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Caïd Essebsi apparemment requinqué, Marzouki plutôt essoufflé

Mardi 16 Décembre 2014
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Caïd Essebsi apparemment requinqué, Marzouki plutôt essoufflé

* «Hamma Hammami ne semble pas tenir le taureau par les cornes», affirme le sociologue

Abdessattar Sahbani, tout en ajoutant : «L’équipe de Slim Riahi essaye de profiter au maximum de la situation»

* «A Hay Hellal, BCE s’est adressé aux vrais acteurs  du développement spontané»

 

Le match qui se déroule à distance entre les deux compétiteurs Béji Caïd Essebsi (BCE) et Mohamed Moncef Marzouki (MMM) depuis le 23 novembre dernier, pour gagner la confiance du peuple et s’installer pour cinq ans dans le mythique palais de Carthage, resté dans l’imaginaire collectif des citoyens, le vrai centre de pouvoir, ne manque pas de suspense, de coups d’un côté comme de l’autre, d’attaques de contre-attaques, d’initiatives en termes de communication et de déplacements dans le terrain. A l’instar de toutes les compétitions sérieuses et à l’image des parties sportives non individuelles, les équipes en face jouent avec une répartition des rôles et des stratégies de jeux différentes. A cinq jours du scrutin final, comment se présente la partie entre les deux candidats restés en lice ? Y a-t-il un essoufflement chez l’un ou l’autre des compétiteurs ? Si dès la soirée électorale du premier tour, l’équipe de MMM a montré une certaine agressivité, en tentant de marquer des buts, avant le démarrage officiel du match, comment a évolué la situation sur le terrain ? L’équipe de BCE n’a-t-elle pas contre attaqué ? Où en est l’équilibre des forces  à quelques jours du coup de sifflet final ? Le jeu des alliances s’est-il clarifié ? Les discours des deux candidats ont-ils changé au fur et à mesure de l’évolution de la partie ? Comment utilisent-ils les médias de masse, premier faiseurs de l’opinion publique ?

Garant du non retour des agents de l’ex-président

Le fait marquant de la dernière semaine est  que la campagne est bel et bien déclarée. Le sociologue Abdessattar Sahbani déclare au Temps : « Nous avons remarqué que dans la précampagne, c’est bien MMM qui était le plus offensif vis-à-vis de BCE. Trois éléments de taille sont remarqués. D’abord, MMM cherche à incarner l’essence même de la Révolution. Deuxièmement, il se présente comme garant d’une transition pacifique ; la Tunisie a su développer une action dans un cadre institutionnel, les trois institutions de l’Etat à savoir l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), le Gouvernement et la présidence ayant fonctionné d’une manière harmonieuse ; les laïcs et les islamistes ont pu constituer la Troïka. Les autres expériences arabes, ont échoué parce qu’elles n’ont pas su partager. Ce qui n’était pas le cas pour la Tunisie. Troisièmement, MMM se veut garant du non retour des agents de l’ex-président, donc le garant d’un non retour de la dictature ».Et pour mener à bien son offensive, MMM était prêt à une confrontation directe et que le peuple se décide et, c’est le propre d’une Démocratie, pense-t-on. Notre sociologue rappelle que du Côté de BCE, on a tâtonné au début ; on a refusé le face à face et on a essayé de développer un discours plutôt rassurant qui épargne la Tunisie toute révolution et de tout fait violent.                                                                      

Symboles et larmes

Quelle est la stratégie adoptée par chacun des deux finalistes, depuis le début officiel de la campagne.  BCE joue sur  les symboles, constate notre universitaire. Il visite les lieux saints, se réunit avec les jeunes, s’adresse à Monsieur tout le monde, va dans les quartiers populaires. Il est assez présent dans les médias de masse. Il est plutôt beaucoup plus dynamique et serein qu’au premier tour. Il semble être rassurant, se veut un fédérateur, voire un rassembleur. La Tunisie a besoin de tous ses moyens de bord. Donc, il est inutile de gaspiller le temps, l’énergie et l’argent. Chacun a une place et c’est en fonction de ses qualités qu’il aura la place qui lui convient. C’est la méthodologie du mérite qui doit l’emporter. Il développe un discours rassurant, mais qui ne donne pas beaucoup d’espoirs. Il prône un Etat présent qui soutienne les initiatives des citoyens et des groupes sociaux. Du côté de MMM, il est sur la défensive. Il n’a pas développé de nouvelles idées, une nouvelle alternative. On a l’impression qu’il a même épuisé son discours, même physiquement. Bien qu’il soit plus jeune que BCE, il donne l’allure d’être épuisé, affaibli et qui n’a pas assez de moyens et assez de chances dans l’avenir. Notre sociologue a remarqué qu’il y a eu ce fameux face à face, entre les équipes des deux candidats. L’équipe de BCE était plutôt rationnelle, la seconde émotionnelle. On se rappelle, Adnène Mancer, Directeur de la campagne de MMM, qui pleurait par crainte du retour de la dictature, un scénario qui l’a ridiculisé devant l’opinion publique, surtout que BCE a su mobiliser les médias de masse, a su, même, pousser certaines chaînes à devenir presque son porte-parole. L’équipe MMM a échoué sur ce plan. 

Cités  populaires

« Egalement, nous avons remarqué que les deux camps ont élaboré leur stratégie, en fonction de la création de leaders d’opinons. Et là, nous avons remarqué que les leaders d’opinion de l’équipe BCE étaient plutôt plus présents et plus percutants. Sur le plan politique, d’une manière générale, nous constatons qu’Al-Jabha, n’a pas encore trouvé son équilibre et elle est sur le point de passer à une phase difficile. Hamma Hammami ne semble pas tenir le taureau par les cornes. L’équipe de Slim Riahi essaye de profiter au maximum de la situation, étant sure que l’équipe BCE va l’emporter, elle mobilise tous les moyens en sa faveur. Elle s’attend en contrepartie à un petit cadeau. La question peut-être qui s’annonce difficile : comment BCE et son équipe vont-ils former leur Gouvernement ? Aura-t-il l’habileté de bien communiquer et de bien convaincre, comme il l’a été avec les femmes de la Cité populaire Hay Hellal, un quartier chaud où une grande partie des habitants ont des problèmes et se trouvent, parfois incarcérés. Dans ce quartier BCE s’est adressé aux femmes et c’était très intelligent de sa part. Là, il s’adresse aux vrais acteurs, du développement spontané. Et il marque des coups. Nous avons plusieurs quartiers populaires à l’image de Hay Hellal », conclut notre sociologue.

Hassine BOUAZRA