L’école va mal - Le Temps Tunisie
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L’éditorial

L’école va mal

Samedi 22 Novembre 2014
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Ce n’est pas un simple fait divers. Parce qu’il n’est ni le premier du genre, ni le dernier. Un élève au lycée de Grombalia assène des coups de hache à son camarade : la violence en milieu scolaire ne cesse, en effet de s’amplifier. Des instituteurs et des professeurs, pourtant sacralisés, ont  l’objet d’agressions systématiques, eux aussi. Et ce phénomène n’est pas né, contrairement à ce que l’on pourrait croire, avec la Révolution. Du temps du « tout-sécuritaire » et de l’Etat-policier, les dérives en milieu  scolaire  étaient appréhendées comme étant de simples  cas isolés et, déjà, la « profanation » de l’école, sanctuaire du Savoir,  était un fait,  palpable, un problème national systématiquement tu par la machine à censurer.

Le chiffre est, aujourd’hui, effrayant : 100 mille cas d’abandon scolaire. Des « cas » tout simples ? Non, une gangrène sociale et nationale.

Les sociologues, commodément  installés dans leurs compilations, ne trouvent, pourtant, toujours pas le filon, se perdent  en conjectures à vouloir  établir les liens de cause à effet. Tantôt, on se rabat sur le désengagement civique de la famille. Tantôt, on accuse  les enseignants de s’en dégager, eux aussi. Et, assez souvent, on conclut à l’inégalité des chances que génère, de manière sélective, le système éducationnel lui-même, pourtant bâti, depuis l’indépendance, sur la généralisation de l’enseignement, son caractère obligatoire, bâtissant des écoles, partout à travers le pays. Cette œuvre  a vu son élan  stoppé net, au crépuscule du règne de Bourguiba. Et avec l’avènement de son successeur, la grande supercherie propagandiste du 26-26 a fait un simulacre  d’intégration régionale et, entre autres ingrédient de la farce, l’accroissement et la viabilité des écoles dans les régions reculées, au propre comme au figuré.

Sans doute, l’école comme l’université, subit-elle les contre-coups d’une spirale dépressive sociale. 

Cherté de la vie, précarité, marché du travail saturé, tout cela décline vers l’exploitation des enfants dans les circuits  informels (véritable pieuvre mafieuse) tandis que,  les déchets scolaires s’entassent à vue d’œil. Nous sommes, comme sous le glaive sataniqued’une fatalité, en rupture avec l’âge d’or de l’école, sa charte fondatrice  et ses temps héroïques. Des enfants déscolarisés  versent pour la plupart dans la délinquance juvénile, pont tout naturel vers la grande criminalité. Sinon vers le Djihadisme. Nous sommes, en effet, le plus grand pourvoyeur d’adeptes de Satan au nom d’Allah. Trente mille jihadistes tunisiens combattent contre l’Islam tolérant, pour une place au paradis. Et pour la plupart des étudiants. A la base, l’école et la famille représentent « la totalité unitaire de ce drame »,  comme dirait Sartre.

Raouf KHALSI