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Mémoire du temps présent

Mémoire du temps présent: Enjeux politique autour des Archives nationales.. Une arme redoutable !

Dimanche 28 Décembre 2014
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Mémoire du temps présent: Enjeux politique autour des Archives nationales.. Une arme redoutable !

Par Khaled Guezmir

Il fut un temps où les Archives nationales, étaient à « Dar El Bey », à la Kasbah,  occupant un pavillon du Premier ministère actuel, juste en face de l’Hôpital Aziza Othmana.

Le locataire des lieux n’était autre que  ce grand commis de l’Etat et conservateur  zélé de la mémoire nationale, feu mon ami Si Moncef Dellagi. Je me rappelle  de ces moments d’intense recueillement au toucher d’un document portant signature d’un Bey souverain ! L’ambiance à la salle de consultation avec cette table monumentale en bois massif était digne de la grande mosquée  Ezzitouna. Pas une voix, pas un chuchotement, le rite d’approche et de contact avec cette documentation quasi « sacrée » était d’une solennité sans pareille.

Parmi les amis pratiquement sédentaires du matin au soir dans ces lieux où chaque ligne, chaque photo  et chaque phrase avaient une signification particulière dans la lecture et l’écriture de notre histoire, je citerai MM. Abdeljelil Temimi (spécialiste de l’empire ottoman), Taoufik Bachrouch (17ème siècle), Mohamed El Hédi Cherif (18ème-19ème siècles) feu Béchir Tlili (19ème-20èmes siècles et j’en oublie bien d’autres tous professeurs  émérites et chercheurs de grand talent.

C’est dire l’amour et aussi la peur qui nous habitaient tous, de la perte d’un document  authentique et unique ou la détérioration de correspondances importantes sur des personnages  de premier plan qui ont marqué l’Histoire de notre pays comme le grand vizir  Kheïreddine Bacha, Ali Ben Ghedhahom, Béchir Sfar, Ali Bach Hamba et les Beys de Tunis, depuis Hussein  Ben Ali, jusqu’à Mohamed Lamine destitué le 25 juillet 1957, à l’avènement de la République.

L’Etat national moderne a conservé cette tradition consolidée par l’apport de très bons documentalistes professionnels et un des grands rêves de générations successives d’historiens depuis les précurseurs Sidi Othman El Kaâk, Ahmed Abdessalem et Hassen Hosni Abdelwaheb, a été réalisé  par la construction et de la bibliothèque nationale, et des archives nationales, deux tourelles magiques sur la colline  d’Ettaoufik, juste derrière la Cour de cassation. Il faut reconnaître que même Ben Ali y a contribué parce qu’il était un homme d’ordre malgré tout ce qu’on peut lui reprocher sévèrement.

Puis vint la Révolution salvatrice de 2010-2011, qui devait redonner à l’Etat sa suprématie, au nom de la loi en faisant  que nous, citoyens, sommes redevenus à nouveau propriétaires de notre pays.

Mais le cours de l’Histoire en a valu  autrement ! C’est l’oligarchie de la Troïka  qui a pris possession de notre passé, présent et devenir, en  instituant un régime d’Assemblée au lendemain des élections du 23 octobre 2011, avec une majorité hégémonique et écrasante qui avait pratiquement la latitude de légiférer  ce qu’elle voulait sans contrôle ni garde-fou. On a vécu la mort dans l’âme en observateurs impuissants, le changement de vocation de l’ANC, qui devait écrire une constitution en moins d’un an, vers un « Parlement » qui a fait la pluie et le beau temps pendant plus de trois ans ! Mais, comme ce pays est protégé par ses saints, le salut est venu du « peuple » du Bardo qui a campé  de jour et de nuit par dizaine de milliers de citoyens et qui ont dit : « Basta », ça suffit, « rendez-nous notre pays, notre Etat… notre Révolution » !

Puis, le Dialogue national  a pris les choses en main, aidé, il faut le dire, par un grand sens de la responsabilité des acteurs politiques majeurs.

Mais, car il y avait un « mais », les revanchards et tous ceux qui en veulent à l’Etat bâtisseur moderne, de Bourguiba, ont confectionné une loi sur mesure pour Madame « Ben Sédrine » pour devenir un Etat dans l’Etat au nom de la justice transitionnelle.

La voilà intronisée par une loi constitutionnelle adoptée dans la même précipitation que celle qui a prévalu aujourd’hui, pour le déplacement des archives de la Présidence de la République, première grande « magistrate » de fait pour remuer ciel et terre à la recherche aussi bien des « victimes »  que des « bourreaux »  pour purifier nos âmes et nos consciences et celles des plus grands libérateurs et bâtisseurs de ce pays depuis 1955 !

Madame Ben Sédrine est non seulement très pressée de le faire mais elle a un appétit sans pareil pour la victimisation  d’une partie de la société et la culpabilisation des instances dirigeantes  depuis Bourguiba jusqu’à… Marzouki et bien entendu, Béji Caïd Essebsi.

Mais, encore une fois, les saints glorieux de la Tunisie ont déjoué tous ces plans, au nom justement de la loi qui l’a portée à la présidence de l’Instance « Vérité et dignité ».

L’article 40 de la loi dit expressement que l’Instance et ses représentants ont le droit « d’accéder aux archives » (en arabe : Annafadh »… et non « attamalouk ou « Al istahwaadh ») et non pas en prendre possession.

Voilà qui change tout et le doyen émérite Sadok Belaïd l’a expliqué en long et en large avant-hier à « Nesma ». Conséquence fatale et impérative pour Madame la « Présidente » Ben Sedrine, tout ce qu’elle a fait  avec ses camions semi-remorques devant le palais de Carthage, peut être jugé illégal, nul et non avenu, parce qu’elle a seulement le droit d’accéder aux archives au cas par cas,  selon les affaires qui seront traitées dans le cadre de la justice transitionnelle, et non de prendre possession de ces archives sans parler de leur sécurité,  de leur classement et de leur protection même au niveau climatique et du micro-climat.

Mon Dieu ! Qu’aurait  dit mon ami le défunt Moncef Dellagi le grand conservateur des Archives, au vu de cette situation !

Connaissant son humour, il aurait peut être insinué que les Archives nationales sont traitées  aujourd’hui comme les légumes du marché de gros de Naâssane.

Il ne reste qu’à les déplacer là-bas… ils seront certainement bien mieux conservé par nos braves « khaddharas » que par ceux qui veulent, peut être en faire une épée de Damoclès !Mon mot de la fin. Un grand bravo à notre police et sécurité présidentielle et ses cadres,  pour la leçon magistrale qu’ils ont donnée à bien du monde, sur l’honneur de l’Etat et sa pérennité.

Nous sommes si fiers de vous !...

K.G

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