Quand les jeunes cerveaux tunisiens nous font honneur à l’étranger : Créatifs; inventifs… De la bonne graine ! - Le Temps Tunisie
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Quand les jeunes cerveaux tunisiens nous font honneur à l’étranger : Créatifs; inventifs… De la bonne graine !

Samedi 13 Décembre 2014
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«Ces jeunes ne servent à rien ! Ils sont fainéants et passifs. Ils passent leur temps libre à flemmarder devant leur ordinateur, à jouer aux jeux vidéos, à faire la fête jusque tard dans la nuit ou encore à rigoler bêtement au téléphone. Non vraiment, de mon temps, c’était beaucoup mieux ! » Qui de nous n’a jamais vécu ces propos critiques d’un papy ou d’une mamie nostalgiques du bon vieux temps? Oui, certains jeunes semblent avoir l’esprit ankylosé et passent leur temps libre à surfer passivement sur internet sans avoir le moindre objectif à court et moyen terme mais pas tous heureusement ! Chaque année, de jeunes Tunisiens décrochent avec brio des diplômes dans de prestigieuses universités à l’étranger et d’autres raflent régulièrement des prix dans des concours internationaux. Ces jeunes sont une fierté nationale. En voici quatre exemples, deux hommes et deux femmes équité oblige, qui ont réussi à force de travail, de détermination et de volonté à se démarquer et à concrétiser certains de leurs rêves, portant haut les couleurs de la Tunisie et forçant l’admiration de tous, ici comme à l’étranger.
Une Tunisienne développe un outil
révolutionnaire dans la lutte
contre le terrorisme
Raafa Manai est Docteur en physique chimie des matériaux à l’Université Pierre et Marie Curie, le plus grand complexe scientifique et médical universitaire français avec plus de 8 200 chercheurs, 32 000 étudiants et 120 laboratoires. Elle vient de soutenir sa thèse, réalisée dans le cadre du projet européen SNIFFER au laboratoire Capteurs Diamant du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives à Saclay (France), obtenant une mention très honorable avec félicitations du Jury. Dans le cadre de ses recherches, Rafaa a mis au point un capteur biomimétique innovant, mimant l’olfaction pour la détection de stupéfiants et composés explosifs. Cette invention permettra donc de suppléer les chiens renifleurs sur le terrain voire de les remplacer lors des délicates opérations de lutte contre le terrorisme. Dans un billet publié sur internet, la chercheuse tunisienne explique justement que dans le cadre de la lutte intensifiée depuis plus d’une décennie contre le terrorisme, la détection rapide et efficace des objets suspects et autres colis piégés dans les lieux publics très fréquentés, donc considérés à haut risque, est une priorité. Même si les chiens renifleurs, grâce à leur flair ultra développé, restent actuellement le moyen le plus fiable pour détecter des bombes, des stupéfiants et toutes sortes de matériaux illicites, ils sont toujours considérés comme intrusifs dans les lieux publics. De même, ils se fatiguent rapidement et ne sont opérationnels que pendant 3 heures au maximum par jour. De même, leur formation très spéciale requiert d’importants moyens financiers. C’est pour pallier à ces aléas et devant le danger grandissant, que le recours aux nouvelles technologies est devenu aujourd’hui une nécessité selon Rafaa. En parallèle de sa thèse, la jeune femme a également effectué des missions de conseil et d’expertise scientifique auprès d’incubateurs de start-ups et accélérateurs d’entreprises. Elle est aussi engagée dans l’association PhD Talent qui a pour but de valoriser et d’améliorer l’insertion professionnelle des jeunes docteurs au sein d’entreprises et industries européennes.
Mohamed Zied Chaâri est un autre jeune tunisien qui s’est récemment distingué lors du 7ème Salon international des inventions du Proche-Orient. Ce natif de Sfax a en effet remporté le grand prix de cet événement scientifique regroupant 150 inventeurs de 25 nationalités différentes, empochant suite à sa victoire la coquette somme de 15 mille dollars. Âgé d’à peine trente ans, le jeune homme a mis au point une application qui permet de recharger, sans chargeur, la batterie d’un smartphone, grâce aux communications. Une application qui fera certainement le bonheur des accros au téléphone car plus l’utilisateur communique avec son smartphone, plus il le recharge. Une idée innovante et pratique qui a nécessité un gros travail de recherche et de conception à Zied qui n’en est pas à sa première distinction internationale. En effet, grâce à son système de chargement sans fil des batteries d’un robot crawler « Wireless Power Charging », le jeune chercheur a remporté le premier prix aux Etats Unis lors de l’INPEX 2012 - Invention & New product Exposition, s’imposant ainsi avec excellence devant 36 autres concurrents. En décembre dernier, il a également été choisi comme meilleur inventeur dans le domaine des nouvelles technologies lors du Festival mondial des inventeurs à Seoul, en Corée du Sud. Zied est aujourd’hui chef de projet dans une société pétrolière dans l’un des pays du Golfe.
Industries originales
Autre distinction internationale, Chaïma Berrabah qui a remporté, en novembre dernier, le prix spécial du jury lors du concours international “Creative Business Cup”, qui s’est déroulée à Copenhague, au Danemark. Organisée dans 40 pays, cette compétition internationale vise à promouvoir des projets entrepreneuriaux   dans le domaine des industries créatives et originales et de sélectionner le meilleur entrepreneur dans chaque catégorie. La Tunisienne a arraché sa victoire, se distinguant parmi 45 autres projets grâce à son projet “Grant Fit” destiné aux personnes atteintes de diabète de type 1. Il s’agit d’une application mobile permettant à ces patients diabétiques de mesurer leur besoin quotidien d’insuline et d’adapter cette dose en fonction de leur repas. Autre fierté nationale, Anis Laaouini, diplômé de l’Institut National des Sciences Appliquées et de Technologies (INSAT) et inventeur de la «Saphonian», l’éolienne du futur. Présentée à Vienne en avril 2013 dans le cadre d’une compétition sur le développement durable et l’énergie, à laquelle ont participé 260 inventeurs internationaux, son invention a été choisie comme « Best Idea Award » et a remporté le premier prix de ce prestigieux concours. Produite dans son intégralité en Tunisie, «Saphonian» permet de produire de l’énergie électrique issue du vent, non pas grâce à des pales rotatives mais plutôt à un système non rotatif, largement inspiré par les voiliers. Mais contrairement aux éoliennes classiques, elle n’occasionne aucune gêne (nausée, insomnie, migraine, brouillage des signaux hertziens...) aux riverains, ne représente aucune menace pour les oiseaux (victimes nombreuses des énormes pales des éoliennes classiques) et son coût de production n’est pas élevé. A l’occasion du 51ème anniversaire de la fondation de la STEG, Anis Laaouini a d’ailleurs été honoré. Il gère actuellement sa propre société de production de la « Saphonian », située à Tunis.
Outre Raafa, Chaïma, Zied et Anis, les exemples de jeunes tunisiens créatifs et brillants sont nombreux. Leurs succès ont parfois écho dans les médias. Ils deviennent alors les stars d’un jour que tous les journalistes veulent interviewer. Oui, mais après ? Quels sont les moyens mis à leur disposition par l’État pour les aider à aller de l’avant ? Auprès de qui trouvent-ils l’appui logistique et financier qui leur permettra de se distinguer encore une fois à l’échelle internationale. Malheureusement, le constat n’est pas réjouissant. Souvent, ils sont contactés par des multinationales ou des laboratoires de recherche étrangers qui leur proposent des conditions plus qu’attrayantes pour rejoindre leurs départements de Recherche & Développement aux budgets colossaux. Pour exemple, un laboratoire pharmaceutique leader mondial a récemment déclaré investir chaque jour plus d’1 million d’euros à la recherche et au développement. Difficile pour nos jeunes chercheurs de résister... Mais peut-on réellement les blâmer ?

Rym BENAROUS