Editorial: Deux semaines, trois, tout au plus pour replâtrer la scission du pays - Le Temps Tunisie
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Editorial: Deux semaines, trois, tout au plus pour replâtrer la scission du pays

Dimanche 30 Novembre 2014
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Bourguiba aurait peut-être dit : « Trop peu et trop tard ».

Il aura certes fallu la grande habileté de Cheikh Rached Ghannouchi et le sens du patriotisme du Dialogue National (que serait-il advenu du pays sans lui et sans le courage de Mehdi Jomaâ) pour faire fléchir le Président Marzouki quant à l’injonction faite à Nidaâ Tounès de lui proposer un Chef du gouvernement. Et aussi pour faire entendre raison au candidat Marzouki quant aux fameux recours risquant d’engendrer encore un mois de discorde et d’invectives

Une trêve est donc obtenue in-extremis par le Dialogue National. Elle reste quand même fragile parce qu’on aurait souhaité une réconciliation entre les deux rivaux, fabriqués par les enjeux, ou, tout au moins un coup de fil, qui aurait fait date, même aux yeux des vieilles démocraties. Nous rêvons sans doute. Nous divaguons même… Car, au fait, ce ne sont pas deux modèles démocratiques qui s’affrontent, mais deux « egos » narcissiques, instrumentalisant, par machines de guerre interposées, un imaginaire social et collectif sans repères, mais qui exprime bruyamment son dépit.

Le 14 janvier 2011, la Tunisie du Nord au Sud et le l’Est à l’Ouest chassait une dictature vieille de plusieurs siècles et créait de nouveaux imaginaires démocratiques coupant net avec la fameuse exception dictatoriale du monde arabo-musulman. Ce basculement de l’Histoire marquait sa propre défatalisation et enfantait un Printemps arabe qui s’est révélé n’être que le « Printemps tunisien ».

Justice est rendue à cette « petite Tunisie » pourtant grande par son legs civilisationnel.

Dans l’euphorie, on ne se doutait pas que ce « Printemps » portait, déjà, en lui des nuées orageuses. Récupération de la Révolution par les politiques ; dégradation socio-économique et colère des jeunes au chômage et des régions déshéritées.

La Troïka qui, la première, exerçait « Attaghoual » a été chassée. Un certain Dialogue National prenait le destin du pays en mains et le remettait aux mains de Mehdi Jomaâ qui s’est vite fait entendre : il n’est l’otage de personne, d’aucune partie, mais bel et bien un chef de guerre… contre un terrorisme destructeur, daechiste et, donc, régional et international.

Or, c’est ce moment précis, grave déterminant pour l’intégrité et la survie de la Nation, que deux adultes de notre époque choisissent, à coups de déclarations incendiaires, pour mettre le feu à la poudrière régionaliste que Bourguiba avait cru avoir éradiquée, et que Ben Ali a étouffée par la répression comme celle du Bassin Minier. En moins de quatre, le mauvais apprentissage de la Démocratie, à quelques encablures de la naissance de la IIème République, divisait le pays en deux : Nord et Sud. Maintenant qui va replâtrer cette fracture – au vrai, ancienne et mal soignée ?

Là, c’est la responsabilité historique autant de Marzouki que celle de Caïd Essebsi. C’est l’essentiel. Un jour, perdant et gagnant se réconcilieront. Mais avant ils doivent faire en sorte que les Tunisiens se réconcilient entre eux. Et qu’on cesse déjà d’agiter des concepts creux : « L’islam politique contre la modernité », ou « la modernité contre l’Islam politique ». Laissons cela à l’Occident islamophobe, et aux tortionnaires de Baghdadi.

Raouf KHALSI

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