Le peuple mûrit ; les politiques l’oublient… - Le Temps Tunisie
Tunis Dimanche 23 Septembre 2018

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24
2018

L’éditorial

Le peuple mûrit ; les politiques l’oublient…

Mardi 18 Novembre 2014
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Le peuple mûrit, alors que la classe politique s’encanaille. Le peuple s’ouvre à une démocratie  qui n’est plus fantasmée parce qu’elle est devenue palpable et réalisable, tandis que les élites politiques, censées baliser la route devant lui, versent dans l’invective, les jugements moraux, et pour tout dire, parfois dans l’indécence.

Dans les démocraties qui se respectent, la campagne électorale est l’arène où s’affrontent des programmes, des visions futuristes pour le pays, mais en aucun cas elle n’est émaillée de violences – verbales ou physiques - et, à notre connaissance, jamais nous n’avons eu vent de menaces de mort contre les candidats, aux Etats-Unis, en France, en Grande-Bretagne ou même en Italie, pourtant,  toujours menacée par les indéracinables mafieux et par les extrémismes qu’ils soient de gauche ou de droite.

La bipolarité dont on parle, aujourd’hui, et dont on fait une issue irréversible ne saurait être qu’autre chose qu’un fonds de commerce électoral. On donne déjà pour acquise une lutte entre les deux candidats les plus bruyants au second tour. Un analyste, pourtant très crédible a parlé de « candidat principal » sur un plateau de télévision. 

Tout est, donc, focalisé entre deux personnages, l’un jugé comme le prolongement bourguibien et moderniste du sens de l’Etat et, l’autre, comme le héraut des droits de l’Homme et l’une des victimes de la machine répressive de Ben Ali. Il y a donc, là, des visions académiques croisées  et nous aurions aimé que le débat reste à ce niveau là, et ne dérape pas dans des considérations politiciennes, sociétales et populistes.

Cela fait que la bipolarité dont on parle n’est pas vraiment sûre parce qu’il se peut que les urnes consacrent les voies alternatives ou tout au moins une troisième voie. C’est spéculatif, sans doute. Mais les Tunisiens, pourraient, quand même, en avoir marre, durant cette semaine charnière, des campagnes un peu trop personnifiées – même si le commun des mortels ne saisit par les subtilisés d’une Constitution ne conférant que certaines prérogatives au Président. Dans son imaginaire Carthage est l’antre pôle du pouvoir. Sauf qu’en quatre ans de Révolution, ils ont attendu un Président rassembleur. Justement : cette bipolarité n’est pas en mesure de leur en offrir un.

Mais, au fait, il n’y a pas que cela : même des candidats surgis, d’on ne sait où, choisissent eux aussi l’invective comme cheval de bataille. Et puis, il y a aussi  le jeu trouble des suppôts et des lobbies. Les candidats les plus huppés seraient ils finalement le produit de lobbies spécifiques. Qui dit lobby dit cercle d’influence et, aussi (ce que notre démocratie, encore vierge ne saurait supporter)… pouvoir de l’argent. Carthage en serait profané, encore une fois.

Raouf KHALSI