Messieurs, taisez-vous… Les martyrs parlent - Le Temps Tunisie
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17 Décembre 2010.. L’étincelle de la Révolution

Messieurs, taisez-vous… Les martyrs parlent

Mercredi 17 Décembre 2014
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Messieurs, taisez-vous… Les martyrs parlent

Il faut toujours une étincelle pour que l’Histoire bascule. Ce jour là, à Sidi Bouzid,  une population se révoltait contre un régime pourtant bien ancré, bien installé et, même, confortablement installé. Le mythique Bouazizi, devenu l’icône de ce déclenchement mettait le feu à la poudrière, au propre comme au figuré ; il s’immolait par le feu ! 

Et ce fut l’indicible, l’irrépressible traînée de poudre. Les mouvements populaires s’enchainaient à travers toutes les régions et, ne voyant rien venir, Ben Ali croyait que c’était de simples manifestations de foules. Il ordonna de sévir sévèrement, d’ouvrir le feu avant d’essayer d’obstruer le cours de l’Histoire dans un discours piteux : « Cessons-en avec les balles réelles »… L’Histoire néanmoins était dans sa marche inéluctable vers Tunis… Vers Carthage 

La Révolution pour la dignité faisait de nombreux martyrs dont les familles se battent toujours pour que justice leur soit rendue. Elle a fait des milliers de blessés qui attendent eux aussi d’être rétablis dans ce pour quoi ils se sont soulevés : la dignité ! 

En moins d’un mois, le régime tombait. C’était le 14 janvier… Et l’onde de choc, tonitruante, embrasait les régimes arabes dictatoriaux : l’Egypte qui  paraîssait  pourtant inébranlable ; la Libye qu’on croyait inexpugnable ;  la Syrie pourtant dirigée d’une main de fer… Et puis encore le Yémen et d’autres forteresses qui tombaient tel des châteaux de carte ! 

Et ce fut le « Printemps arabe » dont le mécanisme déclencheur reste, pour toujours, gravé des lettres de la petite, grande « Tunisie ». 

Or, quatre ans après qu’en reste-t-il ? Des commémorations tout juste pour la symbolique. Les jeunes marginalisés qui avaient accompli cette Révolution et marquée la défatalisation de l’Histoire, se retrouvent carrément au banc de la croissance… 

Parce que, très vite, après la fuite de Ben Ali, on a vu s’installer à leur  place les tribuns récupérateurs. Les idéologues (vieux opposants qui n’ont que les gradations idéologiques à proposer) s’interposaient, par delà la conscience de ces jeunes, à leurs revendications. 

Place donc à la politique politicienne ; à la guerre pour la Pouvoir, à une parodie de démocratie ( toujours aux yeux de ces jeunes) pour finalement les faire taire, les bâillonner d’une manière  encore plus cynique que ne l’avait fait le régime déchu. Si celui-ci excluait les jeunes déshérités des espaces de son temps et de ses préoccupations corrompues, les nouveaux seigneurs du pays leur disent : « taisez-vous, nous parlons pour vous ». Mais personne, malgré les programmes pompeux ne parle réellement pour eux. Plutôt on en fait un fonds de commerce électoral. 

Les martyrs ? Bouazizi ? Ces nouveaux maîtres voudraient bien que leur mémoire s’estompe. Sauf qu’ils sont là. Encore plus bruyants morts que vivants. Et ce sont eux qui nous jugeront ! 

R.K.