniers, il voulait le qualifier de fauteur de troubles dont le projet visait, tout simplement, la déstabilisation du régime. C’est grâce aux grands sacrifices consentis par ce martyr ainsi que tous ceux qui l’ont précédé et tous ceux qui l’ont suivi que la Tunisie d’aujourd’hui a pu réaliser l’une des plus belles révolutions de l’histoire contemporaine. Espérons que leur sang versé par cette procession de martyrs pour la patrie ne coulera plus jamais, qu’il ne sera pas vain et qu’il apportera les fruits souhaités et attendus, à savoir l’égalité, la liberté, la dignité et la prospérité pour tous les Tunisiens…

Faouzi KSIBI