Les dés seraient-ils jetés? - Le Temps Tunisie
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Les dés seraient-ils jetés?

Jeudi 18 Décembre 2014
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Les derniers frémissements de la campagne électorale pour le 2ème tour de la présidentielle, ne manquent pas de saveur. L’intensité augmente chaque jour. Les stratèges des deux camps ne manquent pas d’imagination et s’évertuent à faire gagner leurs héros respectifs par tous les moyens possibles. Au stade où sont les choses, tous les coups sont permis. Un des derniers est la publication d’une photo de famille de Mahmoud Baroudi dans laquelle, il posait en compagnie de son épouse et sa famille avec Marzouki. Tout le monde sait que Mahmoud Baroudi, fait partie de l’équipe de campagne de Béji Caïd Essebsi (BCE). Pourquoi avoir inclu et instrumentalise l’épouse et la fille Baroudi, dans les différends politiques qui séparent les deux hommes ? Les déclarations fusent d’un côté comme de l’autre. Chacun veut faire croire que la victoire est de son côté. Mohamed Abbou, dont le parti est l’un des rares rescapés des anciens Cpéristes au sein de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP), n’a pas hésité à déclarer, en substance que son « poulain » Mohamed Moncef Marzouki (MMM) est le candidat qui a le plus de chances de remporter la victoire, dimanche prochain tout en étant le candidat qui a commis le moins d’erreurs lors de la campagne. Est-ce vraiment le cas ? Les urnes répondront, très prochainement, dans, seulement trois courtes journées. Riadh Chaïbni, transfuge d’Ennahdha et leader du parti Al-Bina Al Watani, catalogué plus à droite que son propre parti d’origine, a réitéré son soutien indéfectible à MMM. C’est l’un des premiers partis, s’affichant islamistes, à avoir annoncé son appui à MMM, plusieurs semaines avant les élections. L’ancien secrétaire général d’Ennahdha, Hamadi Jebali, opposé à tout consensus avec Nida Tounès, n’a pas trouvé de meilleurs propos pour exprimer son appui à MMM que de dire qu’il n’avalisera jamais le fait qu’Ennahdha se place sous l’autorité de Nida Tounès, dans un prochain gouvernement. Des démissions sont annoncées au sein d’Al-Joumhouri, touchant des dirigeants de haut rang, après que ce parti ait opté pour une forme de neutralité vis-à-vis des deux candidats restés en lice. Les démissionnaires réclament un soutien franc à BCE. Du côté de la Jabha, Ahmed Seddik avait déclaré que son conglomérat de partis fera tout son possible pour assurer l’échec de MMM, en précisant que le locataire actuel du palais de Carthage « avait vendu les valeurs et l’honneur des droits de l’Homme, lorsqu’il avait extradé Al-Baghdadi Al-Mahmoudi et livré au gouvernement libyen post-révolution », en dépit des risques encourus pour sa santé et sa vie. Par ailleurs, la Jabha a, encore une fois, reporté la réunion de sa seule structure de décision, le Conseil des secrétaires généraux, une réunion où une consigne de vote doit être arrêtée et annoncée pour environ 120 mille électeurs qui avaient voté pour elle, aux législatives. Quel comportement aurait l’électeur le jour J ? Les Tunisiens seraient-ils nombreux à aller aux urnes, dimanche ? Un véritable bouillonnement a commencé depuis des semaines. La marmite serait en état de nous livrer, le plat bien cuit, qu’on nous mijote entre-temps, mais à feux vifs. 

Manque de civisme politique

Tout porte à croire que nous avons à regarder un spectacle qui est loin d’être rassurant. Les derniers frémissements de la campagne ont un goût amer, pour de nombreux citoyens. Houda Chérif, activiste dans la société civile, ne mâche pas ses mots. Elle déclare au Temps : « C’est triste. Nous sommes arrivés à un stade de division qu’on aurait dû éviter. Nous aurions pu faire une meilleure campagne, avec un peu plus de civisme politique, chose dont nous avions vraiment besoin. Le Tunisien n’a jamais vécu une démocratie et par conséquent, il ne sait pas ce qu’est une vraie campagne. Dans une démocratie en devenir, la Tunisie à besoin, pour sa stabilité de moins de tiraillements et de combats style béliomachie, entre équipes adverses de cette campagne électorale. Nous observons sur le terrain, plusieurs « champs » de campagne qui auraient dû être des espaces de « festivités » de campagne. Nous aurions dû être tous heureux, acceptant nos différences, par une campagne qui marque nos diversités tout en appuyant une certaine unité nationale. Dommage, rien de tout cela n’a été vécu. Nous n’avons eu droit qu’à des appels à la haine et à la vengeance. Je sens que le Tunisien n’est pas prêt à pardonner. La réconciliation avec le passé, n’a encore pas eu lieu et ce, au point que le non pardon est devenu plus fort et plus grand que l’amour de la Patrie. Certains acteurs de la campagne n’ont fait que raviver les anciennes rancœurs et remuer les plaies encore ouvertes ».  Pour notre activiste, il faut, d’abord accorder la priorité au pays et ensuite se mettre dans la tête qu’il y aura, nécessairement de l’alternance. Le perdant d’aujourd’hui ou de dimanche prochain, restera sur la scène politique et pourra gagner la prochaine fois. Elle pense que dimanche prochain doit être un jour de fête et, non la fin du monde et rappelle qu’il n’y aura en aucun cas et quel que soit le vainqueur, un retour en arrière. Les quatre années de bouillonnement ont révélé une société civile forte et de nouveaux leaders politiques présents sur scène. « Ils ont les yeux grands ouverts, scrutant le paysage politique et totalement aux aguets pour réagir contre tout éventuel déraillement. Il faut que tous les citoyens aillent voter, en toute confiance et sérénité, sans baisser les bras, par la suite. La vigilance est de mise quel que soit le héros de dimanche prochain », conclut notre activiste.

Hassine BOUAZRA