Deux Jurassic Park, mais avec quels effets spéciaux ? - Le Temps Tunisie
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Marzouki aujourd’hui (sur Al Watanya1) et demain Caïd Essebsi

Deux Jurassic Park, mais avec quels effets spéciaux ?

Mercredi 17 Décembre 2014
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Deux Jurassic Park, mais avec quels effets spéciaux ?

Le sprint final dans la course de haies engagée par les deux coureurs restés en lice, pour la magistrature suprême, est bel est bien engagé. Chacun est en train de puiser les ressources qui lui restent pour arriver le premier à la ligne finale. Les quelques mètres qui les séparent l’un de l’autre, ne veulent pas dire que la compétition est finie. Deux jours nous séparent du silence électoral, et théoriquement, comme dans toute compétition de ce genre il faut attendre la fin pour être édifié, sur le résultat. Les amateurs de pronostics ont un sujet d’occupation. Le Tunisien lambda, n’est pas dans le secret des Dieux. Certains intellectuels, non plus. Le comportement des électeurs est très difficile à cerner et à prévoir avec une totale exactitude. A la différence des législatives où le choix a plutôt une dimension régionale, puisque l’électeur va choisir le représentant de sa circonscription, sur un total de 33 circonscriptions dans le pays et à l’étranger,  au sein de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP), dimanche prochain, le Tunisien aura à choisir son porte drapeau dans une et une seule circonscription, la Tunisie toute entière, en lui « annexant » les territoires extérieurs où résident nos compatriotes. D’autres critères  de choix entrent en jeu. Le comportement du Tunisien moyen obéit à d’autres considérations. Est-ce qu’il sait qu’il va élire un chef d’Etat dont les prérogatives sont limitées ? Comment s’annoncent les derniers frémissements, avant la baisse des rideaux ? Peut-on avoir des surprises ? Quels sont les atouts de l’un et de l’autre ? Les deux apparitions télévisées, celle de Marzouki, aujourd’hui et de Caïd Essebsi demain, changeront-elles la donne ?

Difficultés non insurmontables

Pour nombreux observateurs, nous sommes en train de vivre un face à face serré entre deux candidats. Certains estiment que la situation serait un peu plus difficile et compliquée pour Mohamed Moncef Marzouki (MMM) que pour Béji Caïd Essebsi BCE), pour des raisons diverses, même si rien n’est joué. La partie n’est pas du tout finie, comme pourraient le croire certains. Nabil Belaâm, spécialiste dans le suivi des mouvements d’opinions, explique les difficultés de MMM en avançant qu’il est devant un candidat qui a eu un pas d’avance au 1er tour ( 6 points d’écart) et qui est supporté par un parti politique qui a obtenu le plus grand score dans les législatives en plus de ceux qui se sont joints à lui. D’ailleurs, l’effet des résultats des élections législatives  est toujours là. Il ne s’est pas émoussé. Au contraire, le parti Nida Tounès dispose de cartes maîtresses pour  négocier avec les deux autres partis, à savoir l’Union Patriotique Libre (UPL) et la Jabha, pour obtenir le maximum de supports à BCE. Tout le monde constate que cette négociation n’a pas tardé à donner ses résultats. « Nous avons vu le soutien immédiat de Slim Riahi et aussi celui, quoique moins explicite, d’Al-Jabha. Il est peut être moins direct, mais effectif. Le fait de dire qu’on va barrer la voie à MMM, tout en appelant le base à s’exprimer, alors que nous n’avons pas 36 candidats, la position de la Jabha devient claire et la route semble bien tracée », affirme notre sondeur. Mongi Rahoui, la veuve de Chokri Belaïd Besma Khalfaoui, femme symbole, Zied Lakhdhar… se sont exprimés franchement en faveur de BCE. Ce sont là tant de cartes maîtresses dont dispose BCE et compliquent la situation à laquelle doit faire face MMM. 

Après Ricoba, place au Général

De son côté BCE est en face d’un adversaire qui semble terminer sa campagne d’une manière très agressive qui vise à conquérir des terrains nouveaux, plutôt connus pour être ceux de BCE. Ces terrains, notre sondeur y inclut des jeunes progressistes, des rappeurs, des sportifs. Il a utilisé des éléments qui ne font pas partie de ses habitudes. Après Ricoba, on le voit avec le rappeur pro-Nahdha, le Général. Il accepte de porter la cravate qu’il a de tout temps refusée. Il veut se donner une nouvelle image qui n’exclut pas un effet boomerang en sa défaveur, en perdant une partie de son électorat qu’il avait acquis pour le 1er tour de la présidentielle, lorsqu’il a voulu impliquer les salafistes dans sa campagne. « Nous voyons que chacun essaie d’empiéter sur le terrain de l’autre afin d’élargir au maximum son échiquier électoral », dit notre interlocuteur.

Jeunes et habitants des zones rurales

Durant les deux derniers jours précédant le silence électoral, les deux candidats vont s’affronter d’une manière séparée sur la chaîne Watanya. Aujourd’hui, c’est MMM qui va passer et demain ce sera BCE. « Ce grand moment télévisuel et cette apparition aura ses répercussions d’une manière  significative et claire… Elle peut même renverser le rapport de forces parce que, bon nombre d’électeurs flottants, autour de 100 mille à 150 mille, peuvent se décider à la dernière heure, en fonction de la pertinence des réponses de l’un et de l’autre, aux réponses de l’un et de l’autre, aux questions brûlantes d’actualité », précise le sondeur. D’ailleurs, il rappelle que 6% des électeurs se décident au moment où ils traversent  le seuil du bureau de vote pour aller à l’isoloir. En fin de compte, qu’est-ce qui va déterminer le choix des électeurs ? Ceux qui avaient voté BCE ou MMM au 1er tour, vont reconduire la même position. C’est la partie indécise qui va jouer un grand rôle. Elle est socialement composée par des jeunes, une bonne partie des habitants des zones rurales défavorisées peu informées des enjeux du second tour. « Dans une proportion plus réduite, il y a une partie bien élevée de niveau social et éducatif, qui ne se retrouve dans aucun des deux candidats. Par rapport au 1er tour, l’abstention ne serait pas plus élevée », conclut Nabil Belaâm.

Hassine BOUAZRA