Taïeb Baccouche et Abdelkerim Zebidi sur l’échiquier du Président - Le Temps Tunisie
Tunis Vendredi 14 Décembre 2018

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La formation du gouvernement attise les convoitises

Taïeb Baccouche et Abdelkerim Zebidi sur l’échiquier du Président

Vendredi 26 Décembre 2014
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• Lazhar Karoui Chebbi, à la tête de Nida • Kamel Jendoubi, à la réforme administrative ou des Droits de l’Homme, un ministère déjà contesté…
Taïeb Baccouche et Abdelkerim Zebidi sur l’échiquier du Président

Les spéculations vont bon train à propos de la composition du premier gouvernement de la deuxième République. Déjà pour le premier portefeuille, celui du 1er ministre, les langues se sont depuis bien longtemps déliées pour nous avancer des noms, tirés de « bonne source ». Cette bonne source a tout le loisir pour distiller des confidences tant que la liste niche est encore dans la tête de Béji Caïd Essebsi. D’ailleurs, il ne faut pas se faire des illusions. Fort du score qu’il a eu, Béji Caïd Essebsi, doit s’attendre à devenir, bon gré malgré, le véritable métronome de l’Exécutif et sa tête pensante. Le centre de gravité du régime en cours de mise en place, ne sera certainement pas La Kasbah, comme le stipule le prononcé de la Constitution, mais le tri millénaire, Carthage. Les observateurs et autres dirigeants de partis politiques, savent très bien, qu’avec  ou sans la tentation hégémonique, le prétendu « Taghawel », utilisé à tort et à travers le lendemain du 1er tour, c’est BCE qui tient le gouvernail de l’embarcation, misant sur son charisme, le respect que lui vouent ses « Navigateurs » et l’intérêt que peuvent y trouver les autres partis et partenaires politiques. La substance magique, nommée consensus, maniable à merci, à l’image de ce qui s’est passé au sein du Dialogue national, ou lors de la raucombolesque expérience d’Ennahdha dans sa tentative de neutraliser au maximum ses adversaires lors des législatives par la proposition du président consensuel. A l’époque toute la campagne précédant le rendez-vous du 26 octobre dernier était tellement molle et insipide, qu’on n’y a vu aucun débat de fond. Seul le peuple a fait le bilan de la Troïka au moment du vote. Les leaders des partis politiques, à l’exception de Nida Tounès, avaient mordu à l’hameçon et évité toute critique au parti de Rached Ghannouchi (R.G). Ce tour de magie qui a cloué le bec aux partis dont les patrons se voyaient déjà à Carthage, comme Mustapha Ben Jaâfar, Ahmed Néjib Chebbi, Moncef Marzouki… et qui s’étaient retrouvés sur le pavé, grands  perdants des législatives, pourrait fort bien être  utilisé par BCE, un autre magicien du verbe et tacticien hors pair des alliances, à côté de R.G. Le pays et les Tunisiens vivent réellement dans un flou inextricable qui perdure depuis des années, sauf les deux Cheikh. Pour eux, la partie ne fait que commencer.

Sagesse de l’âge et dividendes de l’expérience

Les frémissements, bruits et chuchotements, répandus et sortis des Berges du Lac, sont comparables à des messages à décoder et des ballons d’essais à faire durer pour connaître la direction du vent, une sorte de météo politique, versatile et imprévisible. Toutefois, il faut bien tenir le bout du fil pour décrypter les signaux lancés de la boîte noire de Nida. Qui est dans le secret des Dieux, pour tout savoir ? Faute de moyens pour percer la boîte, une analyse plus ou moins profonde permettra de deviner approximativement les contours du prochain gouvernement. La réunion d’hier, à Gammarth, aurait scellé les décisions déjà arrêtées par le 1er président de la deuxième République. Ainsi, après son départ annoncé, Constitution oblige, c’est Lazhar Karoui Chebbi, ex-bâtonnier et ex-ministre de la Justice, le lendemain de la Révolution qui est le seul qualifié pour succéder à BCE à la tête du parti. Fort de la sagesse que lui confère son âge avancé, il n’aura pas du mal à fédérer les différents courants de son parti, et éviter les contrecoups de l’exercice du pouvoir, supposé durer cinq années. Reste le cas de Taïeb Baccouche. Il est destiné à jouer, avec ceux qui partagent sa sensibilité démocrate, sociale et syndicale un grand rôle lors de la prochaine étape. C’est lui qui monopolisait les apparitions publiques au sujet des alliances à faire pour composer un Gouvernement disposant d’une majorité sûre, sans Ennahdha. Cette hypothèse est contestée par nombreux observateurs proches d’Ennahdha qui le trouvent un peu trop « éradicateur » vis-à-vis d’Ennahdha, en général et sa frange radicale en particulier. Une exigence difficile à avaler par Ghannouchi, se considérant le seul habilité à véhiculer un visage modéré et tunisien de son parti exempt de tout double langage. Or, personne parmi les leaders de l’ex-opposition démocratique et particulièrement, Taïeb Baccouche ne prennent au sérieux les propos de Ghannouchi, qui peuvent diverger de contenu d’un auditoire à l’autre. Ainsi, sur les ondes d’Oasis FM, il a déclaré que BCE est un des symboles de l’ancien régime, alors que sur les colonnes du journal algérien « Al Khaber », il déclarait sur un autre ton et une autre version que tous ceux qui confondent Nida Tounès au RCD, se trompent et qu’il va réagir positivement à toute proposition de participation au pouvoir qui viendrait de ce parti, appelé, constitutionnellement à former le prochain gouvernement. Il est de notoriété publique qu’entre ces deux partis, il y a une distance bien claire et de niveau de hiérarchie dans la négociation et la prise de décision. Les bases d’Ennahdha cultivent une haine viscérale pour BCE et son parti, longtemps traités comme un ramassis d’opportunistes de gauche, syndicalistes et indépendants recyclant les Rcdistes. Cette étiquette n’est pas facile, ni à enlever, et encore moins  à faire oublier à des citoyens qui privilégient le côté émotionnel au pragmatisme. Il est vrai que les cadres intermédiaires  des deux partis communiquent et travaillent ensemble en parfaite symbiose, à l’image de la journée du vote pour la présidence et la vice présidence de l’Assemblée des représentants du peuple partagées entre Mohamed Ennaceur et Cheikh Abdelfattah Mourou, bien aimé des Tunisiens. Toutefois, la grogne de Hamadi Jebali et son entourage, contre une éventuelle collaboration entre son ex-parti et celui des « ex-Rcdistes », ne peut laisser de marbre leur Cheikh R.G. Donc, logiquement l’appui de la Nahdha, n’est plus recherché par les stratèges de Nida, surtout après le vote massif des militants et sympathisants de ce parti contre BCE. Il ne reste à Nida qu’à continuer à négocier avec ses partenaires qui avaient soutenu bec et ongles BCE. Avec ces partis politiques, l’éventuelle désignation de Taïeb Baccouche ne suscite aucune opposition. 

Pas de compromis avec Ennahdha

Par ailleurs, Nida a été choisi pour diriger et former le prochain gouvernement. Il ne peut sous-traiter cette opération à un indépendant, il se ridiculiserait auprès de ses électeurs. De même un gouvernement d’unité nationale, ne peut passer comme une lettre à la poste. Donc, du moins durant les deux prochaines années, la musique du 1er ministre, indépendant ou démocrate, ne pourrait envoûter ni emballer les électeurs de Nida. Ce refus est encore plus grand où sous couvert de lutte contre le terrorisme on placera à la tête de certains ministères des figures nahdhaouies, alors que le peuple les avait  reléguées à la deuxième place, pour servir de contre-pouvoir de taille à la prochaine majorité. Globalement beaucoup d’indices, faute d’information crédible, tout plaide pour le retour de Taïeb Baccouche à la Kasbah comme chef, alors qu’il y était comme porte-parole, dans le gouvernement de BCE  qui avait conduit, la première étape de la transition. On parle aussi de Abdelkerim Zbidi, mais les caciques de Nida s’en sentiraient trahis. La composition du prochain gouvernement est encore plus difficile à connaître. Mais, dores et déjà, on parle d’un ministère des droits de l’Homme, une anomalie, pour un ancien président de l’Institut Arabe des droits de l’Homme, Taïeb Baccouche qui sait très bien que l’Etat quelle que soit la majorité qui le dirige, n’a pas à être juge et partie dans les affaires des Droits de l’Homme. D’ailleurs, ce ministère créé sous Ben Ali, n’a jamais réellement fonctionné pour la défense des droits humains, mais pour blanchir le pouvoir. Pour le principe, ceux qui disaient lors de la création de  ce ministère dirigé par Samir Dilou, ne doivent pas l’accepter aujourd’hui, même si BCE y placerait l’ancien président de l’ISIE, Kamel Jendoubi. Il sera plus utile à la tête du portefeuille de la réforme administrative puisqu’il croit beaucoup en la réforme de l’Etat. En tous les cas, les derniers ‘‘fuitages’’ accréditent la thèse que Nida se limitera à cinq ministères. Lesquels ? Pas difficile de le deviner.

Hassine BOUAZRA